Conte de Noël

Il faut revenir au Noel de 1947. J’ai trois ans.

Le père Noël m’apporte une voiture à pédales plus belle que tout ce que peut imaginer un enfant de cet âge.

Elle est rouge, une carrosserie effilée d’où se détachent quatre roues extérieures puissantes. Un petit saute-vent juste au dessus du volant, un baquet à une seule place. Le soir même je la prends en mains dans le séjour entre chaises et cartons d’emballage des cadeaux.

Mon bonheur est au-delà de total, il est absolu. Il m’envahit d’une de ces joies physiques qui déclenchent un rire intérieur non maîtrisable.

Elle est un peu grande pour moi et je dois m’accrocher au volant, les fesses en suspension, pour accéder aux pédales, ce détail n’entame pas mon bonheur.

La nuit suivante est un mélange de béatitude et d’excitation.

Le lendemain matin mon père, sujet à des coups de colère irrationnels, pour un motif si futile que je n’en ai aucun souvenir me confisque la voiture, que bizarrement je n’ai jamais revue.

Je rencontre ce jour là ma première injustice flagrante, qui va marquer ma vie pour toujours.

Le souvenir de ma désespérance d’alors me meurtrit encore quand j’y pense.

Alors que je suis au fond du trou, submergé, révolté, envahi d’idées de vengeances à la hauteur d’une imagination de trois ans, c’est à dire totalement, mon ange gardien m’apparaît.

Sans forme distincte, plutôt comme un sentiment diffus d’apaisement, mais supérieur, il s’exprime cependant clairement : « ne t’inquiètes pas mon enfant, ce qui t’arrive est effectivement injuste, mais tu peux compter sur moi. Je prépare pour toi un cadeau encore plus beau. Il arrivera dans le courant de l’année, mais tu ne pourras en disposer que plus tard. Fais moi confiance, il te fera oublier la voiture à pédales que ton père t’a injustement confisquée. »

Et le miracle s’est effectivement produit.

Ce cadeau est arrivé le 14 Juillet 1948. Il était magnifique mais pas complètement terminé.

Il m’a été livré, splendide, fini, d’une rare beauté intérieure et extérieure qui m’a rendu fou de joie, le 19 Septembre 1966.

Depuis, mon ange gardien avait raison, je pédale comme un malade pour mériter son cadeau.

Deux passions dans une vie, finalement, c’est raisonnable.

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A propos Henri Dumas

Je suis né le 2 Août 1944. Autant dire que je ne suis pas un gamin, je ne suis porteur d'aucun conseil, d'aucune directive, votre vie vous appartient je ne me risquerai pas à en franchir le seuil. Par contre, à ceux qui pensent que l'expérience des ainés, donc leur vision de la vie et de son déroulement, peut être un apport, je garantis que ce qu'ils peuvent lire de ma plume est sincère, désintéressé, et porté par une expérience multiple à tous les niveaux de notre société. Amicalement à vous. H. Dumas

2 réflexions sur « Conte de Noël »

  1. Très beau compte personnel, en effet notre chemin est semé de pierre, à nous d’en faire des ponts et non des murs. Le doute est l’apanage des gens intelligents, les autres n’ont que des certititudes.
    Bien Cordialement Henri

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