Investir en Chine ?

En cette période de taux nuls et de menace inflationniste, il peut être tentant de diversifier ses avoirs afin de répartir et limiter les risques.

On peut être tenté par l’or qui ne bouge pas (il ne monte pas mais ne descend pas), par le bitcoin (qui bouge beaucoup trop) et dont j’ai déjà évoqué les risques, ou bien acheter des actions de sociétés françaises, européennes, américaines et pourquoi pas chinoises.

Les entreprises chinoises ont un parcours impressionnant puisqu’elles sont sorties du néant pour devenir, pour certaines, des leaders mondiaux (Huawei, Xiaomi, Tencent …) dans leur domaine d’activité.

Les entreprises chinoises ont dépassé le stade de copieurs infâmes de la technologie occidentale puisque la Chine est désormais le pays qui dépose le plus de brevets dans le monde.

Certains financiers nous affirment même que l’avenir est en Chine et en Asie parce qu’en Europe et aux Etats Unis c’est mort avec les taux à zéro résultant des manipulations monétaires des banques centrales et de déficits budgétaires étatiques monstrueux dont on peut effectivement se demander comment ils seront remboursés ?

Surtout qu’en Chine, vous pouvez obtenir du 6% l’an !

Attention quand même …

Il convient d’être extrêmement prudent ; surtout lorsque l’on sait, bien que cette information n’ait pas fait les gros titres de la presse subventionnée actuellement centrée sur la prochaine quatrième vague et le variant delta du Covid, que les autorités chinoises ont fait perdre d’un coup, le 26 juillet, environ 1.500 Md$ de capitalisation sur les bourses chinoises.

Que s’est-il passé ?

Le gouvernement chinois s’est attaqué aux grands groupes chinois cotés spécialisés dans l’éducation ; provoquant un mouvement de panique sur les marchés boursiers.

Et cette action du gouvernement fait suite aux précédentes actions de Pékin à l’encontre des entreprises du secteur de la Technologie.

En effet, une reprise en main avait débuté en novembre 2020, avec le report forcé de l’introduction en Bourse d’Ant Financial (la filiale financière d’Alibaba) et le géant de l’immobilier Evergrande, très endetté, s’est aussi retrouvé dans le collimateur des autorités, tout comme Didi, le Uber chinois, qui s’est vu interdire l’utilisation de son application en Chine…quelques jours après son introduction en Bourse à Wall Street !

En tout, 34 entreprises du numérique, dont les géants de l’internet Baidu, Tencent (WeChat) et ByteDance (propriétaire de TikTok), ont été convoquées par les régulateurs pour discuter des entraves à la concurrence.  Ali Baba, quant à elle, s’est vu infliger une amende de 2,3 Md$ pour abus de position dominante.

Jack Ma, le président d’Alibaba, a eu d’ailleurs droit à un traitement personalisé après avoir eu le malheur de faire certaines déclarations « inappropriées » et envisagé de lancer sa propre monnaie numérique ; faisant de ce fait directement concurrence au pouvoir central du PCC (parti communiste chinois).

Après une disparition inexpliquée de plusieurs mois (on parle de camp de rééducation), il a fait une réapparition et tient désormais des propos … tout à fait dans la ligne du parti !

La réalité est que la Chine n’est pas un pays libre, c’est une dictature sous la férule du PCC  et de son chef à vie Xi Jinping avec toutes les conséquences que cela implique.

Cela veut dire que, demain les autorités peuvent saisir vos avoirs, ou dévaluer la monnaie pour des raisons purement politiques.

En outre, le système étatique chinois est extrêmement opaque avec une dette publique colossale (supérieure à 200% du PIB), des entreprises très endettées, certaines sous la domination indirecte de l’armée chinoise …

Le yuan n’est pas une monnaie convertible.

En fait, en investissant en Chine, vous cumulez deux risques :

-le risque politique c’est à dire que demain le pouvoir politique peut décider de prendre des mesures contraignantes et c’est ce qu’il vient de faire en mettant au pas le secteur de la Tech, Ali baba, et désormais le secteur de l’éducation. La confiscation, sous une forme ou sous une autre, est donc toujours possible.

Cette pression des autorités chinoises commence d’ailleurs à jeter un sérieux doute sur la sécurité des investissements dans les entreprises du pays et les investisseurs se demandent aujourd’hui quelle sera la prochaine cible de Pékin.

-le risque monétaire car investir dans un pays qui promet du 6% alors que l’Europe promet du 0% est évidemment tentant sauf que l’inflation chinoise y est structurellement plus forte là-bas qu’ici. Vous gagnez donc sur les intérêts mais perdez sur le change de la monnaie puisque la pression inflationniste tend à faire baisser la valeur de la monnaie. Par ailleurs, le pouvoir chinois n’a jamais hésité à manipuler sa monnaie et à pratiquer des « dévaluations politiques » afin de restaurer la compétitivité de son économie et ce point risque de se poser à nouveau prochainement puisque l’économie chinoise ralentit sérieusement et flirte même désormais avec la récession.

