Tous les articles par Yves Marchand

FOUS !

Le Moyen- Orient en crise met la guerre à nos portes.

Il ne s’agit plus seulement d’assurer la sécurité d’Israël. Mais d’empêcher que les excès d’un gouvernement borné entraînent la région dans une escalade capable de l’embraser bien au-delà de ses limites géographiques.

Il suffit d’un rien pour mettre le feu aux poudres.

Ce rien a pris le visage d’un Premier ministre converti par les plus virulents de ses partenaires-complices à une répression sans concession qui mène le pays à une guerre sans fin, de plus en plus violente et de plus en plus large.

La démocratie, combinée au régime des partis, ne fait pas bien les choses. Et surtout pas l’intérêt de la nation. L’élection de Netanyahou, compromis pour des raisons de basse politique et d’intérêt personnel avec les partis d’extrême-droite, religieux et populistes, en est la meilleure illustration.

Là-bas, ça sent la guerre à tous les croisements de rues. On vit dans la terreur. Seuls les boutefeus jouissent d’une situation qui comble leurs desseins morbides.

On fait appel – populisme aidant – au désir de vengeance du peuple, et pour tout justifier, à la loi du talion, afin que s’enclenche – les tirs des uns justifiant ceux des autres – un processus d’aller-retour de missiles et de bombardements qui frappent aveuglément les plus démunis et les plus pacifistes.

Certes là-bas, c’est là-bas. Mais ce n’est pas si loin que ça.

Cette folie devrait être une leçon pour tous ceux qui chez nous prétendent qu’il n’ y a qu’à « liquider » tous ces gens-là qui viennent perturber notre bien-être et qu’il suffit – dixit Yves Thréard du Figaro – d’en avoir la volonté, pour régler le problème de l’immigration. Mais non. Ils ne voient rien. Aveugles à ce qui se passe à nos portes, ils persistent. Et enjoignent de sortir l’épée. Il n’ y aurait de vraie victoire – en paroles – que par écrasement de l’autre.

Pour eux, entendre, c’est être lâche et écouter, c’est abdiquer.

Seule la guerre chez eux, avec son cortège de peurs, de drames et de morts pourrait les convaincre du contraire.

C’est malheureusement ce qui se prépare en ce moment dans le pays qui a vu naître le monothéisme et où, pour deux des trois grandes religions, seul doit triompher l’esprit de vengeance.

Mais la vengeance n’a pourtant jamais rien réglé. Elle a au contraire fondé les plus grands conflits, sans jamais en résoudre aucun. L’épuisement seul conclut la guerre.

Le décompte des morts témoigne peut-être de la victoire mais ce sont les morts qui la signent.

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Foutu

Plus on ignore tout du football et plus on s’autorise à gloser. Trois philosophes illustrent mon propos : Onfray, BHL et Ferry. Ils tirent tous trois des conclusions savantes sur l’engouement et la ferveur des masses, la religion et Dieu, mais aussi la politique et le gouvernement des peuples, le bien se conduire etc…

Il faut ce qu’il faut quand on se prétend philosophe et qu’on fait profession d’éclairer la nation.

J’ai un ami qui récuse être philosophe. C’est qu’il doit l’être davantage que nos lumières des ténèbres. Lui, s’y connaît en football et par conséquent, n’en dit rien. Il a raison. Je le consulte en secret. Il tente de m’initier.

Comme lui, je n’en dirai rien sinon pour reconnaître que le football est passion et qu’il échappe à la raison, à la sagesse et aux discours. Tous les commentaires à son propos sont ennuyeux, prétentieux et vains.

En revanche, je connais le processus électoral.

J’en ai tiré une seule conclusion. D’expérience.

« Quand, au départ, c’est foutu, malgré les prouesses, c’est foutu ».

Sage, non ?

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Quizz

Après la démission de Liz Truss emportée par le flot de démagogie qu’elle avait soulevé, une simple question se pose à la France.

Combien faudra-t-il de jours pour qu’un Mélenchon ou une Le Pen, arrivés l’un ou l’autre au pouvoir, soient contraints à la démission ?

Les marchés n’ont pas d’états d’âme. Ils ne font pas de politique et n’obéissent à personne. Les taux d’intérêt sanctionnent les mauvais choix économiques, essorent les budgets et rendent la nation dépendante de plus riche et de plus fort qu’elle.

Ce n’est pas l’électeur qui décide du sort d’un gouvernement, c’est l’économie, juge en dernier ressort du politique.

Liz Truss vient de l’éprouver à ses dépens. Il ne lui aura fallu que 14 jours pour que les marchés la contraignent à la démission. Les choses s’accélèrent.

Pour Mélenchon, faudra-t-il 12, 10, 8 ou 6 jours ?

Pour Le Pen 13, 11, 9 ou 7 jours ?

Les paris sont ouverts.

À l’Assemblée Nationale, ils s’évertuent à montrer leurs muscles.

Ils font quelques recrues parmi les eunuques d’une droite en mal de virilité. Et tandis que tout ce beau monde ignore superbement la dure réalité de la concurrence, le fardeau de la dette s’accroît.

Pourtant ils demandent plus, menacent et paralysent le pays.

On n’ose imaginer ce qu’il adviendrait s’il n’y avait l’Europe.

Ou plutôt, on le sait. Nous en serions où en est la Grande Bretagne.

Heureusement, pour l’instant, leur sabre est de bois.

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Récréation ou Une journée au Palais Bourbon.

Invectives et rigolades, appels au calme, rappels au règlement, départs précipités, bancs vides, déclarations solennelles, brouhaha, hommages, Marseillaise…

C’est un lieu merveilleux où les acteurs sont dans la salle, et le public dans les coulisses. Acteurs et public ne se voient jamais mais ne peuvent se passer l’un de l’autre. L’œil de la caméra demeure leur seul lien. Pas de répétitions. Pas de reprise. Le direct est roi. Et comme trop souvent, les acteurs en rajoutent. Les cabots se prennent au jeu. Être vu reste l’essentiel. Suivre la caméra demeure l’objectif. La performance s’impose.

Loin de la scène, dans son univers éclaté, le public est juge du spectacle. En invité permanent, il est imprévisible. Trop divers, venant de partout, des beaux quartiers et des « quartiers », de la campagne et de la rue, analphabète ou cultivé, sans ressources ou gâté, ouvrier ou patron, c’est lui le peuple pour lequel ils jouent.

Peuple anonyme, écartelé, déchiqueté, tel que se l’approprient par tranches de partis, dans le temple de la démocratie, les acteurs de notre quotidien.

Le public est une mosaïque brisée.

