On en parle épisodiquement alors que c’est le fond du problème, la question existentielle. Celle qui sépare le besoin et la légitimité.
En réalité, il s’agit du clivage social qui détermine la structure sociale ; il est incontournable. C’est l’image visuelle et morale qui permet de tout comprendre, donc de tout gérer.
L’image n’est pas utile que pour apprendre à lire aux enfants ; l’image nous est nécessaire toute notre vie. Que ce soit celle que notre imagination projette dans notre tête pour nous déterminer à agir, ou celle que nous envoie la société dans laquelle nous vivons pour nous apprivoiser et nous contraindre.
Par exemple, si vous avez du mal avec la nécessité du capital, voici l’image qui peut résoudre votre problème. Le troc est ce qui nous différencie du monde animal, notamment le troc différé, en fait l’échange. C’est la volonté et la nécessité d’échanges qui nous ont organisés en sociétés. Le troc différé repose sur la monnaie, quelle que soit la forme de sa concrétisation. On peut imaginer le troc différé comme une succession d’engrenages illimitée. Pour que ces engrenages fonctionnent de façon fluide, il faut de l’huile. Le capital, la monnaie, est cette huile. Si un intervenant extérieur aux engrenages prélève un peu de cette huile, les engrenages vont continuer à fonctionner. Mais si trop d’huile, voire toute l’huile, est prélevée, les engrenages se grippent, la machine explose. Il n’y a plus d’échanges, plus de société possible.
Squat et propriété sont l’image, le reflet parfait de la problématique sociétale. Derrière ces deux statuts se profile le moteur de toute société : la responsabilité. Sans laquelle le besoin et la légitimité se mêlent, formant alors une bouillie sur laquelle ne pousse que la corruption, rien d’autre. Et la corruption est le virus mortel de toute organisation sociale.
Le propriétaire est responsable de sa propriété, même si elle lui a été donnée au départ. Le squatteur est un occupant irresponsable, qui cherche à satisfaire son besoin sans passer par la case responsabilité.
Or, il ne peut pas y avoir de légitimité sans responsabilité. Sans légitimité, on est immédiatement dans la délinquance, prise en son sens philosophique, au-delà des conventions particulières qui forment les lois de chaque organisation sociale.
Dans le cas du squat, cela saute aux yeux, l’image est parlante.
Ici, les problèmes de race, de nationalité n’ont rien à faire ; ils troublent seulement la perception de l’image, sa netteté. Le besoin aussi n’a pas d’autre utilité.
Donc, quand je réfléchis à des situations de groupe, par exemple aux problèmes politiques de notre pays, je cherche immédiatement qui est le squatteur, même s’il se dissimule derrière des apparences affectives ou sentimentales. C’est plus simple à analyser quand le squatteur emploie carrément la force.
En réalité, les squatteurs sont infiniment plus nombreux que les seuls squatteurs immobiliers. Ils pètent nos serrures personnelles et se vautrent dans nos affaires, nos sentiments, nos biens en règle générale. Ils n’ont pas tous le profil de l’emploi ; certains arrivent même à nous faire croire que ce sont eux qui sont légitimes et nous des usurpateurs.
Le squatteur n’a pas de limite, par essence, dès le début de sa trajectoire personnelle. C’est un irresponsable qui exige, puis vole en cas de refus de ses exigences. En règle générale, il prétend que le propriétaire est excessif dans ses droits, et objectivement cela peut être le cas. Mais cela ne justifie pas la position du squatteur, ne lui donne aucune légitimité.
Étant entendu que toute société qui souhaite ne pas être envahie par les squatteurs se doit de maîtriser les pouvoirs de ses propriétaires, pour ne pas faire le lit des squatteurs.
Vous voyez qu’en ayant à l’esprit l’image du squat, on arrive à démêler assez bien l’environnement dans lequel nous sommes plongés et dont la transparence et la clarté ne sont pas les vertus premières.
Sacré Mélenchon…
Bien à vous
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