La haute fonction publique, plus forte que le reste du monde ?

Nous entamons avec cet article notre série : la France va faire sauter la zone €.

Les taux d’intérêts pour financer la dette montent, on emprunte toujours plus, toujours plus cher, la dette enfle, les déficits se creusent, l’inflation dérape, les émeutes durent, la situation française inquiète en Europe et nul ne doute que les agences de notation vont fortement dégrader prochainement la solvabilité française.

La bourse baisse (-500 points en un mois) tandis que l’€ chute lourdement face au dollar US ce qui n’est évidemment pas un hasard. Il faut savoir que les marchés anticipent toujours les crises et ici visiblement, ils ont anticipé une crise de la dette française. Certaines banques (notamment la banque japonaise Sumitomo Bank) liquident leurs stocks de dette française avec des risques évidents de contamination.

La confiance est l’un des fondements de stabilité des Etats et il devient évident que plus personne ne fait confiance aux autorités françaises qui ne sont pas crédibles.

Une crise de la dette est donc inévitable et elle se déclenchera lorsque l’AFT (agence France trésor) n’arrivera plus à couvrir les émissions de dette (OAT). Une crise à l’Argentine serait évidemment le pire qui puisse se produire en imaginant aisément qu’elle sera de toute façon déjà pire que la grecque eu égard aux sommes en jeu !

Le scénario le plus probable est qu’il y aura une attaque contre la dette française. Les possesseurs de dette française, qui se mettront à douter des capacités du pays à les rembourser, vont se mettre à vendre en masse leurs OAT ; ce qui aura pour effet de faire plonger leur cours.

Mais, nos hauts fonctionnaires refusent toujours de faire les réformes nécessaires et ne conçoivent absolument pas qu’ils puissent se retrouver en situation d’être désavoués et destitués des pouvoirs qu’ils ont accaparé depuis 50 ans.

Quelle issue est dès lors envisageable ?

Dans un premier temps, la France sera obligée d’augmenter ses taux d’émission pour appâter les amateurs ; exactement comme l’a fait la Grèce avant … de sauter ! Les taux pourraient monter à des niveaux insoutenables (les 10% sont envisageables quand on sait qu’ils sont montés à 40% par an pour la Grèce en 2010).

Mais ce ne sera qu’une étape …

La crise pourra évoluer alors de deux façons :

-Les dirigeants français feront le forcing pour que la BCE intervienne pour financer les dettes françaises ; ce qui est normalement interdit par les traités ; mais rien de grave puisque la France ne respecte pas les traités européens. Il faut aussi se rendre compte de l’importance des sommes en jeu. On a sauvé la Grèce, avec difficulté, avec 350 Mds€ mais cette somme correspond juste aux émissions prévues de la France en 2027 (340 Mds€). Ici, le gap est de 3.600 Mds€ ; ce qui laisse une sérieux doute quant à la capacité d’action de la BCE …

-l’Allemagne, et quelques autres considérés comme de bons élèves, décideront de claquer la porte et de sortir de l’€ (parce que la France évidemment ne le fera pas puisqu’elle profite du système au détriment des autres). L’organisation de l’€ en tant que monnaie unique aura alors vécu et ce sera la fin du mantra « l’Allemagne paiera ». La France se retrouvera seule et en défaut de paiement car il n’y aura plus personne acheter de la dette française.

Seulement, une dissolution de l’€ ne se fera pas sans casse … et c’est là-dessus que la haute fonction publique française va spéculer …

Bien évidemment quand la crise va arriver, le gouvernement et le président français seront convoqués par les hautes autorités de Bruxelles (siège de la commission) et de Francfort (siège de la BCE) avec pour but d’envisager les mesures permettant de sauver les meubles et notamment celles qui devront être impérativement prises par la France pour sauver l’UE et l’€ !

Et vous pensez que nos hauts fonctionnaires vont se soumettre et accepter la potion amère ?

C’est bien mal les connaître !

Ils vont défier les autorités européennes mais aussi les autres pays membres en leur disant : « sauvez-nous ou nous faisons un malheur  car, si nous sautons, vous sautez avec nous, alors à vous de voir » et il est à peu près certain que nos hauts fonctionnaires ont d’ores et déjà envisagé ce cas de figure !