Leur part de public, les acteurs ne peuvent en jouir qu’à temps partiel, le temps de reconstituer, seulement pour un temps, un pan de la mosaïque. Un public à conserver sous son emprise le plus longtemps possible. Tel est l’enjeu. Toutes les troupes sont en scène, en même temps et jouent leur partition face à l’œil noir de la caméra qui ne manque rien et face à ce public qu’ils ne peuvent pas voir. « Commedia dell’ arte ». Cacophonie.

Des improvisations de bon ou mauvais goût pour racoler leurs ouailles.  On les pêche au petit bonheur de tous les bords de l’hémicycle ! Ce qui donne aux débats, tantôt cet air bonhomme, parfois joyeux, tantôt celui d’un drame sous-jacent, tantôt celui d’une explosion de haine. Et tout cela en même temps au gré des rôles distribués.

Vu à travers l’écran, c’est un charivari.

Ou une récréation. La séance publique est un temps de décompression.

Ainsi en est-il des débats à l’Assemblée Nationale. Tant pis pour ceux qui voudraient y trouver l’enseignement de la République. Il y découvrent l’expression de la démocratie, diverse, d’expression populaire, bouffie de sentiments mais pauvre de raison.

Pour ne pas bouder son plaisir, il suffira de qualifier de distraction l’enseignement civique.

Comme Alice, il faudra pour cela passer de l’autre côté du miroir et se mêler au jeu de rôles. Se distraire du quotidien. Ce n’est plus de nos vies qu’il s’agit mais de leur interprétation.

Décidons simplement que c’est la vie des autres, et pas la nôtre.

Pour ce qui est de nous, il suffit d’éteindre l’image. Et revenus chez nous, dans le monde réel, remettons-en à nous.

Tout cela n’a aucune importance. Ce n’est que le vernis de la démocratie. Du théâtre.

Il suffit de faire semblant.

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Ormeta

Je ne connais pas plus que tout un chacun le dossier d’Omar Raddad. Je me suis simplement documenté comme tout le monde grâce en particulier à l’excellent livre de Jean-Marie Rouart.

Comme Voltaire s’était saisi de l’affaire Calas,  l’académicien, esprit libre entre tous, a convaincu les plus sceptiques de la nécessité de faire la lumière sur les zones d’ombre qu’il avait relevées.

Évidentes pour un néophyte, elles auraient dû l’être pour un juge impartial.

On sait combien les procès en révision sont rares.

On sait aussi combien d’incohérences sont ressorties de l’instruction bâclée de cette affaire et notamment des conclusions de l’autopsie.

On sait enfin combien certaines des personnalités en cause, tant familiales que professionnelles, ont pu infléchir le sens de la justice contre le jardinier marocain qui n’était même pas sur les lieux au moment du meurtre de Mme Marchal.

De là à penser que le corporatisme judiciaire est à la base du déni de droit dont la justice vient de se rendre coupable, il n’ y a qu’un pas que plus personne n’hésite à franchir. En refusant de prendre en considération les dernières informations issues des tests ADN produits par la défense, la justice refuse de faire la lumière. Pourquoi ?

Sa crédibilité était depuis longtemps en cause. Elle ne l’est plus.

Elle vient de se décrédibiliser.

S’il s’agissait de couvrir les erreurs ou les fautes de l’un des siens, c’est raté.

Elles apparaissent aujourd’hui au grand jour et s’étendent à toute l’institution judiciaire.

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Iel

Oui, je sais, je ne devrais pas. Mais, tant pis, je cède. C’est la faute « à » mon barbecue.
La nature a repris ses droits. Je suis un mâle. Blanc de surcroît, hétérosexuel pour ne
pas gâcher.
À la maison, nous sommes deux. Je n’ai plus à préciser qui est « il » et qui est « elle ».
Nous sommes « Iel ».
Devant mes braises rougissant d’aise, il pense à elle.
Je sais, je ne devrais pas. Mais elle m’obsède.
Mâle, peu déconstruit sinon par la vie qui se charge de le faire à son rythme, je surveille
mes andouillettes. Devant ce feu primitif, je ressens, mieux que jamais grâce à elle, la
chaleur envoutante de mes ascendants reptiliens. Je suis un sauvage. C’est elle qui le
dit. Un bon sauvage. C’est la faute à Rousseau. L’autre.
N’empêche, j’ai honte. J’aurais dû lui dire que je ne pouvais pas faire ça. Pas
maintenant.
Andouillettes au barbecue. C’est un coup à se faire dénoncer.
Il est temps d’entamer ma déconstruction.
À table !

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Dire ou ne pas dire

Il n’existe que deux façons de ne pas se créer d’opposant : ne rien dire ou, ce qui revient à peu près au même, dire la même chose que ce que tout le monde dit. Étant bien précisé que ce que l’on pense n’a rien à voir avec ce que l’on dit.

La reine d’Angleterre avait pris le parti de se taire, en toute circonstance. Elle ne l’a regretté que dans une terrible circonstance.

Elle s’est donc corrigée en exprimant tout haut la pensée commune exprimée par le peuple. Ce qui, pour une fois, n’était pas la même chose puisque ce qu’elle pensait tout bas sans le dire était le contraire de ce que les gens pensaient tout haut en le disant.

Son fils, le Roi Charles, lorsqu’il était prince, avait pris l’habitude de dire tout haut ce qu’il pensait tout bas alors que ce qu’il pensait n’était pas du tout ce que les gens disaient.

Inviter le bon peuple à se serrer la ceinture au nom de l’écologie alors que le bon peuple, faute de ressources, souffrait déjà de devoir se restreindre, tombait juste à côté de ce que le bon peuple attendait.

A défaut de se taire, il faut donc dire la même chose que les autres. Ou rien ne va plus.

Le Roi Charles le sait. Il l’a appris sur le tas.

Va-t-il parler ? Va-t-il se taire ? L’art de se taire est épuisé.

Gageons qu’il va parler. Peu importe ce qu’il va dire à condition qu’il dise ce que diront ses sujets. On peut sans se tromper le prévoir.

Il n’est pas dans la nature de l’opinion d’exprimer des idées nouvelles. Par nature l’opinion publique est le reflet de ce que pense une majorité à un moment donné. Et il faut beaucoup de temps pour qu’une opinion devienne une opinion commune, ou mieux, un lieu commun. L’opinion s’exprime par lieux communs.

Le Roi Charles a beaucoup de chance. Il est devenu, avec le temps, à la mode. Il va parler d’environnement. Il va ressasser sur le changement climatique auquel on ne peut rien, se lamenter sur la folie des hommes, à laquelle on ne peut rien, dénoncer les atrocités de la guerre qui sont le fait de toutes les guerres auxquelles on ne peut rien. Enfonçant allègrement toutes les portes grandes ouvertes, il va brutalement rénover la monarchie.

Une monarchie bavarde va succéder à une monarchie muette, Charles à Elizabeth, l’essentiel étant que le résultat soit le même.

