Cette formule péremptoire est d’Arnaud Teyssier, historien, biographe et surtout laudateur du Gal De Gaulle, dans un entretien avec LE POINT.
Il convient d’être toujours prudent lorsque l’on a affaire à ce type d’affirmation car l’utilisation du peuple est en rapport direct avec le populisme ; lequel est une forme particulièrement développée de démagogie. En outre, utiliser une formule choc et simple pour marquer l’opinion et emporter l’adhésion est une technique bien connue …
Par ailleurs, combien de crimes ont été commis au nom du peuple ?
La première réaction est de s’étonner : mais alors, comment font toutes les autres démocraties européennes, dont pas une n’a un système similaire au système constitutionnel français ; avec la plupart du temps un premier ministre chef de l’exécutif et non, comme en France, un premier ministre qui n’est que le paravent du président de la République !
Ces régimes politiques ne seraient donc que des dictatures ou des systèmes politiques sans peuple ?
Bien au contraire, les démocraties scandinaves (Suède, Danemark, Norvège), le Royaume Uni, les Pays Bas, la Belgique, l’Espagne … sont des systèmes politiques qui peuvent en remontrer en matière de démocratie à une France engoncée dans des structures étatiques rigides qui n’ont permis que l’arrivée et le maintien au pouvoir d’une caste de hauts fonctionnaires ; phénomène absolument unique en Europe !
Bien évidemment, on comprend qu’il s’agit, en ce qui concerne l’auteur, d’une vision partiale et idéologique et que la situation est en fait un peu plus complexe …
A l’origine
Cette élection du président de la République au suffrage universel est imputable au gal De Gaulle, parce que cet individu, à l’égo disproportionné, ne supportait pas de dépendre des parlementaires … qu’il méprisait. C’est d’ailleurs, pour cette raison qu’il avait déjà claqué la porte du gouvernement en 1946 !
Il faut se rappeler que la constitution de 1958 ne prévoyait pas à l’origine ce système de l’élection du président de la République au suffrage universel ; c’est seulement en 1962, après un référendum réussi, qu’il a été mis en place à la suite d’une double manœuvre politique dont il faut souligner le côté magistral, si ce n’est machiavélique.
-le Gal De Gaulle savait que, pour mettre en place un régime politique « à sa mesure », il lui fallait être aux affaires et obtenir l’assentiment des parlementaires ; raison pour laquelle il a été investi des fonctions de président du conseil (premier ministre sous la IVème République). Cela lui a permis de proposer une nouvelle constitution sous une version acceptable par les parlementaires.
-une fois dans la place, il a mis en place un référendum auquel les parlementaires ne pouvaient pas s’opposer alors qu’il les dépossédait, par cette manœuvre, d’une fonction essentielle. Les parlementaires perdaient le contrôle. On sait qu’il a remporté ce référendum car il profitait de sa popularité de libérateur de la France en 1944 (ce qu’il n’a jamais été puisqu’il est arrivé dans les fourgons des anglo-américains et n’était même pas au courant de la date du débarquement) et d’une promesse de remise en ordre du pays. Par ailleurs, suprême manœuvre, les français ont cru que ce serait une avancée démocratique …ce qui n’a jamais été le cas puisque, si l’on examine les faits avec lucidité, c’est une démocratie intermittente qui ne s’exerce qu’une fois tous les 7 ans puis tous les 5 ans !
Cette modification s’est-elle fait dans l’intérêt des français ? Non évidemment !
Contrairement à ce qu’affirme Teyssier, le but de De Gaulle n’était pas que « la souveraineté du peuple soit la condition première de la démocratie » mais que le peuple lui délègue, à lui et à lui seul, les rênes du pays. De Gaulle était devenu la France à lui tout seul alors qu’en principe il ne devait n’en être que le mandataire !
Le seul bénéficiaire était l’égo incommensurable d’un homme qui se permettait de rabrouer un journaliste lors de l’une de ses fameuses conférences de presse truquées (les questions étaient communiquées à l’Elysée à l’avance) « pourquoi voulez-vous qu’à 67 ans je commence une carrière de dictateur »
Il n’en n’avait pas besoin … il avait tous les pouvoirs !
L’élection du président de la République au suffrage universel a-t-elle amené à plus de respect de la population par les politiques et les hauts fonctionnaires ?
Ce n’est pas mon sentiment …
Qui a dit ? Les français sont des veaux !
Le Gal De Gaulle … ce qui rétablit quelque peu l’opinion qu’il avait de ses concitoyens,
Qui a dit ? les français sont des sans-dents !
F Hollande, la pseudo président “normal”,
Et le président actuel, qui s’est pris pour Jupiter et qui n’a jamais hésité à insulter les français, ni même à les éborgner, ne donne pas non plus ce sentiment !
