Terminus

Nous sommes en 2030, dans un hôpital pour hommes, une chambre classique pour six, aux normes, soit : un vieillard, deux accidentés, deux longues maladies, un sans papier en cours de diagnostic.

          ⁃         Bonjour 68

          ⁃         Bonjour Docteur

          ⁃         Alors 68, on va mieux ce matin ?

          ⁃         Pas vraiment, j’ai sonné hier soir et personne ne vient. Je souffre terriblement. Je ne peux pas me lever seul, je me suis sali dans mon lit.

68 pleure en silence.

Un des jeunes accidentés :

          ⁃         y pue le vieux.

Le médecin ;

          ⁃         Allons messieurs, du calme et un peu de respect pour 68 qui vient d’avoir 88 ans.

Puis :

          ⁃         vous savez 68 combien les conséquences des inconséquences financières de votre génération impactent notre pays et notamment son système de santé que le monde entier nous envie.

          ⁃         Je suis fatigué Docteur, et j’ai mal partout. Je n’ai jamais profité de l’argent public et le fisc m’a pris l’intégralité de ce que j’ai gagné. Je ne suis pour rien dans ce que vous dites.

          ⁃         Nous parlons de votre génération 68. Donc vous êtes concerné. Mais peu importe. Nous n’avons qu’une infirmière pour 50 chambres de six, alors essayez de vous retenir. Autrement, pas d’autre problème ?

          ⁃         Mais si Docteur, mon cancer de la prostate serait stabilisé, mais je souffre énormément, j’ai mal partout et l’Efferalgan ne suffit plus.

          ⁃         Oui, comme vous le savez, en effet votre cancer est stabilisé, n’étant plus en danger de mort imminente, et dans le cadre de la lutte contre les narcotrafiquants et leurs Porsche Cayenne, je ne peux pas vous prescrire d’opiacés.

          ⁃         Mais Docteur, sans soins et envahi par la douleur, alors que les visites ne sont autorisées qu’une fois par semaine et qu’alors il y a plus de 20 personnes dans la chambre, j’ai terriblement mal et je suis complètement isolé, c’est invivable.

          ⁃         Justement 68, j’ai là un document que je vais vous laisser, nous en reparlerons la semaine prochaine.

          ⁃         De quoi s’agit-il ?

          ⁃         C’est une décision favorable de votre tuteur hospitalier.

          ⁃         Mon tuteur hospitalier ? Mais je n’ai pas de tuteur, j’ai toute ma tête et ma famille pour m’aider.

          ⁃         Il ne s’agit pas de cela 68. La nouvelle loi sur la fin de vie, votée à la demande de Bercy pour simplifier et rationaliser le passage prévoit…

          ⁃         Le passage ? Quel passage ?

          ⁃         Eh bien le passage, 68 ne faites pas l’innocent. Le passage, dont nous devons l’usage civilisé à M. Macron, notre vénéré président. Dans le cadre de son troisième mandat exceptionnel, qui fait suite au décret pris à la requête de l’amicale des cuisiniers de l’Elysée, M. Macron a rajouté à la loi, qui peinait à performer, un tuteur hospitalier nommé pour toute personne qui rentre à l’hôpital, dès la première visite. C’est le tuteur qui prépare le dossier du passage. Vous n’avez plus qu’à le signer ou à demander à l’infirmière de le signer pour vous. Et hop, plus de problème. Le passage direct.

          ⁃         Docteur je ne comprends pas votre truc, je voudrais juste être soigné pour être propre et moins souffrir.

          ⁃         Pas de problème 68, nous en reparlerons la semaine prochaine. Là les 30 minutes que je vous dois sont écoulées. Au fait, la semaine prochaine je suis en congé, vous aurez affaire à une de mes collègues.

          ⁃         Mais Docteur, je suis désespéré.

          ⁃         Justement 68, réfléchissez…

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A propos Henri Dumas

Je suis né le 2 Août 1944. Autant dire que je ne suis pas un gamin, je ne suis porteur d'aucun conseil, d'aucune directive, votre vie vous appartient je ne me risquerai pas à en franchir le seuil. Par contre, à ceux qui pensent que l'expérience des ainés, donc leur vision de la vie et de son déroulement, peut être un apport, je garantis que ce qu'ils peuvent lire de ma plume est sincère, désintéressé, et porté par une expérience multiple à tous les niveaux de notre société. Amicalement à vous. H. Dumas

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