Le mouvement des gilets jaunes continue, sans qu’on puisse voir l’amorce d’une solution, alors que la répression violente entraîne à son tour des réactions violentes. Le gouvernement, qui cherche une issue de sortie à cette crise, se trouve de ce fait contraint à devoir zigzaguer entre d’un côté le non rétablissement de l’ISF, les demandes concernant le RIC, le pouvoir d’achat, la fiscalité et de l’autre les contraintes budgétaires au regard des règles européennes … que nous ne respectons pas !
Ce faisant, E Macron et son gouvernement agissent selon plusieurs axes :
– la distribution en urgence de 12 milliards € pour calmer la population et stopper les émeutes,
– une vaste opération de dénigrement des gilets jaunes avec l’aide de nombreux médias qui n’ont rien à refuser au pouvoir puisqu’ils vivent de ses subventions.
– une répression extrêmement violente des manifestations du fait de l’utilisation, quoiqu’en dise le ministre de l’intérieur, d’armes de guerre. Le but est clairement d’intimider la population qui serait tentée par la rue.
– l’adoption d’une loi « anti-casseurs » dont l’aspect sécuritaire et attentatoire aux libertés n’a échappé à personne alors que toutes les dispositions pénales existent déjà.
– l’engagement d’un grand débat national qui doit recueillir les doléances des français et dont on est à peu près sûr qu’il aboutira à une neutralisation de la parole populaire.
– une vaste opération de communication avec des réunions pendant lesquelles E Macron fait le spectacle, pendant des heures, relayé par les chaînes d’info continue. Nous en sommes déjà à l’épisode VI alors que ce procédé fait penser à cette émission bien connue des sud américains : «Aló Presidente » pendant laquelle le président vénézuélien Hugo Chavez répondait à la population pendant des journées entières tout en se lançant dans de longs monologues destinés à défendre sa « politique ».
– la recherche de solutions budgétaires et fiscales pour redresser les comptes publics.
Les comptes de la France sont mauvais
Il faut le dire tout net : la peur (du gouvernement) a été mauvaise conseillère car la distribution de 12 milliards € au mois de décembre est intervenue au plus mauvais moment, alors que les déficits sont au plus haut et que la croissance économique est en train de sombrer ; ce que confirme la cour des comptes qui vient d’écrire : « Le scénario macroéconomique du gouvernement, qui reste celui présenté en septembre 2018 lors du dépôt du projet de loi de finances, ne tient compte ni de l’impact macroéconomique des mesures prises en fin d’année, ni, en sens inverse, de la dégradation de la conjoncture survenue depuis lors en Europe. » (ici)
En outre, la France est le dernier pays d’Europe à présenter un budget en déficit de plus de 3% et il est absolument exclu que le dépassement de 2019 puisse se renouveler en 2020 alors que les marges de manœuvres sont extrêmement réduites.
Derrière cette question, se profile le risque d’une trajectoire à l’italienne qui fait peur car, si pour l’instant les taux d’intérêts restent très bas, une augmentation de 2 points pourrait s’avérer catastrophique (ce serait +50 Md € de charges en plus) alors que la croissance tend vers 0 ! Or, on sait que si les taux d’intérêts sont plus élevés que la croissance, on court à la catastrophe.
La conjoncture internationale est mauvaise
D’ores et déjà, on sait que les prévisions de croissance de 1.7% l’an pour 2019 ne seront pas atteintes dans un contexte général de ralentissement de l’économie mondiale et spécialement de la zone €. On ne pourra pas bénéficier, comme en 2017, d’une croissance mondiale qui tractera la française et ce sera déjà un véritable miracle si on arrive à faire 1% avec probablement une phase de récession vers le milieu de l’année.
Les pistes du gouvernement
Les pistes rejetées
La donnée principale est que la population modeste n’a pas accepté la taxation du prix du carburant au nom de l’écologie et rien ne laisse espérer qu’on pourra la rétablir prochainement alors que le redressement des finances publiques passe soit par la réduction des dépenses publiques soit par, encore une fois, par l’augmentation de la fiscalité.
On sait que la réduction des dépenses de l’Etat ne peut porter que sur le nombre de fonctionnaires et/ou les prestations sociales.
