Le destin des hommes

Participant à un stage de récupération de points de permis de conduire, j’ai eu la surprise de passer deux jours intenses et passionnants.

De points et de conduite il n’a été que peu question.

Les animateurs, probablement poètes et humanistes dans une autre vie, ont entrainé vingt personnes, que rien ne liait hors une délinquance routière mineure, dans une réflexion sur elles-mêmes qui a laissé apparaître beaucoup plus de points communs que de différences, alors que les apparences sociales, ailleurs, auraient naturellement poussé au conflit.

Vingt êtres humains ont pris conscience, l’espace de deux jours, que leur condition d’homme est plus forte que leurs différences, une émotion probablement oubliée aujourd’hui, alors que tout cela se passait hier.

Des discussions se sont spontanément ouvertes, tout particulièrement une sur l’évolution vue par Darwin, excusez du peu…

Depuis j’y songe.

Pas question, en ce qui me concerne, de nier l’évolution visiblement présente en tout sur cette terre, mais je me questionne sur sa direction.

Ce que l’on nomme la sélection naturelle va-t-elle vraiment dans le sens du mieux quel qu’en soit le prix, ou est-elle erratique et n’a pas de sens déterminé, ou pire va-t-elle inexorablement dans le sens du moins ?

En tant qu’unité humaine, pour chacun de nous l’évolution va dans le sens du moins, puisque partant vivants nous finissons morts. Pas besoin d’un dessin…

En tant que groupe ?

Ma connaissance approfondie des groupes tient en trois villes : Rochefort sur mer, Sète et La Rochelle, dans lesquelles j’ai été suffisamment proche du pouvoir décisionnel pour avoir ma petite idée de comment il se met en place et ce qu’il décide ensuite.

D’abord sa mise en place.

Curieusement, elle n’a aucun lien avec la compétence. Les compétiteurs sont choisis sur des critères liés aux soucis personnels de leurs électeurs, à leur affect, à leurs intérêts, autant de raisons qui ignorent complètement les besoins de la collectivité. Au final, élire une personne compétente est un pur hasard, y compris pour l’élu lui-même qui ne s’engage pas parce qu’il se sent compétent mais parce qu’il veut être aimé, reconnu. En clair l’intuition nécessaire au commandement n’est ni recherchée, ni prise en compte par la démocratie. Par les autres organisations de sélection non plus.

Ensuite l’exercice du pouvoir. Alors là, descriptions :

A Rochefort sur mer l’élu que j’ai connu a passé sa vie politique à flatter les électeurs au détriment des intérêts de la cité. Décédé aujourd’hui, il est passé à côté de la mutation du commerce dans les années 1970, il a raté la mutation économique de sa ville en s’appuyant sur l’armée intensément présente qui a fait défaut, en échouant dans la mutation de sa station thermale qui avait les moyens d’un destin national fort, en se noyant dans la technocratie des dépenses sans savoir lui associer les rentrées nécessaires à l’équilibre. J’ai vainement fait remarquer tout cela en son temps, j’ai récolté l’opprobre.

A Sète l’élu que j’ai connu a été une étoile filante, il avait la compétence et l’intuition nécessaire, il n’a pas été apprécié pour cela mais pour sa rigueur, qui a rapidement lassé. Son successeur, ventouse indéracinable, a commis les erreurs fatales, il est toujours là. Parmi ces erreurs la pire est de s’être laissé déposséder de son port, parti sous la coupe de la région alors qu’il représente la vie et l’espace principal de la cité. Les Sétois ne sont donc plus maîtres de leur destin, ils s’en foutent… ce n’est pas pourtant faute de les avoir informés.

A La Rochelle, j’assiste en direct à la vraie politique, celle qui lie les intérêts personnels, les orgueils et les prétentions, les susceptibilités, la jouissance aveugle du pouvoir et la connerie illimitée. Cette ville se saborde vaillamment. C’est au cours des siècles une constante chez elle. Aujourd’hui isolée administrativement dans la grande région elle se replie sur elle-même, c’est son truc. Elle attend Le Richelieu qui lui foutra la raclée du siècle… C’est d’autant plus dommage qu’elle avait par hasard précédemment élu un homme dont nul, pas même lui, n’imaginait son intuition et son sens du commandement lors de son élection exclusivement partisane. Malheureusement, cette découverte l’a probablement tellement ravi qu’il s’est engagé au-delà de ses moyens physiques, il est mort jeune sur les bancs de l’Assemblée nationale.

Ma conclusion

Elle est simple, l’évolution personnelle a un destin négatif, l’évolution de groupe également sauf exception.

Donc pour moi la vraie question est : Comment se fait-il que l’homme soit encore là, à pérorer sur terre ? Pour combien de temps encore ?

Car, même s’il serait capable du meilleur grâce à son sens du regroupement, il n’a aucune lucidité lui permettant d’en profiter. Son destin majoritaire est hélas de former des groupes foireux.

Sauf hasard marginal et éphémère, tel qu’un stage psychédélique de récupération de points…

Bien à vous. H. Dumas

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A propos Henri Dumas

Je suis né le 2 Août 1944. Autant dire que je ne suis pas un gamin, je ne suis porteur d'aucun conseil, d'aucune directive, votre vie vous appartient je ne me risquerai pas à en franchir le seuil. Par contre, à ceux qui pensent que l'expérience des ainés, donc leur vision de la vie et de son déroulement, peut être un apport, je garantis que ce qu'ils peuvent lire de ma plume est sincère, désintéressé, et porté par une expérience multiple à tous les niveaux de notre société. Amicalement à vous. H. Dumas

1 réflexion sur « Le destin des hommes »

  1. Cher Henri merci pour ces anecdotes et l’analyse qui est si particulière à la France.
    Par exemple sur l’immigration certains certainement pas racistes , se battent contre des moulins à vent car La France n’a jamais été un pays qui rassemble le peuple , être français n’a aucun sens en France c’est ainsi depuis des siècles= – Petit poème du 16 ème siecle qui démontre la réalité française ,Pierre de Ronsard (1524 -1585) ,France de ton malheur tu es cause en partie, Je t’en ai, par mes vers, mille fois avertie. Tu es marâtre aux tiens, et mère aux étrangers, Qui se moquent de toi quand tu es au danger, Car la plus grande part des étrangers obtiennent, Les biens, qui à tes fils, justement appartiennent. Vous pouvez vérifier : ces vers datent bien du XVIème siècle !

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