La modernisation n’est pas affaire de résultat. Seulement de méthode.

Nous avons beaucoup à apprendre de la Grande bretagne.

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Le magicien

Le biographe est le confident privilégié du personnage qu’il a choisi de mettre à nu. À moins de se muer en hagiographe, il vit dans son espace et rend compte de ses moindres travers.

« Il n’est pas de grand homme pour son valet de chambre ».

Et le romancier en rajoute pour donner à son sujet sa dimension héroïque.

Le roman- biographique de Thomas Mann par Colm Toibin*, comme celui de Henry James ( Le Maître) qui l’avait précédé, ne fait pas exception à la règle.

Tout autorise le biographe à pénétrer dans la vie intime de l’auteur qu’il décrypte. Et rien n’interdit au romancier d’aller au-delà en filmant les sentiments refoulés de son héros. On ne peut plus démêler le vrai du faux.

Thomas Mann reste une énigme.

Personnage brillant, ambitieux, célèbre,  conservateur, discret, refoulé, il est dépeint par Colm Toibin dans sa vie intime, dans sa vie familiale, dans sa vie mondaine, dans ses rapports aux autres et surtout aux hommes, jeunes de préférence, comme un homme seul, égocentrique, retranché sur lui-même et ne prenant part à la vie extérieure que pour satisfaire son exigence de littérature et son besoin d’exprimer par écrit des sentiments qu’il craindrait autrement de voir s’évanouir. Au risque, notamment dans sa vie intime, de laisser des traces qu’il pourrait regretter. Il ne fera pas son « coming out ».

Prix Nobel de littérature, révéré des puissants, et ignoré des modestes, il vit dans son monde, l’Allemagne de Goethe, de Beethoven et de Schiller. À la manière de Stephen Zweig, il vit dans le monde d’hier, peu soucieux de ses contemporains.

C’est dire combien le nazisme constitue à partir de 1933 une rupture pour ce juif non pratiquant, époux d’une grande bourgeoise juive et athée.

L’exode, la Suisse et l’Amérique, une mission de porte-parole des gens de bon sens et du juste milieu, la proximité avec les puissants, la sauvegarde des siens, la préservation de son intimité, il met tout en œuvre pour sauver ce qui peut l’être de ce à quoi il croit. Jusqu’à ce qu’il constate que rien ne peut être sauvé.

Comme Hannah Arendt le théorisera plus tard, il sait que la barbarie n’est pas seulement le fait d’un groupe mais celui de tout un peuple. Son aspiration n’est plus alors qu’à assumer sa liberté de penser.

Éconduit poliment des USA où il a trouvé asile et nationalité, faisant, lui et sa famille, l’objet d’investigations du FBI, refusant ce que le monde soviétique avait offert à Bertolt Brecht, il se réfugiera en Suisse sans jamais retrouver l’Allemagne qu’il adulait.

Un rêve de poète.

*« Le Magicien » Colm Toibin Ed. Grasset

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Providentiel

Il n’y a pas plus d’homme providentiel que de providence.

Mais il est parfois des concours de circonstances qui créent l’occasion de tout changer et de rompre avec un immobilisme faussement confortable.

Pour entraîner le mouvement – sans lequel il n’ y aurait rien – il faut que, de ce néant, surgisse un être doté de courage, de compétence, de charisme et de persuasion, capable d’entraîner la masse à dépasser ses mesquineries, son égoïsme et sa médiocrité, bref, à se dépasser pour retrouver le sens commun.

Après la Grande Bretagne avec Churchill, la France avec De Gaulle, l’Allemagne avec Adenauer, l’Italie, en dehors de toute guerre, vient de connaître ce moment.

Mario Draghi l’a incarné. Rien ne l’y prédisposait. Ni son profil, ni ses recettes.

L’homme providentiel ne le devient que reconnu comme tel par ceux qui ont intérêt à le reconnaître.

En Italie, ce sont les partis traditionnels à bout de souffle. Et en Europe, la Banque Centrale exsangue et le Conseil Européen aboulique.

Ailleurs, à l’inverse, la Russie, comme la Chine, espérant son éviction, appuient la démagogie du Mouvement 5 étoiles.

Il y a donc fort à parier que cet homme soit bien celui dont l’Italie, l’Europe et l’esprit de démocratie avaient besoin.

Reste seulement à espérer que cette démocratie engluée dans ses intérêts sordides, la même que celle qui, en Grèce, a exécuté Socrate, ne manifeste une fois encore son incapacité à gérer ses besoins.

Revenons en France.

Nous ne sommes pas encore assez malades pour découvrir en un seul homme la conjonction de toutes nos exigences, ou du moins, de celles qui nous sont nécessaires.

Les circonstances ne l’ont pas encore permis.

Tant que nous serons capables de jouer avec nos institutions pour faire taire toute velléité d’autorité et d’offrir le pouvoir de nuisance à qui sera toujours incapable d’assumer le pouvoir de décider, nous resterons impotents.

Il en est ainsi d’un pouvoir législatif qui professe que la liberté ne s’exprime que dans l’opposition, jamais dans l’adhésion.

Nous sommes à la recherche d’un « Cincinnatus » révocable « ad nutum ».

Évidemment, il n’existe pas. Alors la France se décourage, refuse en bloc toute contrainte et impute au pouvoir exécutif qu’il vient pourtant de confirmer la responsabilité de ses propres carences.

L’engrenage est enclenché. Comme en Italie.

A la différence près qu’en France ce sont les trois oppositions, et pas seulement un mouvement cinq étoiles devenu minoritaire, qui sont porteuses du virus.

Et qu’il est bien difficile de croire encore aux circonstances qui favoriseront l’éclosion d’une conscience politique d’intérêt national.

A moins que, comme en Italie, la crise aidant, quelques individus renoncent à leurs bisbilles et fassent à la France le don d’un Parlement providentiel.

On veut y croire, ou en rêver…

Rendez-vous est pris.

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A cloche-pied

1 Peut-être ne sait-on pas toujours ce que l’on veut. Mais on sait toujours ce que l’on ne veut pas.

Le choix oscille souvent entre plusieurs propositions. Au point parfois de le rendre impossible.

Mais jamais on n’hésite à rejeter ce que l’on déteste.

Choix et rejet procèdent d’un même mouvement. L’acte de volonté.

Le vote est fondé sur la volonté du citoyen et pas sur sa contrainte. Le vote est un droit. Pas une obligation. Iln’est donc pas obligatoire.

Si le vote était obligatoire, le citoyen perdrait sa liberté.

2 L’abstention massive est un signe. Non pas, comme le disent les bons esprits, d’un déni de démocratie, mais de manifestation de liberté. Et si la démocratie est le régime le plus élaboré d’expression de la liberté, l’abstention ne met pas la démocratie en danger.

