Les élus doivent être les meilleurs d’entre nous !
L’image m’a frappé. En voyant ce groupe de jeunes gens vêtus de noir en poursuivant un autre, lui aussi tout en noir, j’ai revu en pensée ce groupe de chimpanzés qui en poursuivait un autre dans la jungle. Dans les deux cas, la mort fut au rendez-vous. L’humanité a gardé des traces indélébiles de son passé animal. Il faut admettre que notre civilisation comporte beaucoup trop de lacunes pour que notre espèce soit à l’abri de la sauvagerie.
De même l’accès à des fonctions de commandement comporte trop de traces de la lutte des mâles dominants, dans les espèces animales, pour que nous la considérions avec bienveillance. Rien ne dit que l’homme sera capable de maîtriser son passé. Mais rien ne lui interdit de s’atteler à ce défi. Seul l’exemple de la vertu pourra nous sauver de la dérive animale. Il faut reconnaître que les bons comportements sont rares. On ne cite par exemple qu’un seul cas dans l’histoire où un gouvernant se soit retiré de lui-même. Il s’agit de Cincinnatus, qui préféra sa charrue aux honneurs du consulat romain.
Où que l’on regarde, en Occident comme en Orient, on ne voit que des hommes (ou des femmes) se battant pour le pouvoir. Et d’autres qui, faute d’y être parvenus, se vautrent dans les délices de la corruption. Voyez ce qui se passe en Chine. Xi Jinping est en train d’éliminer un à un tous ses rivaux potentiels. Imaginez qu’il nous fasse demain une crise cardiaque. Tout cela pour rien, dira-t-on. Mais pas les éliminés qui y verront le doigt de Dieu et se lanceront avec une force démultipliée par la bonne fortune à l’assaut du trône.
L’Angleterre a régné sur le monde au 19e siècle. Sa monarchie jouit d’un prestige inégalé. Sa reine, Elizabeth II, fut une souveraine exemplaire qui, jusqu’au bout de son règne, conserva une dignité que tous ont admirée. Or qu’apprend-on ? Que son fils préféré, né d’un regain de désir de Philip d’Edimbourg, n’est qu’un petit voyou pour n’avoir pas été éduqué convenablement. Il n’a pas hésité à se jeter dans la triste débauche organisée par un autre triste voyou, né dans une banlieue new-yorkaise et enrichi par des milliardaires charmés de ses audaces. Et le voilà cueilli par la police au saut du lit, comme n’importe quel malfaiteur. Tremblez puissants ? Non. Sale type !
Chez nous, un Macron se démène pour conserver du pouvoir quand le sien se sera achevé. Alors que tout le monde l’a assez vu et ne rêve que de ne plus le voir. Mais que va-t-on en faire ? Une excellence européenne ? Un bouddha onusien ? Et pourquoi pas le maire d’un petit village où il aurait pris ses habitudes ? C’est vrai, il n’a jamais été élu local, ni soldat, ni père. Des tas de choses à essayer !
Le général de Gaulle n’a conservé, des innombrables cadeaux qu’il a reçus du monde entier, qu’une lampe de mineur du Nord. Quand une brassée de présents arrivait à l’Elysée, il ordonnait : « Foutez-moi tout ça au grenier ! » Mme de Gaulle faisait ses courses au Bon Marché, comme toutes les dames de la bonne société du siècle dernier, sauf quand elle demandait d’arrêter la voiture à Troyes afin d’y acheter de la volaille pour le week-end à Colombey. Ce qui lui fit dire, quand la voiture présidentielle fut visée par un attentat : « J’espère que les poulets n’ont rien ». Contrairement à ce que l’on crut, il ne s’agissait pas des policiers de l’escorte.
Jean Moncorgé, qui choisit son deuxième prénom, Gabin, comme nom de scène, fut une grande vedette de music-hall avant la guerre. Il s’engagea dans l’armée en 1940 et fit une belle guerre comme conducteur de char. Démobilisé, il devint une immense vedette du cinéma, séduisit Marlène Dietrich, puis la rejeta comme « boche », et quand son épouse le conduisit en voiture à l’hôpital où il allait s’éteindre, il lui demanda de passer devant la tour Eiffel qu’il voulait revoir une dernière fois. A part cela, ses plaisirs consistaient à faire un bon dîner avec ses partenaires et copains, Lino Ventura et Bernard Blier. Je ne me souviens pas qu’à sa disparition on lui ait rendu le moindre honneur, en ce temps où l’on emplit le Panthéon.
