Les rentiers de la République

On connait les « fils et filles de » dans le monde du cinéma avec notamment les dynasties Sardou (Fernand, Michel), Espinasse plus connue sous le nom Brasseur (Pierre, Claude, Alexandre), Berry, Cassel, Gainsbourg, Higelin, Garrel, Bohringer, Giraudeau, Seydoux, Drucker et j’en oublie.

Ce que l’on sait moins c’est que cette tendance dynastique existe aussi au sein de la haute fonction publique avec cette différence que les conséquences sont autrement plus significatives car les acteurs de cinéma n’ont que peu d’influence sur le fonctionnement d’un pays hormis de susciter des fans !

Je vous propose aujourd’hui le portrait emblématique de 2 personnes tout à fait ordinaires qui, du fait de leur naissance, de la situation sociale et professionnelle de leurs parents, des relations et des réseaux professionnels dont elles font parties, ont pu bénéficier d’un cursus professionnel et financier tout à fait hors normes !

Vous me direz que c’est le cas pour toutes les personnes nées dans des familles aisées et faisant partie des classes sociales les plus évoluées mais aussi les mieux informées à propos du fonctionnement du système.

Certes, mais là où je veux en venir, c’est que ces personnes ont fait toute leur carrière au sein de la fonction publique, ont été rémunérées très confortablement par l’Etat, c’est à dire par les impôts des autres, et en ont tiré des avantages matériels plus que substantiels hors de portée d’un vulgum pecus !

Autant dire que l’on sort ici définitivement du cadre normal pour entrer dans celui de l’élite qui choie les siens au-delà de toute normalité. Il ne faut pas hésiter à parler de privilégiés du régime et il ne faut pas non plus hésiter à évoquer le cout exorbitant pour le pays de tous ces avantages qu’ils accumulent sans complexe mais aussi sans véritable mérite autre que celui d’appartenir à certaines familles et certains réseaux professionnels !

Florence Parly,

Née en 1963 à Boulogne Billancourt, elle est la fille de Jeanne-Marie Herland, énarque et conseillère d’Etat, ancienne rectrice de l’académie de Caen, directrice de cabinet de Claude Allègre au ministère de l’Éducation nationale en 2000, et d’Edmond Parly, homme d’affaires

Après un passage par l’Institut d’études politiques de Paris (Sciences Po), elle est reçue à l’ENA au rang modeste d’administrateur civil (ce sont les moins bien classés). À sa sortie de l’ENA en 1987, elle intègre la direction du budget où elle s’occupe de la création du revenu minimum d’insertion (RMI) puis de la contribution sociale généralisée (CSG).

Elle intègre ensuite plusieurs cabinets ministériels comme conseillère technique, auprès de Michel Durafour au ministère de la Fonction publique en mars 1991, et de Paul Quilès à partir de juin 1991, à l’Équipement et au Logement, puis à l’Intérieur ; ce qui constitue déjà une progression de carrière tout à faire remarquable pour un simple administrateur civil.

Et pourtant, ce n’était qu’un début car, en 1997, elle intègre le cabinet de Lionel Jospin, alors Premier ministre, puis devient secrétaire d’Etat au budget de 2000 à 2002 dans le gouvernement Jospin en devenant la benjamine du gouvernement.

Par contre, ses tentatives électorales ne sont pas couronnées de succès puisque candidate aux élections législatives de 2002 dans l’Yonne, elle perd au second tour face à JP Soisson ; ce qui ne l’empêche pas de devenir vice-présidente du conseil régional de Bourgogne de 2004 à 2006, ainsi que présidente du directoire de l’agence régionale de développement économique d’ile de France.

Entre temps, elle a pantouflé dans des entreprises publiques en devenant en juin 2006 directrice de la stratégie des investissements à la direction financière d’Air France, entreprise connue pour recycler les hauts fonctionnaires,  jusqu’à sa nomination comme directrice générale adjointe d’Air France Cargo en janvier 2009 ; fonction pour laquelle elle est critiquée par la suite par le syndicat des pilotes d’Air France (SPAF), qui considère son bilan comme « funeste ».

En 2013, elle devient directrice générale adjointe de l’activité « Passage Point » à Point Orly et Escales France, chargée du redressement du court-courrier dans le cadre du plan TransForm 2015. À ce titre, elle est membre du comité exécutif du groupe air France. Elle est membre des conseils d’administration d’Air France et d’Ingenico. Elle quitte ses fonctions chez Air France fin août 2014.

Elle passe ensuite à la direction de la SNCF, connue elle aussi pour recycler les hauts fonctionnaires, d’abord comme directrice générale à la stratégie et aux finances du groupe ferroviaire public, avant de devenir directrice générale de l’univers Voyageurs de la branche SNCF Mobilités.