Ce n’est pas l’abstention qui amène la dictature. C’est le vote. La preuve en est rapportée par l’Histoire. Partout, exception faite des révolutions. Peu fréquentes.

3 La déception conduit à l’abstention. Le pouvoir n’a pas exaucé les attentes des électeurs. Les électeurs ont-ils été trompés ? Ils en sont convaincus. Entre ce que l’électeur attend et ce qu’il obtient, il y a place pour l’adhésion de quelques uns, ou de beaucoup, le ressentiment de beaucoup, ou seulement de quelques-uns, mais surtout pour la déception du plus grand nombre.

La déception du plus grand nombre ouvre la voie à la révolution. Pas à la dictature.

4 – Conscients de cette situation les partis politiquesdéfaillants, à jeun d’adhérents, veulent l’institution de la proportionnelle pour disent-ils, assurer la meilleure représentation des minorités.

Sauf que la proportionnelle interdit l’avènement de toute majorité parlementaire stable considérée chez nous comme nécessaire pour assurer les réformes indispensables.

Une élection à la proportionnelle dans un contexte de rejet mêlé de déception, tel que celui de la France-aujourd’hui, serait explosif.

26,5% pour le Centre, lui-même composé de trois familles,

26,5% pour la gauche de rejet composée de quatre familles avec une extrême gauche dominante,

22% pour l’extrême droite de rejet composée de deux familles.

10% pour la droite, jusqu’ici de rejet.

Et le reste en poussières, de gauche de droite et d’extrême gauche le tout de rejet, noyées dans une abstention de 52 %.

La paralysie assurée du pouvoir sonnerait aux portes de l’Élysée la convocation de l’insurrection.

5 La cohabitation imposée par une minorité active à une majorité relative issue du scrutin majoritaire, même affecté dune lourde abstention, ralentira sans doute les réformes par une cohabitation imposée, mais restera la garantie de la paix civile.

Avancer à cloche-pied vaut mieux que d’être paralysé.

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Le paon

Notre pays est dans la situation de ce ménage aisé, brusquement privé de ses ressources, qui ne peut plus faire face aux exigences de confort auxquelles était habituée sa famille.

Certes il peut se priver de sports d’hiver et de vacances au soleil. Il peut même, comme   des milliers de familles françaises, restreindre sur ses loisirs ordinaires.

Mais il ne peut pas réduire ses charges fixes. Le passé commande. Il faut continuer à payer la maison, la résidence secondaire et les entretenir toutes les deux.

Difficile de vendre en ce moment. Les prix ne sont plus ce qu’ils étaient.

Il faut continuer à payer les études des enfants, les chambres d’étudiant et, à moins de disparaître complètement, continuer à avoir une vie sociale, un train de vie, qui coûte cher, très cher. Il faut tenir le coup. Ça grince mais ça passe.

La France, elle, grince de ce qu’elle n’a plus, s’ankylose, rétrillonnée sur des acquis devenus trop cher pour elle.

Nous ne pouvons plus nous payer le luxe du rang auquel en vain nous prétendons encore.

Ce sont évidemment les services et les entreprises d’État qui souffrent les premiers, surtout ceux qui dépendent exclusivement des choix du budget national : la recherche ( l’épreuve du coronavirus en a été le symptôme), la justice ( notre incapacité à appliquer les peines faute d’établissements pénitentiaires décents), l’éducation nationale (la dégradation du niveau moyen des élèves et des étudiants en atteste), la santé (les déserts médicaux et la crise hospitalière en sont le témoignage).

Tous ces secteurs sont d’anciens riches devenus pauvres.

L’essentiel de la pauvreté provient de l’intervention de l’État, comme supplétif de notre incurie qui ne lui laisse plus aucune marge de manœuvre. Insolvable, il continue de vivre à crédit.

Un gauchisme rampant, socialo-individualiste et dégagé de tout esprit communautaire au profit d’un apitoiement électoraliste démagogique ( que l’on nomme à juste titre populisme), a depuis longtemps triomphé dans la société.

L’intervention de l’État apparaît comme un remède absolu. Il s’agit de dépenser comme un riche en distribuant à tort et à travers, sans avoir le sou.

Contrairement à notre famille paupérisée, l’État fait le beau. Au lieu de restreindre ses dépenses, il les accentue. Et contrairement à notre famille autrefois aisée, il ne paie plus ses dettes, ni ne rembourse ses crédits. Il en contracte de nouvelles. La maison se lézarde. Il ne répare pas.

Ce sombre tableau qui avait fait dire il y a 15 ans à un ancien Premier ministre que la France était en faillite, ne s’est pas éclairci depuis.

Les uns disent que la faute en revient au gouvernement présent, d’autres plus réalistes aux gouvernements successifs…

Ils ont tous tort.

La faute en revient à une société laxiste qui refuse de réduire ses dépenses et de se soumettre au régime adapté à un riche ruiné, atteint d’une maladie chronique.

Bref, Il ne faut pas péter plus haut qu’on a le cul.

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Loin

Il suffit d’être loin pour y voir un peu mieux. Sauf pour les myopes, bien sûr…

J’ai passé l’Atlantique.

Grâce au décalage horaire, me voici hors de portée des médias nationaux. Un soulagement. J’ai le temps. La distance permet de s’interroger. L’immédiateté a disparu.

À froid, je prends connaissance des réactions à chaud. Leur contenu me désole. Mais je ne me sens pas obligé d’intervenir, de répondre, d’expliquer. Inutile. L’actualité a changé de camp. Six mille kilomètres ou six heures ont suffi pour rendre obsolète la réflexion qui, sur place, m’aurait irrité.

Le temps l’a révélée vaine. Certes, elle l’était déjà. Mais l’immédiateté exige de prendre en compte le futile. La distance et le temps sont des révélateurs de la vanité des choses.

Pour se vendre, les médias choisissent les zizanies sans intérêt.

Les seuls sujets importants sont ceux qui nous concernent tous, où que nous nous trouvions sur la planète. Il y en a peu. Seulement les sujets d’ampleur planétaire. Ceux qui défient le temps et l’espace : la réduction des sources d’énergie disponibles qui conduit à la guerre de survie, la seule qui ait toujours eu une vraie signification.

Ses premiers signes sont apparus. L’économie les a traduits dans son langage de réalité : augmentation des coûts énergétiques, augmentation des prix des produits manufacturés, augmentation du coût du crédit, chômage, réduction du pouvoir d’achat, réduction du niveau de vie, troubles sociaux, populisme, révolutions, guerres.

Les gesticulations et les palinodies de la politique qui alimentent les médias sont dérisoires. Le pathétique s’attache aux faits. La plupart du temps, parce qu’ils sont soumis au choix des hommes, les problèmes posés sont insolubles.

