A la suite de la décision du gouvernement de « desserrer les cordons de la bourse » en réponse au mouvement des gilets jaunes, il apparaît intéressant de se pencher sur une question qui va finir se poser de manière lancinante et inéluctable : la dette de l’Etat qui n’est rien d’autre que la dette collective de tous les français.
En 1978 la dette publique était de 74 milliards €. En novembre 2018, elle s’est établie à 2.322 milliards € et représente 99.3% du PIB. Cela signifie qu’en 40 ans, l’Etat a dépensé, en € courants, 2.248 milliards € de plus que ses recettes fiscales et revenus annexes ; ce qui représente une moyenne de 56,2 milliards € par an.
| Année | Proportion du PIB | Valeur (en milliards d’euros courants) | ||
| Dette publique | Solde public | Dette publique | Solde public | |
| 1978 | 21,2 % | −1,8 % | −74,0 | −6,3 |
| 1979 | 21,1 % | −0,5 % | −84,4 | −1,8 |
| 1980 | 20,8 % | −0,4 % | −94,1 | −1,9 |
| 1981 | 22,0 % | −2,4 % | −112,4 | −12,3 |
| 1982 | 25,4 % | −2,8 % | −148,6 | −16,6 |
| 1983 | 26,7 % | −2,5 % | −173,6 | −16,5 |
| 1984 | 29,1 % | −2,7 % | −205,7 | −19,3 |
| 1985 | 30,7 % | −3,0 % | −232,6 | −22,5 |
| 1986 | 31,3 % | −3,2 % | −255,0 | −26,0 |
| 1987 | 33,7 % | −2,0 % | −288,3 | −17,2 |
| 1988 | 33,6 % | −2,6 % | −311,2 | −23,7 |
| 1989 | 34,4 % | −1,8 % | −343,4 | −17,8 |
| 1990 | 35,6 % | −2,4 % | −374,9 | −25,6 |
| 1991 | 36,5 % | −2,9 % | −398,2 | −31,3 |
| 1992 | 40,2 % | −4,6 % | −454,9 | −52,0 |
| 1993 | 46,6 % | −6,4 % | −531,7 | −72,6 |
| 1994 | 49,9 % | −5,4 % | −588,6 | −64,0 |
| 1995 | 56,1 % | −5,1 % | −683,5 | −62,2 |
| 1996 | 60,0 % | −3,9 % | −751,3 | −48,9 |
| 1997 | 61,4 % | −3,7 % | −794,1 | −47,2 |
| 1998 | 61,4 % | −2,4 % | −829,4 | −32,2 |
| 1999 | 60,5 % | −1,6 % | −847,6 | −22,5 |
| 2000 | 58,9 % | −1,3 % | −870,6 | −19,5 |
| 2001 | 58,9 % | −1,4 % | −897,4 | −22,1 |
| 2002 | 60,3 % | −3,2 % | −956,8 | −50,2 |
| 2003 | 64,4 % | −4,0 % | −1 050,4 | −65,5 |
| 2004 | 65,9 % | −3,6 % | −1 123,6 | −61,2 |
| 2005 | 67,4 % | −3,4 % | −1 189,9 | −59,3 |
| 2006 | 64,6 % | −2,4 % | −1 194,1 | −45,2 |
| 2007 | 64,5 % | −2,6 % | −1 252,9 | −51,2 |
| 2008 | 68,8 % | −3,3 % | −1 370,3 | −65,0 |
| 2009 | 83,0 % | −7,2 % | −1 607,9 | −138,9 |
| 2010 | 85,3 % | −6,9 % | −1 701,1 | −137,4 |
| 2011 | 87,8 % | −5,2 % | −1 807,9 | −106,1 |
| 2012 | 90,6 % | −5,0 % | −1 892,5 | −104,0 |
| 2013 | 93,4 % | −4,1 % | −1 977,7 | −86,5 |
| 2014 | 94,9 % | −3,9 % | −2 039,9 | −83,9 |
| 2015 | 95,6 % | −3,6 % | −2 101,3 | −79,7 |
| 2016 | 96,6 % | −3,4 % | −2 152,5 | −75,9 |
| 2017 | 96,8 % | −2,6 % | −2 218,4 | −59,5 |
| 2018 (PLF 2019) | 99,3 % | ? | –2 322,0 | -107 |
| 2019 (PLF 2019) | 98,6 % | −2,8 % | ? | ? |
Source Wikipedia
Si l’on divise le montant total de la dette par le nombre de français (60 millions) nous aboutissons à un solde de -38.700 € par français (bébés compris) ; laquelle somme représente le montant du niveau de vie qui a été distribué aux français, en 40 ans … sans qu’il y ait création de richesse correspondante.
Pour dire les choses autrement, l’Etat a dopé, par l’emprunt, le niveau de vie de chaque français en moyenne de 967 € par an au moyen d’allocations sociales, de services gratuits, de retraites, de salaires … la liste est très longue.
On peut dire enfin, ce qui ne manquera pas d’en faire hurler certains, que les français se sont collectivement enrichis sur le dos de l’Etat à hauteur de 2.322 milliards € !