De 2012 à 2017, elle est administratrice indépendante et présidente du Comité des nominations et des rémunérations chez Altran. (Cap Gemini)

Le 18 novembre 2014, elle devient directrice générale déléguée de la SNCF pour « assurer le pilotage stratégique et la cohérence économique » de l’entreprise dans le « contexte de profonde transformation » prévue par la réforme ferroviaire. Elle est chargée de la stratégie et des finances. En mars 2016, elle est propulsée directrice générale de SNCF-Voyageurs.

Elle siège aussi à partir de 2016 au conseil de surveillance de l’entreprise Zodiac Aerospace comme représentante du Fonds stratégique de participation, géré par le groupe Edmond de Rothschild ainsi qu’aux conseils d’administration d’Altran et d’Ingenico.

Bien évidemment, ces fonctions très marginales sont rémunérées grassement par le biais de jetons de présence.

La consécration a lieu en 2017 lorsqu’elle est nommée ministre des armées dans les gouvernements Philippe puis Castex sous le premier mandat d’E Macron alors qu’elle n’a absolument aucune compétence en matière militaire.

Mieux, en 2020, son nom est régulièrement cité pour succéder à Edouard Philippe comme premier ministre mais reste finalement ministre des Armées dans le gouvernement Castex jusqu’à la nomination de S Lecornu en 2022.

Elle est ensuite nommée présidente du conseil d’administration du conservatoire national des arts et métiers en 2023 puis entre au conseil d’administration de la société Verkor, un constructeur de batteries pour voitures électriques  lié à Renault.

En 2023, année faste, elle est nommée au conseil d’administration de Newcleo, société exerçant dans la technologie nucléaire mais aussi membre de la commission de surveillance de la Caisse des Dépots et consignations (bras armé de l’Etat), en tant que « personnalité qualifiée » désignée par la présidente de l’Assemblée nationale et enfin au conseil d’administration d’Air France « dans la perspective » d’en prendre ensuite la tête, annonce le groupe ce qui arrive en 2025 année où elle est nommée présidente du conseil d’administration d’Air France-KLM.

Evidemment, elle a aussi quelques casseroles …

En 2017, le Canard Enchainé révèle qu’elle est visée par une enquête du PNF (Parquet National Financier) dans une affaire de trucages d’appels d’offres ayant eu lieu à la SNCF au profit de la société IBM. Le Canard la met également en cause dans son rôle concernant la mise au placard de l’un des cadres de la direction des achats, sanctionné pour avoir refusé ces pratiques. Fin 2018, ce cadre de la SNCF porte plainte contre la ministre pour « harcèlement moral, délit d’extorsion de consentement, complicité de malversation et subornation de témoin ».

A la même époque, le journal Marianne révèle que Florence Parly a perçu près de 52 000€ par mois de la SNCF durant le premier semestre 2017. Or, cette rémunération excède les plafonds prévus pour ce poste et provoque une controverse compte tenu de la situation financière dégradée de l’entreprise qui survit sous perfusion de subventions publiques. Mais, cela ne nuit en aucun cas à sa « carrière » car, en 2017, Marianne révèle qu’elle a bénéficié d’un parachute doré de 675 800€ à la suite de son départ d’Air France  en septembre 2014 alors que la situation financière de la société était très dégradée (129 millions € de pertes en 2014) et avait engagé un plan social.

Adepte forcenée du népotisme et des nominations de complaisance, son cursus est exemplaire d’une élite dont l’utilité pour la France s’avère plus que marginale.

Emmanuelle Wargon

Née en 1971 à Neuilly sur Seine, elle est la fille de Lionel Stoléru, polytechnicien et secrétaire d’Etat de 1976 à 1981 sous la présidence de V Giscard d’Estaing puis de 1988 à 1991, sous la seconde présidence de F Mitterrand. Sa mère est énarque et administratrice de la ville de Paris.

Elle est diplômée d’HEC Paris et de Sciences Po Paris. Elle est aussi ancienne élève de l’ENA et commence sa carrière professionnelle en 1997 comme auditrice à la Cour des Comptes.

Nommée, en 2001, conseillère technique auprès du ministre délégué à la Santé, elle rejoint en 2002 l’agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé en qualité d’adjointe au directeur général tout en étant promue, en 2005, conseiller référendaire à la Cour des comptes.

Elle devient, en 2006, directrice déléguée à la coordination et au contrôle interne de l’assistance publique des hôpitaux de Paris (AP-HP).

De 2007 à 2010, elle est directrice de cabinet de Martin Hirsch, Haut-commissaire aux Solidarités actives dans le gouvernement Fillon puis devient secrétaire générale des ministères sociaux (Santé, Travail, Sport) jusqu’en 2012, puis déléguée générale à la Formation professionnelle et à l’Emploi au ministère du Travail de 2012 à 2015.