A ces deux risques, il faut ajouter, du fait de la puissance chinoise qui commence à indisposer les gouvernements principalement européens et américains, un risque de rétorsions de la part des pays occidentaux à l’encontre de certaines entreprises chinoises qui sont accusées de se livrer à l’espionnage par le biais de leur technologie ; ce qui est probablement vrai mais pas vraiment nouveau dans la mesure où tout le monde espionne tout le monde, y compris ses alliés politiques ou militaires …

Plus grave, on peut même considérer qu’il ne faut pas non plus investir à Taiwan, Chine nationaliste et démocratique, située à une encablure du continent parce qu’elle est actuellement objet de toutes les visées du PCC.

Ce n’est pas que l’économie y soit défaillante, bien au contraire, on y trouve des entreprises situées au premier rang mondial (dans les puces électroniques), mais cette ile est revendiquée de plus en plus agressivement par la Chine communiste à la fois pour des raisons politiques mais aussi économiques et technologiques puisque mettre la main sur les fabricants de puces électroniques résoudraient certaines problèmes des fabricants de la Tech (Huawei notamment) chinois qui sont confrontés à un embargo de la part des autorités américaines.

Le risque d’une attaque chinoise ou d’un blocus maritime, qui asphyxierait l’économie taiwanaise, certainement à l’étude, n’est donc pas nul.

Pour s’en convaincre, il suffit de voir comment a évolué la situation à Hong Kong et notamment comment l’ancienne colonie britannique, restituée en 1997, a été « reprise en mains » en … parfaite violation avec les dispositions du traité qui avait été conclu avec le Royaume Uni !

En fait, dans les régimes dictatoriaux ou les « démocraties limitées », il faut être soumis au régime ou être un ami du régime pour pouvoir espérer prospérer … ce qui peut constituer un frein ou une gêne voire un handicap insurmontable en cas de modification de la « ligne politique » du gouvernement …

Rappelons-nous ce qui est arrivé à M. Khodorkovski qui avait eu l’outrecuidance de vouloir faire de la politique et s’opposer au système mis en place par l’oligarchie issue de l’époque soviétique. Il a été condamné à 10 ans de prison et son entreprise Ioukos, alors premier producteur de pétrole russe, a été purement et simplement démantelée en grande partie au profit du groupe pétrolier public russe Rosneft. Cette dernière, pourtant de taille modeste, est devenue, grâce aux actifs de Ioukos et à la bienveillance de … V Poutine, un géant mondial.

Néanmoins, la spoliation était si manifeste que la Russie a été condamnée en 2014 à payer 50 Md$ aux anciens actionnaires devant un tribunal néerlandais pour une affaire qui relevait surtout du banditisme d’Etat … comme savaient si bien le faire, en leur temps, les bolcheviks !

Bien évidemment, Etat souverain contre lequel il n’y a aucun moyen de coercition, la Russie ne paiera pas …

Au-delà de ces considérations, d’une manière générale, car c’est aussi vrai pour la France, il ne faut jamais investir dans des entreprises situées dans des pays non démocratiques et n’assurant pas une sécurité juridique minimale ni même dans les entreprises détenues majoritairement ou seulement partiellement par l’Etat qui n’est pas un partenaire fiable.

L’Etat « joue » d’après ses propres règles qui sont avant tout politiques, alors qu’un investissement ne devrait être que financier ou économique, et il n’hésitera pas à changer les règles du jeu si celles-ci le gênent !

Et cela lui est d’autant plus facile que les élites au pouvoir et les hauts fonctionnaires manipulent de l’argent qui … n’est pas le leur !

Il s’agit d’une instabilité juridique liée aux capacités de nuisance de l’Etat qui dispose du monopole de la contrainte et de la force publique (en tout cas officiellement) et qui ne peut supporter que des acteurs privés puissent avoir les mêmes droits que lui !

On le voit d’une manière générale, en France, en constatant avec quelle « facilité » nos hauts fonctionnaires ont « réussi » à liquider notre industrie en 30 ans à coup de contraintes administratives dont ils connaissaient pourtant l’effet délétère.

Car la règle est que si les Etats en arrivent toujours à fixer des limites à la liberté individuelle, il n’y a aucune limite aux contraintes étatiques et au socialisme !

Bien cordialement à tous !

Απο την Ελλαδα – Πατμος (De la Grèce – Patmos)

Licence de publication : la reproduction de cet article est autorisée à la condition de le reprendre en totalité, d’en rappeler l’auteur et le site originel de publication.

Dominique Philos

A propos Dominique Philos

Navigateur, né en 1958, après un DEA de droit commercial de l’université de Paris I Panthéon-Sorbonne, je suis devenu Conseil Juridique, spécialisé en droit des affaires et fiscalité. L'Etat ayant décidé l'absorption des Conseils juridiques par les avocats, j'ai poursuivi mon activité en tant qu'avocat en droit fiscal et droit des sociétés spécialisé ... en divorces ; jusqu'à ce que je sois excèdé par les difficultés mises à l'exercice de mon activité professionnelle. J'ai démissionné du Barreau en 1998 et partage désormais ma vie entre la France et la Grèce. Européen convaincu, persuadé que le libéralisme est la seule option possible en matière économique, soucieux du respect des libertés individuelles, je suis un libertarien qui déteste l'Etat et son administration tentaculaire.

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