Seulement, s’attaquer à la citadelle des fonctionnaires, c’est courir au clash avec la fonction publique ; ce qui ne serait pas bon après les gilets jaunes. Il semblerait donc que, après mure réflexion, le gouvernement ait exclu de se mettre à dos les fonctionnaires. Seulement, cela impose de trouver d’urgence des ressources supplémentaires pour boucher les trous béants d’un budget désormais catastrophique !
Cette raison a été, à elle seule, suffisante pour que soit rejetée l’hypothèse d’une TVA à 0% sur les produits alimentaires de base ; elle serait beaucoup trop coûteuse pour des finances publiques exsangues car (sic) elle serait sans gain pour le consommateur. Cette affirmation est basée sur le précédent de la restauration qui aurait confisqué la baisse de la TVA sans bénéfice pour le consommateur (en oubliant que cette confiscation a surtout consisté en une reconstitution de marges extrêmement faibles, pour ne pas dire nulles, dans la profession).
E Macron a aussi rejeté le rétablissement de l’ISF en raison de ses effets désastreux sur l’économie mais aussi en raison de l’image extrêmement négative d’instabilité fiscale et de spoliation qui serait donnée de la France à l’étranger.
Les pistes fiscales
Si s’attaquer aux fonctionnaires a été exclu, la réduction des prestations sociales et plus particulièrement des pensions de retraite reste d’actualité alors que le gouvernement hésite fortement à engager la réforme prévue initialement et ayant pour but de repousser l’age de la retraite de 2 à 3 ans.
Il est donc probable que, en dépit de l’annulation du prélèvement de CSG de 1.7% sur les retraites de moins de 2.000 € par mois, la non revalorisation des pensions sera poursuivie puisqu’elle n’a pas provoqué de contestation. Le problème est que cela va provoquer une paupérisation relativement rapide d’une population souvent à la limite du seuil de pauvreté.
La taxation des GAFA a d’ores et déjà été engagée, de manière isolée et alors que les autres pays de l’UE soit réfléchissent encore soit sont carrément contre. L’urgence budgétaire française est telle qu’on ne peut pas se permettre de négliger une recette complémentaire de 500 millions €.
La publicité donnée à l’alourdissement de l’impôt sur les successions, surtout sur les tranches les plus élevées, par le biais de Terra Nova, think tank de gauche, ne peut pas être considérée comme innocente ; alors que cet impôt est déjà l’un des plus lourds d’Europe !
Un possible réaménagement de l’impôt sur le revenu serait aussi à l’étude pour en accentuer la progressivité ; avec le défaut d’accentuer l’imposition sur les plus aisés alors que plus de la moitié des français ne paient pas d’impôt sur le revenu !
Si l’on en croit la parole présidentielle, rien demain n’interdit non plus que le gouvernement ne se mette pas à taxer aussi les plus values immobilières sur la résidence principale (pour l’instant exonérées) ; ce qui provoquerait une véritable explosion de la fiscalité immobilière !
Le ministre des comptes publics (G Darmanin) n’a pas caché qu’il s’intéressait à certaines niches fiscales, dont le coût total pour l’Etat, en terme de pertes de recettes fiscales, est évalué à 100 Md €. E Macron a pour l’instant déclaré qu’il n’en n’était pas question.
Le problème est que la France est un pays à la fiscalité si lourde qu’il faut créer des dérogations, les fameuses niches, pour atténuer une imposition excessive. En gros, on fait un cadeau fiscal pour faire passer la pilule de la spoliation … Or, organiser une remise en cause sélective des avantages fiscaux procurés par les niches fiscales va inéluctablement provoquer une hausse de la fiscalité avec le risque évident d’accélérer l’exil des classes moyennes supérieures !
Les pistes politiques
Le référendum
On sait que E Macron réfléchit à haute voix à propos d’un éventuel référendum ; sans qu’on puisse connaître évidemment la nature des questions qui pourraient être posées.
Ce dont on peut être sûr, c’est qu’il ne sera pas du tout fait dans l’esprit de celui de 1969 et qu’il n’y aura aucune application gaullienne de la Vème république : celle qui voudrait que le président remettre son mandat en jeu. Les questions posées, si elles sont posées, seront calculées pour que la personne de E Macron ne soit pas remise en cause !