L’écologie est de ceux-là. Aucun désastre écologique n’a jamais pu être évité. Qu’ils soient dus à des phénomènes naturels ou à l’activité humaine. Les premiers parce qu’ils nous dépassent, les seconds parce qu’ils nécessiteraient une décision conjointe et unanime.

Les rodomontades de ceux qui se saisissent de sujets aussi graves pour en faire des arguments flattant la vanité des médiocres, des tribunes politiciennes pour abuser les naïfs ou des moyens de s’enrichir, ne feront que précipiter le mouvement. Ils ne résisteront pas au choc de la réalité.

La démocratie qui exige un dialogue entre le pouvoir représentatif et le pouvoir réel est par nature à court terme.

On ne règle pas électoralement un problème de long terme.

Ce sont hélas les conséquences humaines du désordre écologique qui règleront le problème écologique.

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Vive les traitres

Le cynisme électoral permet parfois d’éclairer la doctrine. La reddition du PS à LFI en est la démonstration. Personne, depuis Manuel Valls, n’avait osé tirer les conséquences de la guerre des gauches. L’union de façade avait prévalu, au nom de l’assiette au beurre.

Pour son seul intérêt, ou ce qu’il croyait l’être, Olivier Faure les a tirées. Invitant les fidèles à l’exil, il a rejoint l’ennemi. Tout est désormais clair.

Pour Hollande, Hidalgo, Dray, Cambadélis et Delga, le divorce est acté.

Mais il y a longtemps que les époux faisaient chambre à part. Les deux gauches, ennemies de toujours, sont ressuscitées au nom de l’union de la vraie gauche contre les faux-fuyants. La précédente union – celle de Mitterrand – avait tué le PC. C’est le PS, cette fois, qui perd tout. La revanche des Insoumis.

Les traîtres de Solférino, « munichois » de la débandade, écolos déstructurés et survivalistes en rémission en ont ainsi décidé. La refondation passera par eux.

À LR, on n’en est pas là. On se parle encore, par sous-entendus. Mais on couche déjà dans des lits jumeaux. Les traîtres d’hier se sont grillés les ailes à la lumière de RN, de LaREM ou de Reconquête. Ils ont raté leur coup. Ça fait réfléchir les suivants.

Les nouveaux traîtres, artisans de l’union à droite, hésitent. On réaffirme les principes du « chacun chez soi » pour sauver l’unité du parti, les postes et les avantages qui vont avec. Mais le vase est brisé. Et la verveine y meurt.

Jacob est seul dans son bunker.

Copé triomphe,  Wauquiez plastronne, Bertrand se cache.

L’un après l’autre ils rejoignent sur trois rangs l’ennemi d’hier. Et c’est au nom d’LR que ses plus acharnés défenseurs d’hier trahiront leur parti. Abad, Lisnard, Aubert viennent de découvrir qu’il n’est pas de grand homme d’État sans grande trahison.

Ils s’érigent en artisans de la pensée commune. Il n’est pas de plus grand dessein que de confondre son intérêt avec celui de la nation.

Le scrutin proportionnel achèvera bientôt la décomposition de la vie politique et des partis.

A la fuite des urnes succèderont les ruines.

Pas de révolution pour autant. La recomposition n’est pas le fait des politiques. Elle n’est que le résultat d’un mode de vie.

Ce sont les mœurs qui changent les régimes.

La IVème République était la République de la défaite.

La Vème, la République de l’ambition.

Nous venons d’éviter la République de la soumission.

Le régime vers lequel nous nous dirigeons sera le fruit de ce que nous sommes devenus. Une nation sur la défensive.

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A la hâte

On le presse d’agir. Vite ! Mais pour quoi faire ?

Équilibrer les dépenses publiques ? C’est éviter la ruine et l’asservissement.

Réformer la Justice ? Indispensable pour redonner confiance aux citoyens.

Améliorer la sécurité ? Prioritaire pour éradiquer les attentats et sortir du cauchemar des banlieues.

Viser le plein emploi ? C’est la condition du progrès partagé.

Redonner corps à une éducation nationale à la dérive ? C’est miser sur l’avenir d’une jeunesse en perdition.

Réformer le système sanitaire ? C’est offrir une oasis aux déserts médicaux, revaloriser les professions médicales hospitalières et accorder à l’hôpital du prestige.

Rendre la démocratie plus attrayante ? C’est en finir avec l’abstention.

Trouver une solution aux problèmes migratoires ? C’est réduire le populisme et porter un coup au racisme et au racialisme.

Orienter la France vers les nouvelles technologies ? C’est lutter contre la fuite de l’intelligence.

Renforcer l’Europe ? C’est assurer la paix et l’indépendance de notre pays.

Rendre à l’égalité tout son sens ? C’est en finir avec l’égalitarisme.

Restituer la valeur de fraternité ? C’est en finir avec l’État assistance.

Il faut tout faire.

Mais par quoi commencer ?

L’urgence augmente-t-elle avec le temps qui passe ? Non. L’urgence reste urgente. Elle change seulement de camp.

Et nul ne sait définir ce qui est plus urgent, car l’urgence d’une action dépend d’une autre action urgente. Et toute action nouvelle renvoie à plus tard une autre action urgente.

Le paramètre de l’action n’est pas l’urgence.

Tout commence par la confiance.

La joute politique est engagée sur le schéma ancien fondé sur la défiance. N’en attendons rien que de la chicaya.

Le populisme a dépossédé la gauche et la droite de leurs valeurs humanistes. Elles ne se reconstruiront pas du jour au lendemain.

Ce ne sont pas les programmes qui manquent. Ce sont les fondements de l’action.

Depuis l’avènement de la démocratie, la politique n’est plus la méthode de gouvernement chère à Machiavel pour le Prince.

La politique doit épouser une perspective de masse.

Encore faut-il inspirer cette perspective à la masse.

C’est le défi à relever par nos démocraties au moment où seuls les gouvernements autoritaires en donnent l’illusion.

Tandis que les fractures ne cessent de diviser nos sociétés, aucun dirigeant démocratique n’a encore su y répondre.

Combinaisons électorales et mesures ponctuelles concoctées dans l’urgence ne feront que les élargir.

Méfions-nous de ceux qui promettent de sauvegarder la paix civile en calmant des revendications particulières.

La nation n’est pas une juxtaposition d’intérêts à satisfaire d’urgence.

Elle doit être porteuse d’un destin collectif à long terme.

C’est la seule urgence.

À défaut, c’est la nation qui disparaît.

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Pacifisme

Le vendredi saint qui, dans la religion chrétienne, commémore le sacrifice du Christ sur la croix, n’inspire pas vraiment les belligérants. C’est bien normal.