Regarder la réalité en face
L’affirmation de Teyssier est doublée d’une incompréhension du système politique basé sur la démocratie représentative et qui laisse à penser que « le peuple a le pouvoir » … or voter ce n’est pas décider, c’est donner le pouvoir de décider à des élus qui ne décident pas toujours ce que vous avez envie de décider !
De ce fait, voter ne donne donc pas le pouvoir … surtout quand le parlement est devenu un parlement croupion du pouvoir exécutif et chambre d’enregistrement des décisions de celui-ci !
Vous en doutez ? Qu’est-ce qui a changé du fait du vote des français depuis 40 ans ?
Rien, absolument rien, la technocratie n’a fait qu’augmenter son emprise sur la société !
Depuis De Gaulle, combien de hauts fonctionnaires ont été président et ont dirigé le pays en l’amenant au bord du précipice ?
Tous sauf Sarkozy et Mitterrand qui, par ailleurs, se sont avérés très mauvais !
Et en ce qui concerne les premiers ministres, on n’ose même plus faire un décompte !
Pensez-vous que les français auraient voté pour les augmentations d’impôts, les ZFE, le malus fiscal à 80.000€, le prix du carburant à 2.5€ le litre, le DPE qui interdit de location des logements classés F et G, l’explosion de la fiscalité sur les factures d’électricité … et toutes ces contraintes qui s’ajoutent d’année en année !
Teyssier affirme : « Le peuple doit toujours avoir le dernier mot. »
Mais quand est-ce qu’on a écouté les français ?
Brièvement au moment des gilets jaunes, parce que le président a pris peur devant la fronde qui prenait des proportions inédites !
D’ailleurs, les hommes de pouvoir se gardent bien de demander l’avis du peuple ; notamment par le biais du référendum considéré comme bien trop dangereux car incontrôlable !
Or, ce que veulent les politiques et la caste des hauts fonctionnaires, c’est le contrôle de la société et nullement le respect de la démocratie !
Enfin, on a vu que les élites au pouvoir n’ont pas hésité à recourir à la manipulation de l’électorat dont on a vu les effets en 2017 avec l’élimination judiciaire de F Fillon au profit d’un inconnu qui, sans cela, n’avait aucune chance d’être élu ; et encore en 2022 avec l’instrumentalisation de l’extrême droite qui a permis au président en place de voir son mandat renouvelé alors qu’il était détesté par une majorité de français !
Voter peut donner l’illusion du pouvoir mais la réalité doit être fortement nuancée …
Les effets pervers
Ces élections au suffrage universel n’aboutissent finalement qu’à l’élection d’un monarque, doté de tous les pouvoirs mais irresponsable politiquement et indéboulonnable !
Teyssier le reconnait d’ailleurs explicitement en affirmant que le premier ministre ne sert à rien et n’est que le paravent du pouvoir présidentiel !
Le principal effet pervers est qu’on en est arrivé à une ambiguïté constitutionnelle, actuellement insoluble, avec la possibilité d’un affrontement entre les élus du peuple (les députés) et le président de la République, lui-même élu du peuple !
Dès lors, lequel peut prétendre à la légitimité pour agir au nom des français ?
En l’état actuel des choses, aucun !
Conséquences
La conclusion est imparable : il faut sortir de ce système politique pseudo monarchique qui n’est qu’un carcan pour figer une situation qui ne profite qu’à une caste de hauts fonctionnaires qui s’accroche au pouvoir !
Celui qui pense l’inverse est un grand naïf ou un agent du système !
Teyssier stigmatise la faillite des partis ; ce qui abaisserait la démocratie sans voir que ce phénomène est dû la haute fonction publique qui contrôle tout et reste au pouvoir quoiqu’il arrive. Les partis politiques n’ont plus aucune importance !
Alors, je sais que De Gaulle est le modèle de toute une classe politique française dépourvue de toute imagination et fait figure de sauveur auprès de la population ; mais, en fait, il a surtout réussi à redresser les comptes du pays, au moyen de mesures efficaces après une bonne dévaluation de 20% en 1961, et à stopper la guerre d’Algérie avec l’abandon des européens dans des conditions scandaleuses ; tout en profitant d’une croissance économique mondiale absolument fantastique pour relancer le pays !
On va me dire : Revenir à un régime parlementaire, ce serait un retour à la IVème République et à l’instabilité politique !
Mais alors, comment font les autres pays qui ont des régimes parlementaires ?
En fait, le vice de la IVème République était son système électoral basé sur la proportionnelle qui ne permet pas de dégager une majorité et fragmente l’électorat !
Finalement, Teyssier ne se pose pas les bonnes questions : Constater la déliquescence du système politique français et refuser de le réformer en proférant des inepties n’est malheureusement pas une solution !
Bien cordialement à tous !
42 vues
Quand vous cherchez a être honnête , les gens trouvent cela curieux. Car il est difficile de dire la vérité, lorsqu’on profite du mensonge.