Elle quitte, sans démissionner, la fonction publique en 2015 pour rejoindre la société Danone où elle exerce les fonctions de directrice de la communication et des affaires publiques, c’est-à-dire lobbyiste chargée de défendre les intérêts de Danone auprès des pouvoirs publics. Bien évidemment, cette nomination n’est absolument pas due au hasard mais bien à sa connaissance des milieux et des réseaux de la haute fonction publique auprès desquels elle peut intervenir en faveur de son nouvel employeur.

En octobre 2018, lors du remaniement du gouvernement Philippe, alors qu’Emmanuelle Wargon est encore employée chez Danone, elle est nommée secrétaire d’État à l’Écologie auprès du ministre de la Transition écologique et solidaire. En 2019, elle est désignée avec S Lecornu pour animer le grand débat national organisé afin de sortir de la crise engendrée par le mouvement des gilets jaunes.

Entre  2020 et 2022, elle est ministre chargée du logement dans le gouvernement Castex. Elle y connait son « heure de gloire » en déclenchant une polémique pour avoir déclaré que « la maison individuelle plébiscitée par les français, est devenue un non-sens écologique, économique et social » ; proposant plutôt les « maisons de villes groupées » (comprendre  HLM et autres cages à lapins). Déclaration un peu surprenante pour une personne qui est elle-même propriétaire d’une maison de 150 m2 dans la ville ultra cossue de St Mandé (94) et d’une valeur d’au moins 1.5 million€.

Lors des élections régionales de 2021 en ile de France, elle se présente sur la liste de Laurent Saint Martin dans le département du Val de Marne ; sans succès. En 2022, elle est parachutée aux élections législatives de juin 2022 dans la 8ème circonscription du Val de Marne avec l’investiture LREM mais elle est éliminée dès le premier tour en se plaçant en troisième position.

En 2022, elle est nommée par l’Élysée pour présider la commission de régulation de l’énergie (CRE chargée de contrôler le fonctionnement des marchés du gaz et de l’électricité) malgré l’opposition des parlementaires qui ne parviennent pas à recueillir la majorité suffisante pour l’empêcher.

Points communs à ces carrières

Ces biographies montrent un schéma similaire.

Encore une fois, on découvre, du moins pour ceux qui en doutaient encore, que l’école publique de la République, qui donnait les mêmes chances à tous, n’est plus qu’un lointain souvenir. Désormais, l’école pour tous n’a essentiellement pour but que de donner des notions de base à l’immense majorité de la population pour en faire de bons citoyens, bien obéissants et en aucun cas des meneurs ou les membres d’une élite qui se cantonne de plus en plus dans l’entre soi et l’endogamie, qui connait les réseaux, les filières et sait « ce qu’il faut faire ».

Et, le système est de plus en plus verrouillé !

Bien évidemment, on se situe bien loin de l’égalitarisme prôné par l’élite puisqu’elle prend bien soin de ne pas se l’appliquer à elle-même !

Les cursus exemplaires de ces personnes montrent qu’elles changent très souvent de postes et font de nombreux aller-retours entre fonction publique et privé ou entreprises du secteur public.Le fameux pantouflage qui devrait être interdit ; alors que ce n’est pas absolument la fonction de fonctionnaires, même hauts, d’intégrer de nombreux  conseils d’administrations.

Ne soyons pas dupes ; ce sont essentiellement des rentes de situation obtenues à bon compte sans aucune considération pour leurs compétences qui leur permettent, discrètement, d’augmenter fortement une rémunération « de base » qui n’est jamais suffisante. Il faut savoir que les jetons de présence pour un membre de conseil d’administration c’est au bas mot 50.000€ par an par siège. Pour 3 sièges : 150.000€ d’argent facilement gagnés pour un travail à peu près inexistant !

L’argent public semble inépuisable et ces rentiers de la République continuent imperturbablement à piocher dans la caisse commune comme si de rien n’était alors que le pays est au bord de l’effondrement financier !

Edith Cresson et JP Raffarin, qui n’a rien à faire mais ne supporte pas de respecter le code de la route, peuvent en témoigner !

Bien cordialement à tous !

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A propos Dominique Philos

Navigateur, né en 1958, diplomé de l’université de Paris I Panthéon-Sorbonne, je suis devenu Conseil Juridique, spécialisé en droit des affaires et fiscalité. L'Etat ayant décidé l'absorption des Conseils juridiques par les avocats, j'ai poursuivi mon activité en tant qu'avocat jusqu'à ce que je sois excédé par les difficultés mises à l'exercice de mon activité professionnelle. J'ai démissionné du Barreau en 1998 et partage ma vie entre la France et la Grèce. Pour moi, le libéralisme est la seule option possible en matière économique.

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