Il n’y a pour invoquer le pacifisme en temps de guerre que ceux qui ne risquent rien. Les agressés ne pensent évidemment qu’à se défendre, à défendre leurs familles, leurs biens, leur patrie. L’instinct de survie.

Quant aux agresseurs, ils redoublent leurs coups pour faire céder leur victime.

Le pacifisme n’a droit de cité que lorsque la guerre n’est pas déclarée.

N’empêche, à défaut d’être armé, on succombe sans coup férir.

Je m’arme pour me faire respecter.

L’armement est un préalable, un avertissement à qui voudrait s’en prendre à moi.

Le non-armement, et pire le désarmement, provoquent l’appétit des brutes et justifient l’agression du plus fort.

La question consiste donc à savoir si la défense d’une cause aussi essentielle que la liberté de la nation et de ses citoyens, justifie ou non l’éventuel sacrifice de la nation.

Ou posée autrement si le renoncement à la défendre est compatible avec le concept de nation.

Ou posée encore autrement, si accepter la servitude n’entraîne pas le renoncement à se considérer comme humain.

Vainement pourrait-on invoquer l’exemple du Christ ou de Gandhi.

Aucun des deux n’avait la charge d’une nation. Tous les deux invoquaient la dignité de l’Homme. Et tous les deux, jusqu’au bout, ont défendu cette conviction. Ni l’un ni l’autre n’ont eu à risquer, pour leurs convictions, la vie de leurs disciples. Ils n’étaient pas missionnés. Il n’ y avait là qu’éveil des consciences et engagement personnel.

Au contraire, préserver la liberté et l’indépendance de la nation est la mission première d’un gouvernement mandaté par des citoyens. Il s’arme pour cela. A défaut, il trahit sa mission.

Zelenski n’a pas d’autre choix. Quel qu’en soit le prix.

Et il est du devoir de ceux qui constatent l’agression de venir en aide à l’agressé à peine de se rendre coupables de non-assistance à nation en danger.

Attitude aussi méprisable et aussi condamnable par la morale et par le droit que celle qui consiste à ne pas venir en aide, directement ou indirectement, à la victime d’une agression ou d’un danger.

Nous n’avons pas le choix. Il faut aider l’Ukraine.

Jusqu’à quel point ?

La réponse est donnée par la loi pénale française sur l’assistance due à une personne en danger : « Sans risque pour soi, ni pour les tiers ». A savoir, dans le respect des règles de proportionnalité. On ne saurait mettre en jeu la sécurité des tiers, c’est-à-dire, tous les autres indépendamment des Russes et des Ukrainiens. On doit même la préserver, en particulier celle de ses voisins mêlés au conflit par leur proximité.

Il faut donc aider l’Ukraine avec tous les moyens proportionnés à l’attaque, sans prendre part au conflit directement, mais seulement indirectement.

Ce n’est pas de la lâcheté. C’est de la sagesse.

Pour ne pas faire de l’Ukraine le Christ des nations.

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Le troc

Il faut avoir grand faim pour dîner chez le diable et surtout se munir d’une longue cuillère. Tout est affaire de longueur de manche.

Le risque est parfois bien récompensé. On le court pour cela. Au risque de tout perdre, il faut savoir le limiter.

Le docteur Faust n’était pas un perdreau de l’année. Vendre son âme au diable était le juste prix de ce qu’il convoitait. Et l’enjeu Marguerite en valait bien la peine. Il a gagné la fille mais a vendu son âme. C’est du vendant/ vendant, pas du donnant/donnant. Lorsque vous payez cash, il vous paye à crédit.

Investir dans une dictature donne la chance d’un profit que n’offre aucune démocratie. La contrepartie, c’est le risque. Vitale, économique, politique, sociale ou financière, le diable déguisé en dictateur brade l’insécurité en gros et en détail. Contre espèces sonnantes et trébuchantes valant quelques promesses.

Hélas pour l’investisseur, lorsque le goût du risque se confond avec l’obsession du gain, cette obsession engendre la témérité. Le manche de la cuillère est dans ce cas toujours trop court.

Car l’aventure, ce ne sont pas les affaires, c’est le dîner avec le diable.

Le diable est insatiable et n’a pas de parole. Plus insatiable encore et beaucoup plus menteur que tous ses commensaux.

Les gros investisseurs en connaissent l’enjeu, le risque et le gain espéré. Ils savent quand partir en préservant leur mise ou, du moins, en sauvant les meubles.

Les gogos l’ignorent. Ils nourrissent la certitude d’un gain à peine espéré. Un peu comme Perette n’escomptait que veaux, vache et cochons contre son pot de lait.

Voici donc pris au piège du mirage des gains plus ou moins contestables quelques entrepreneurs sommés de choisir entre la liberté et peut-être la ruine.

« Il ne reste à sauver que votre liberté. La fortune, vous l’avez perdue. Le diable se paie toujours sur la bête. »

Il faut quitter la Russie du diable.

Revenir, sans délai.

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IMPUISSANTS…

On voudrait tant que le courage de ceux de Kiev de Kharkov ou de Marioupol puisse
déboucher sur la paix.
Dans les contes russes, après avoir assouvi ses envies, l’ogre se fait tuer par les gens du
village unis contre lui. Les danses villageoises clôturent l’épisode autour du bordj local
arrosé de vodka.
Mais c’est un conte hélas, et l’on ne peut y croire.
Il n’y a pas de paix possible tant que subsiste l’ogre.
Et l’ogre, surpuissant, terrorise à l’envi, dévaste, anéantit, et ne laisse après lui que des
morts et des ruines.
La mégalomanie stupéfie la raison, paralyse l’action et provoque la fuite.
Respecter les traités, c’est abandonner Kiev. Les violer c’est allumer le feu.
L’ogre nous l’a promis. Il le fera, c’est sûr. Il l’a déjà écrit. On sait que pour tuer, il tient
toujours parole. Il n’est même pas sûr que, pour finir plus vite, il renonce à user de ses
armes de fou.
On assiste, impuissants, à l’emprise du mal. Il progresse, il s’insère partout, se révèle
et s’ébroue pour conduire le bal.
A moins de déclencher une guerre atomique, on gage sur le temps pour user le tyran.
Il n’y a pas d’autre remède.

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Sanctionner

Le mal est partout. En chacun de nous, dirait le chrétien. Ce n’est pas une raison pour feindre de ne pas le reconnaître, pour refuser de le dénoncer et négliger de le sanctionner lorsqu’il se pavane avec indécence.

Confondre autorité et dictature aboutit à l’extravagance de considérer l’acte de guerre comme inique ou légitime, selon que le régime convient ou ne convient pas à celui qui s’improvise juge, historien ou stratège.

