Les peuples exigent la liberté lorsqu’ils sont bien nourris et l’égalité après avoir acquis la liberté. Au Soudan, c’est pour se nourrir qu’ils se battent. Pas pour la liberté. Ça viendra plus tard. Peut-être.
En Iran, en Turquie, en Chine ou en Russie, ce sont les mieux nourris qui se battent pour la liberté. Les autres se taisent. Ils attendent des jours meilleurs.
En Afrique, en Amérique du Sud, certains, pour se nourrir, sont prêts à renoncer à toute liberté.
Et sans aller si loin, l’histoire a démontré que le danger guette à tout moment le peuple qui a faim.
Le combat pour l’égalité se résume à un combat pour la chute du mieux placé pour donner corps à la fiction de l’égalité.
Quant à la fraternité, elle se restreint au fur et à mesure qu’augmente la liberté et que triomphe l’égalitarisme sur l’égalité.
Le constat est amer. Il illustre combien la démocratie est un état ardu à atteindre et difficile à conserver.
Il n’est pas pessimiste. Il tente simplement de mettre en évidence l’effort à fournir pour avoir accès à l’idéal démocratique défini comme le bonheur.
Tout simplement parce que nos principes s’expriment au contraire de nos pulsions. La volonté de survie à l’encontre de la tentation de liberté, la tendance à la liberté à l’encontre de l’exigence d’égalité, et la fiction d’égalité à l’encontre de l’idéal de fraternité.
Tout cela se traduit dans notre univers démocratique pourtant très éloigné des affres de la dictature.
Dès lors que la survie est assurée, la liberté prend tous ses droits, y compris le droit d’abuser de sa liberté.
On voit dans les menaces de la CGT-Energie chez EDF ou chez Total, dans les blocages d’entreprises, de centres d’élimination des déchets, d’établissements scolaires et d’universités par les comités Théodule baptisés collectifs de lutte, combien la dérive de la liberté du droit de grève permet d’enfreindre sans retenue l’encadrement du droit de grève et dénie au pouvoir le droit d’imposer cet encadrement.
On voit combien la dérive d’exigences égalitaires juridiquement indues, mais imposées par la force, érodent le principe d’égalité au point de nuire aux droits des citoyens et combien le mépris des droits des citoyens crée une impasse à la fraternité.
Dans ce maelstrom républicain au service d’un peuple gavé, triomphent désormais les charlatans de la République, violeurs de la démocratie, décidés au nom de l’envie à restreindre la liberté.
198 vues

3,33 sur 5 (3 avis)