En classe de sixième, un de nos professeurs eut l’idée saugrenue de faire voter la classe pour décider si l’un de nous avait triché. Je fus le seul à voter non. Personne ne savait s’il y avait eu triche, mais je ne comprenais pas qu’on nous transformât en dénonciateurs. Le copain incriminé me fut reconnaissant toute sa vie. Je n’avais rien fait d’admirable. Sauf preuve d’un petit peu de courage. Il est vrai qu’on était au lendemain de la guerre !
Je ne veux rien dire d’autre que, si modeste que l’on soit, on doit ne pas être indigne aux yeux de la société où l’on vit. C’est la condition de survie de notre espèce. Sinon, nous périrons dans le désordre et la violence générale. Le rôle essentiel revient aux élus. Si on les a choisis, c’est parce qu’on les considérait comme les meilleurs d’entre nous. Or trop souvent, ils se révèlent les pires. C’est cela qu’il ne faut pas admettre !
Claude Reichman
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et puis il y a ceux qui ne briguent ni mandats électifs, ni honneurs factices, ceux qui ne se présentent pas, ceux qui préfèrent avoir la paix, ceux qui préfèrent travailler y compris pour le bien commun, ceux qui sont dégoûtés de la “chose publique”, ceux qui savent d’avance les turpitudes à affronter, ceux qui n’ont pas envie de fréquenter les “infréquentables”, ceux qui ont trop de respect pour leurs concitoyens et ne pas être confrontés à la trahison . . . .
Et dans la famille du Général, n’a-t-on pas aussi “disjoncté” ?
Allez prêter l’oreille aux propos tenus par Yves de Gaulle, à l’occasion de la
sortie de son roman : “Thermidor” !
Il y réhabilite la figure de Robespierre, au point de contester sa réputation, pourtant solidement établie, notamment par Hippolyte Taine, de grand pourvoyeur de la guillotine !
Imaginez ce qu’en aurait pensé Jean Anouilh, lui qui était tout à la fois royaliste, anti-gaulliste (voyez la girafe dans ses “Fables” à double entente), et l’auteur de la comédie : “Pauvre Bitos ou Le Dîner de Têtes” (reprise à Paris récemment), qui entremêlait une critique de la Révolution et une satire de l’Epuration, au travers d’un personnage se déguisant en Robespierre (joué à la création par Michel Bouquet) !
Notons que la thèse d’Yves de Gaulle se veut l’exacte inverse de celle courageusement soutenue par Victorien Sardou dans son drame
historique, également intitulé : “Thermidor”, et qui, tout juste affiché, fut frappé d’une interdiction gouvernementale, en 1891.
Drame à propos duquel, Georges Clemenceau, prononça, en signe de réprobation “républicaine”, sa phrase la plus célèbre : “La Révolution française est un bloc” (justification ou acceptation intimidante de tous les crimes passés, autant que moyen habile de faire taire à l’avenir toute tentative de réaction légitimiste).
Une tirade de la pièce de Sardou mérite d’être exhumée.
C’est la terrifiante profession de foi “pré-communiste” que l’auteur prête à Maximilien : on jurerait du Mélenchon !
“Si je veux le pouvoir…le pouvoir absolu, c’est afin de réaliser tout ce que j’ai rêvé pour le bonheur de ce peuple et que seul, vous m’entendez bien, seul au monde, je suis en état de concevoir et d’accomplir ! A cette nation corrompue par des siècles de servitude, je veux refaire une âme vierge et la pétrir à mon gré. Je veux la doter d’une religion nouvelle sans églises ni prêtres, dont je serai le souverain pontife, d’une législation vraiment républicaine, basée sur la vertu, dont je serai le grand justicier…Je veux, sous son autorité vigilante, fonder le Règne de l’Egalité parfaite. Plus de riches, ni de pauvres, de luxe ni de misère, de repos ni d’affamés.
A chacun suivant son âge et ses besoins, l’Etat fournira sa part, et par là, affranchi des soucis matériels, tout citoyen devra en échange de ce bien-être, son travail, son dévouement et sa soumission absolue à ma volonté paternelle et souveraine !”
Quand je regarde des films français durant les “Trente glorieuses”, le temps n’a pas d’importance, car aucune urgence n’a cure. C’est la vie. Le temps prend son temps, même si les heures tombent dans le sablier qui s’en fout.
Actuellement, la légèreté a disparue pour le droit de faire et qui se rétrécit au plus profond des exigences du plus petit dénominateur commun.