Au motif que les gardiens de la loi ne seraient pas exempts de fautes, il faudrait, pour certains, passer sous silence le crime ouvertement commis avec cynisme et brutalité par un voyou, sous prétexte que la police ne serait pas tout à fait impartiale.

Il n’est sans doute pas inutile de rechercher les causes de l’apparition du mal, surtout si elle est soudaine. Ne serait-ce que pour éviter de reproduire les erreurs du passé. Mais il serait inepte que la découverte des causes du mal interdise de le faire cesser, par tous les moyens.

Il ne s’agit pas de rétablir la loi du talion, d’ailleurs invoquée par ceux qui violent la loi internationale, mais de réprimer l’atteinte portée aux droits des plus faibles.

Il est vrai que chez nous la dénonciation d’une lointaine faute originaire, comme explication d’un crime ou d’un délit, justifie souvent l’absence de sanction du coupable. C’est le travers de la bienpensance, devenue racialiste et wokiste.

Ainsi en est-il de l’absolution accordée au voleur sous prétexte d’une société fautive de l’avoir condamné à la pauvreté, de l’absolution imposée par l’autorité légitime à l’élève violent issu de l’immigration sous prétexte de sa prétendue situation d’infériorité.

Comme si tous les pauvres étaient voleurs et tous les immigrés violents.

Ainsi en est-il de l’absolution donnée aux auteurs de la seconde guerre mondiale, « victimes » du traité de Versailles, et à Poutine, assassin de l’Ukraine, « victime » de l’OTAN.

La vengeance est une sottise. Elle est sans fin et perpétue la guerre.

La sanction est lucide. Juste, elle éteint le conflit et ouvre la voie à la paix.

Alors oui, le mal est partout, en chacun de nous. Ce n’est pas une raison pour ne pas le combattre. Il peut avoir des causes. Pas de justification.

Individuellement, le mal est affaire de conscience. Chacun prend ses dispositions pour le combattre en lui-même, sachant qu’il y succombera à nouveau.

Collectivement, le mal est affaire de justice. Il appartient à l’Etat de s’y opposer, sachant que le mal est sans fin.

La sanction ne s’exerce avec efficacité qu’au prix de son renouvellement.

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Prévisions 2022 *

Scène unique

Mme Michu : – Qui va-t-y bien pouvoir sortir du chapeau, cette année ?

L’économiste : – L’année qui vient est incertaine…

Mme Michu : – L’hiver sera froid !

L’ historien : – On ne sait ce que l’avenir nous réserve…

Mme Michu : – L’été sera chaud !

Le philosophe : – Vous parlez pour ne rien dire !

Mme Michu : – Comme tout le monde….

Le philosophe : – Non, moi, je parle au monde !

L’économiste : – Moi aux puissants du monde !

L’historien :  – Moi, au monde d’après !

Mme Michu : – Et moi, à tout le monde.

Le chœur : – Nous parlons tous à tout le monde. La vie n’est qu’à ce prix ou c’est l’isolement. Pensées ou évidences, vérités ou mensonges. L’essentiel est de dire. Le fond importe peu. Seule la forme compte. C’est elle qu’on retient.

Mme Michu : – Oui, mais la vérité, dans tout ça …

L’historien : – La vérité est historique.

L’économiste : – La vérité est statistique.

Le philosophe : – Il n’y a pas de vérité.

Mme Michu : – La vérité, c’est ce qu’on voit !

Le chœur : – La vérité, dit l’historien, c’est l’interprétation de ce qu’un autre a dit, qui est l’interprétation de ce qu’un autre a dit avant lui et ainsi de suite en remontant le temps jusqu’à ce qu’on ne sache plus qui a dit ce qui a été dit….

La vérité, dit l’économiste, c’est le résultat d’un calcul de la probabilité de survenance d’un fait qui s’est déjà produit, tenue pour vraisemblable à conditions inchangées….

La vérité, dit le philosophe, c’est ce que l’on s’accorde à considérer comme vrai, ou comme faux, et qui s’inverse au cours des temps autant que fluctuent nos passions….

Mme Michu : – Nous voilà bien avancés !

D’économie, je ne connais que celles qui me restent à la fin de l’année.

D’histoire je ne sais que celle que j’ai vécue, et dont je me souvienne, et de philosophie, que la sagesse des anciens et le bon sens des gens.

Pour le reste, je sais qu’il fait noir la nuit et clair le jour et que tous vos discours ne font que m’embrouiller.

Le chœur : – Ainsi va la vérité, d’évidences en évidences, changeantes au gré du temps. L’incertitude est la seule vérité.

Mme Michu : – Sauf que, sauf votre respect, ceux qui nous emmerdent continuent à nous emmerder ! Et dans tout ça, avec vos beaux discours, je crois bien que c’est M. Macron qui va être élu !

*Inspiré par les articles savants publiés par les plus grandes signatures des plus grands magazines…

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L’empoigne

Bien sûr, n’importe qui comprend que Zemmour, Ciotti, Mélenchon ou Le Pen soient détestés de leurs adversaires.

On comprend bien aussi que ceux qui les adorent, détestent donc Macron, Pécresse ou Jadot.

Tout le monde comprend que Zemmour déteste Mélenchon, et inversement.

Mais on comprend mal la détestation des Pécresse/Bertrand pour Macron et aussi mal, la détestation de Le Pen pour Zemmour et celle de Mélenchon pour Hidalgo.

C’est que tout cela est très compliqué.

Se mêlent confusément – pour ce qu’il en reste – les oppositions idéologiques ( les plus nobles), les haines recuites (les plus viles), les jalousies (les plus mesquines), les ressentiments (les plus durables), et puis tout simplement les antipathies physiques (gouvernées paraît-il par la chimie) rendant incompatibles un corps avec un autre.

La démocratie a fait litière de l’espérance qu’elle portait. Elle est devenue pragmatique.

Le combat pour tous s’est transformé en combat pour quelques-uns,  destiné d’un côté à répondre aux besoins immédiats de l’électeur « ici et maintenant » et, de l’autre, à offrir la victoire à des clans d’intérêts particuliers.

Faute de rêve, elle a sombré dans la démagogie et dans le populisme.

Alors que c’était sa raison d’être, la construction de l’avenir n’a plus cours. Elle est du domaine de l’imaginaire et par conséquent du domaine purement intellectuel, c’est-à-dire extrapolitique.

Et si, par extraordinaire un discours, comme le discours européen, échappe à la contingence, il est qualifié de « hors sol » ou de déconnecté du réel, discrédité et méprisé par les adeptes médiatiques de solutions imposées par des slogans primaires.

Pendant ce temps, des régimes autoritaires préparent l’avenir, leur domination sur le monde libre et construisent avec leur politique l’asservissement de l’individu par un clan.