Il s’agit évidemment d’une moyenne ; certains n’ont rien reçu ou presque et d’autres beaucoup.
Certains vous expliqueront, pour la justifier, que la « dette est bonne » ce qui est une affirmation tronquée. La dette peut être bonne s’il s’agit d’investissements durables, que le capital emprunté est remboursé et si le taux de croissance du PIB est supérieur à celle de la charge de la dette car alors la croissance permet de dégager les ressources nécessaires pour rembourser les sommes empruntées.
Or, l’examen du tableau fait apparaître que la dette enfle sans fin et progresse beaucoup plus vite que le PIB. L’Etat emprunte donc toujours plus d’abord pour rembourser les anciens emprunts venus à échéance mais aussi pour payer une partie de ses frais de fonctionnement et cette situation n’est évidemment pas tenable sur la durée surtout qu’au-delà de 100% du PIB, une dette est considérée comme dangereuse pour l’économie du pays.
Que recouvre le PIB (produit intérieur brut).
Le PIB est censé retracer l’activité économique et incorpore, de manière arbitraire, le PIB marchand et le PIB non marchand ; alors qu’ils n’ont pas la même nature. Le PIB marchand est celui dégagé par l’activité économique – c’est la production de biens et services qui correspond à une création de richesse. Le PIB non marchand est celui des administrations publiques qui ne produisent … rien !
Le PIB apparaît donc complètement artificiel car, à bien y regarder, l’activité des administrations ne constitue pas un poste de recettes mais une charge !
Il est dès lors facile de comprendre que seule l’activité économique, correspondant au PIB marchand, est de nature à dégager les ressources qui permettront de rembourser les dettes contractées.
Or, le PIB marchand ne cesse de décliner. En 1974, il représentait 70 % du PIB total, en 2007 il ne représentait plus que 50% et, en 2012, il est tombé à 43 % du PIB total (avec 57% de dépense publique) ; ce qui explique par ailleurs que 75% des produits manufacturés vendus en France soient importés !
Il y a un moment où il faut tirer les conséquences de la situation : La soutenabilité de la dette repose sur la seule économie marchande et sur la valeur ajoutée qu’elle dégage ; laquelle est, pour l’essentiel, le fait des entreprises puisque nous payons nos importations grâce aux marchandises et aux services que nous vendons et que l’énorme déficit du commerce extérieur (62 Milliards € en 2017) correspond globalement à l’endettement contracté annuellement ; c’est à dire à la richesse que nous empruntons pour financer notre train de vie.
Conclusion qui s’impose : plus notre création de richesse diminue et plus nous devons emprunter si nous voulons conserver notre train de vie ; ce qui n’est pas possible !
Comment en est-on arrivé là ?
On peut fustiger l’Europe, l’€, les fraudeurs, les paradis fiscaux, les GAFA ; la vérité est toute simple et abrupte : cette dette accumulée tient au fait que nous vivons depuis 40 ans au dessus de nos moyens et les autres n’y sont absolument pour rien !
En effet, les politiciens, par clientélisme, ont distribué de l’argent que l’Etat n’avait pas à l’occasion « d’aventures économiques » très coûteuses, telles que :
– la relance de 1981 qui a failli nous mettre en faillite et nous placer sous la tutelle du FMI,
– le recrutement abusif de fonctionnaires utilisé comme variable d’ajustement du chômage. On estime que, rapporté à la population, il y a un million de fonctionnaires en trop qui représente, sur 60 ans, une charge budgétaire de 3.600 milliards € en comptabilisant à la fois la carrière professionnelle et la retraite. voir (ici) !
– la retraire à 60 ans, alors que la démographie montrait de manière certaine que c’était une fausse solution qui menait à la faillite de nos régimes de retraite,
– les 35 heures qui ont désorganisé le marché du travail,
– le traitement social du chômage et les mises en préretraite à 56 ans pour faire baisser artificiellement un taux chômage à propos duquel Mitterrand a déclaré « on a tout essayé »,
Cette pratique n’est pas propre à la France mais elle a été rarement faite sur une aussi grande échelle qu’en France ; avec des effets collatéraux particulièrement néfastes (coût élevé du travail, défaillances d’entreprises, délocalisations, chômage élevé, taux d’emploi faible, durée du travail faible, administration pléthorique, coûts sociaux élevés) engendrant des prélèvements obligatoires et des transferts sociaux très élevés qu’il faut financer.
Pour seulement stopper les déficits, il faudrait donc amputer le pouvoir d’achat des français, en moyenne, de 967 € par an par français et, pour rembourser en suivant une pente descendante sur une durée identique de 40 ans, à nouveau de 967 € par an.
C’est donc pas moins de 1.935 € par an, en moyenne et en € constants, qu’il faudrait ponctionner sur chaque français (bébés compris) par le biais d’une diminution des salaires, des pensions et « aides sociales ». Cela représente, pour une famille de 4 personnes, rien moins que 7.740 € par an !
Les conséquences en découlant sont à la fois effrayantes et redoutables ; ce qui nous amènera, dans un prochain article, à rechercher des solutions à cette situation tout en situant à sa vraie place le faux débat de la répudiation d’une dette qui serait illégitime …
Bien cordialement à tous !
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