Le RIC et la grande consultation
Une partie de la population manifeste un sentiment d’injustice et estime ne plus être représentée ou mal représentée par les élus et c’est pour cette raison principale que le RIC a fait son apparition.
Or, le RIC est un véritable danger pour la caste au pouvoir car ce serait une abominable atteinte à son droit de tout décider, au nom du peuple, sans le consulter ! Imaginez une seule seconde qu’un RIC soit formulé pour empêcher un budget en déficit et que ce RIC recueille l’assentiment majoritaire de la population : tout l’édifice mis en place par Bercy et E Macron s’écroule !
Il ne faut jamais perdre de vue que E Macron et son gouvernement ne sont que dans le calcul politique afin de sauver le système mis en place et qui leur bénéficie au premier chef. D’ailleurs, cela se voit au fait qu’E Macron n’a redécouvert les corps intermédiaires (maires, syndicats, partis politiques …) que pour mieux les utiliser afin de reprendre la main et avoir des interlocuteurs approuvant son action et surtout le faisant savoir !
La grande consultation se résume, pour l’instant, à une opération d’auto-promotion … aux frais du contribuable ! Ce n’est qu’une manière d’occuper la population pour la distraire des idées subversives des gilets jaunes. E Macron pense d’ailleurs qu’il a raison puisque les sondages lui seraient favorables. Il bénéficierait d’une amélioration sensible de sa côte (+6 points selon un sondage IFOP) ; ce qui va forcément l’inciter à penser que les français approuvent son action !
Le seul moyen de faire échec à cette manoeuvre de basse politique serait que les français, dans le cadre du grand débat national, demandent, de manière massive, la réalisation de ce que ne veut surtout pas E Macron et son gouvernement ; à savoir le RIC, la fin du statut des fonctionnaires et la réduction de leur nombre, la publication annuelle des salaires, primes comprises, des 1.500 hauts fonctionnaires les mieux rémunérés, la suppression des nombreuses agences gouvernementales de type CESE (conseil économique et social) à l’utilité plus que douteuse et qui ne servent qu’à recaser les amis politiques, la fin de la transition écologique.
En conclusion :
Le gouvernement doit manœuvrer entre la réduction des dépenses sociales sans provoquer de soulèvement populaire et la taxation toujours plus lourde des classes moyennes supérieures.
La base (les gilets jaunes) ne voulant plus payer, le gouvernement et Bercy en ont tiré la conclusion qu’il faut faire payer les autres et en l’occurrence ceux qui ont du « savoir vivre » c’est à dire ceux qui n’iront pas sur les ronds points se colleter avec les forces de l’ordre et qui se laisseront faire en criant mais qui se laisseront faire jusqu’au moment … où ils quitteront la France !
Il n’est pas sûr que la voie choisie par le gouvernement soit la bonne car l’effet Laffer (ici) sera là pour corriger les abus d’une fiscalité excessive alors que la France est le pire enfer fiscal d’Europe et que, de ce fait, il est normal que les gens qui paient trop d’impôts cherchent des cieux fiscaux plus cléments !
Quelles sont les pistes explorées actuellement par le gouvernement pour nous tirer de cette mauvaise situation alors que le mouvement des gilets jaunes est né d’une révolte contre une pression fiscale excessive ? Augmenter les impôts !
Nous sommes en pleine fuite en avant ; comme si l’élévation de la fiscalité à des niveaux himalayens allait sauver le système.
On a du mal à comprendre cet acharnement à poursuivre un modèle dont on sait qu’il ne fonctionne pas si l’on ne prend pas en considération le fait que ce gouvernement, ainsi que ceux qui l’ont précédé, ont poussé trop loin l’exercice de la dette et qu’ils n’ont, à ce jour, plus aucune marge de manœuvre en dehors de l’augmentation de la dette et des impôts ; notamment parce qu’ils ont refusé de prendre en considération le fait qu’avec l’€ il n’est plus possible de monétiser la dette publique (en actionnant la planche à billets) et de la lessiver au moyen de l’inflation.
Or, en dépit d’une pression fiscale déjà trop forte, la solvabilité budgétaire n’est plus assurée et il n’est pas sûr, loin s’en faut, que la logorrhée hyper médiatisée d’un président glissant vers l’autoritarisme et le culte de la personnalité soit suffisamment efficace et persuasive pour redresser la situation …
Bien cordialement à tous !
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