La liberté individuelle reste le fondement de la démocratie. C’est en cela qu’il faut persister à la défendre, malgré ses immenses défauts.

Mais on la défend bien mal, à la veille de cette élection présidentielle, lorsque les cancrelats médiatiques préfèrent mettre en avant des oppositions factices de personnes et d’égos plutôt que de mettre en lumière les trois modèles qui s’affrontent, réduits désormais à leur plus simple expression : la défense de la liberté individuelle dans le respect des droits de l’homme contre le Tout Pour Ma Gueule dans une société fermée et la disparition de l’individu au profit du collectif.

Et tout aussi mal lorsque les candidats préfèrent dénigrer leur presque semblable plutôt que d’affirmer leur propre originalité.

Une campagne électorale n’est certes presque toujours qu’une bataille de chiffonniers.

Mais curieusement, ce sont, cette fois, les chiffonniers du même gourbi qui se battent entre eux…

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Mon nombril

« La conscience nous permet de voir ce qui est bien et ce qui est mal » expose un « cahier de morale » daté de 1950, retrouvé par hasard dans un vieux carton de déménagement.

Cela fleure bon les maximes reprises chaque matin par l’instituteur, en lettres calligraphiées à la craie, sur le tableau noir.

Plus loin, on peut lire : « Si misérable que l’on soit, on peut toujours éprouver la joie de faire plaisir aux autres », et plus loin « Dévouez-vous sans rien attendre. Il faut penser aux autres plus qu’à soi-même. » Ca sent l’encre violette et les encriers en faïence blanche insérés dans leurs emplacement creusés à leur diamètre en bordure du pupitre incliné.

Certes, le style en est naïf, vieillot, prescripteur et, pour tout dire, moralisateur.

Mais au-delà du style, le fond de ce manuel d’écolier, bible des hussards noirs de la République, empreint de morale laïque héritée de morale chrétienne, met le doigt sur la solidarité, préoccupation majeure de la France de l’après-guerre.

Les « Rouges » et les « Blancs » visaient le même objectif, altruiste, solidaire, tourné vers un avenir qui, après l’horreur, ne pourrait qu’être que meilleur. Et pour nourrir cet objectif, une conscience collective puissante fondée sur la conscience individuelle, avec en arrière-plan, l’œil de Caïn perçant sous la légende des siècles de Victor Hugo, héraut de la République.

Le « Prends bien soin de toi » formulé aujourd’hui à tout bout de champ à la manière du « bonne dégustation ! »,  d’un serveur de restaurant aussi indifférent qu’apprêté, a remplacé le « penser d’abord aux autres » jadis présent dans tous les esprits mais jamais prononcé, un non-dit de pudeur.

Ce qu’on faisait, on le pensait, sans le dire. Ce qu’on ne fait pas, on le dit, sans le penser.

La formulation du « Take care » à la française, même creuse, est révélatrice.

Le souci de soi, de sa santé, des risques courus, de ce qu’il faut éviter pour ne pas perturber un train-train ennuyeux, l’emporte sur tout. Mille fois s’ennuyer plutôt que de risquer l’écueil. Assurance tous risques et principe de précaution.

Il n’y a plus de « Rouges » ni de « Blancs ».

Il n’y a que des prescripteurs de remèdes de bonnes-femmes censées vous apporter la sécurité, une religion animiste censée combler votre désir d’identification à la planète et une vague philosophie hindouiste censée vous apporter la sérénité.

« Tout pour ma gueule » ou TPMG, dit-on à présent.

Le contraire de tout ce que nous avons appris lorsqu’on nous couinait dans les oreilles « Tu n’es pas le nombril du monde ! »

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SOURIRE

Un billet que j’aime bien, d’Yves Marchand, H.D.

Nous nous prenons vraiment trop au sérieux. Imbus de nous-mêmes – on ne sait pourquoi – l’humour et l’auto-dérision ont cédé la place au sarcasme et à la lourdeur. Un « relou »renforcé – on n’est jamais assez prudent – par un emoji qui prémunit l’auteur d’ une « vanne » (rien que le mot est vulgaire) contre l’incompréhension de son interlocuteur. Le tout s’achevant dans la complicité d’un rire gras.

Adieu légèreté, humour et allusion discrète, soucieuse de ne pas blesser mais tout au plus d’égratigner, à charge de revanche…

L’univers se prend au sérieux. En tête, les grands de ce monde et ceux qui prétendent en devenir les maîtres. Tous nous présentent un visage de circonstance. Et seule alternative à leur sinistrose, ils s’esclaffent ou ricanent, comme si d’un seul coup, perdant tout maintien, ou pris de boisson, ils se laissaient aller à la gaudriole.

Peut-être alors décompressent-ils, ou prennent-ils conscience de la vanité des mots qu’ils prononcent. Les ricanements de Trump, les fous rires de Clinton et de Ieltsine, et plus récemment les franches rigolades de Boris Johnson nous ont fait découvrir les clowns qui percent sous les puissants.

Seule échappe à ce carnaval de figuration la plupart des dirigeants asiatiques. Question de culture.

Les dictateurs classiques, du liquidateur Kim Jong-un aux frères Castro, en passant par le sinistre Poutine, ne font pas exception à ce ridicule.

Quels qu’ils soient, d’où qu’ils viennent, tous ces gens ignorent le sourire. Qu’il soit signe d’empathie et de sincérité, ou d’ironie et de duplicité. Ils ne connaissent en dehors des mots que le rire de corps de garde.

Alors que tout dépend du sourire qui se passe de mots.

Après une longue carrière au service des mots, de prétoires en tribunes diverses, j’ai récemment – il n’est jamais trop tard – fait l’expérience d’un dialogue sans mots. Ou, devrais-je dire, d’un monologue ponctué de sourires en guise de réponses. On peut tant dire par un sourire… Et c’est tellement moins bruyant ! Seulement voilà, contrairement aux mots, le sourire exige l’écoute réciproque. On s’écoute quand on s’aime. Et le sourire est acquiescement.

Les mots virevoltent, se bousculent, se heurtent, se hachent, se murmurent, se hurlent, s’effacent et puis, s’oublient. J’ai honte d’en avoir tant dit.

Le sourire, lui, s’installe, transfigure celui qui le fait et s’imprime à jamais dans la mémoire de qui le reçoit. Rien de plus beau qu’un sourire d’enfant et de plus émouvant qu’un sourire de malade.

Sourire d’affection, de mépris, de sarcasme ou d’ironie, plus fort que toute déclaration, il est révélateur de la pensée.

Tandis qu’on s’interroge sur la sincérité des mots.

C’est le sourire qui engage, pas les mots.

C’est lui qu’il faut croire.

Méfions-nous du verbe qui tente de dire plus que le sourire.

Il dissimule la duplicité.

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