C’est extrêmement cynique mais cela fait partie de la stratégie des Etats …

Et c’est bien le risque d’un cataclysme financier menaçant toutes les économies européennes qui va alors planer dans les prochains mois !

Les français n’en ont pas nécessairement conscience, mais la réputation de la haute fonction publique française n’est plus à faire auprès des chancelleries européennes ; lesquelles ont toutes constaté une morgue invraisemblable, avec notamment une aptitude à discuter de tout pour ne rien dire et n’aboutir à aucun résultat  mais aussi à moraliser alors que la France montre le mauvais exemple.

Souvenons-nous d’E Macron qui moquait, il n’y a pas si longtemps, avec une arrogance parfaitement déplacée, le « fétichisme » allemand des excédents budgétaires !

Persuadés que les autres reculeront par peur du désastre en appliquant la règle du « too big to fail » (trop gros pour sauter), la seule inconnue finalement pour nos hauts fonctionnaires  sera la réaction des « partenaires » européens car, en cas de refus de se laisser circonvenir, cela pourrait se terminer par un « too big to save » (trop gros pour être sauvé) !

La question qui se posera dans les prochains mois sera donc : les autres pays européens vont-ils se laisser circonvenir par les hauts fonctionnaires français qui estimeront qu’ils n’ont rien à perdre et qui vont exploiter les faiblesses du système européen ?

Et elles sont doubles :

L’UE est une organisation inachevée sans réel pouvoir et la monnaie est une monnaie commune sans être vraiment la monnaie d’un pays.

Une organisation sans réel pouvoir de sanction

Il y a eu de sévères dérapages dans le passé de la part de la Grèce, de l’Espagne, du Portugal, de l’Italie et de la France. Aujourd’hui tout le monde respecte à peu près les règles sauf … la France qui profite des avantages du système pour en abuser sans vergogne aucune !

Le principal poste d’abus est évidemment les emprunts qui sont actuellement faits alors que tout le monde sait que si nous avions conservé le franc comme monnaie nationale, cette course effrénée à l’emprunt se serait arrêtée il y a bien longtemps ; d’autant que l’on sait que ces sommes empruntées ne seront jamais remboursées !

Seulement, lorsque, dans une organisation comprenant plusieurs partenaires, l’un d’entre-eux refuse de respecter les règles du jeu qui ont été fixées à l’origine et acceptées par tous, les autres finissent toujours pas en sortir en estimant qu’ils n’ont pas à payer pour les autres …

Rappelons quand même que le pacte de stabilité et de croissance européen, auquel la France a adhéré et qu’elle s’est engagée à respecter, prévoit 3% de déficit annuel maximum et une dette de 60% du PIB au maximum.

Nous en sommes au double sur chacun de ces postes et rien n’indique que les gens au pouvoir aient l’intention de vouloir stopper cette marche en avant vers l’abime … Nous sommes en présence d’une violation manifeste du pacte de stabilité et d’ailleurs le pays fait déjà l’objet d’une procédure pour déficit excessif.

Fatalement, les autres membres de l’union monétaire vont finir par estimer que la France abuse et qu’elle ne peut pas continuer à jouer ce jeu du passager clandestin de l’€ qui profite des avantages tout en évitant les obligations ; surtout que les membres autrefois défaillants ont fait de gros efforts pour assainir leurs comptes !

Le gros problème de l’Union Européenne c’est qu’elle n’a aucun pouvoir de coercition et qu’elle ne peut donc pas contraindre les dirigeants français à « corriger le tir »; et c’est sur ce plan que nos hauts fonctionnaires vont manœuvrer !

L’€ est une monnaie fragile

L’€, en tant que monnaie commune, partait d’une bonne idée (supprimer les couts des différences de change) à condition que les pays membres respectent les règles du jeu et c’était aussi les prémices à une plus forte intégration ultérieure !

Seulement, l’€ n’est pas la monnaie d’un pays mais d’un groupe de pays et elle repose sur un consensus entre des Etats ; c’est à dire l’engagement que tous ses membres respecteront les règles du jeu. Néanmoins, la zone € n’est pas une ZMO (zone monétaire optimale) en raison des disparités économiques, fiscales et sociales entre les Etats membres !

Ce système imparfait continuera donc à fonctionner jusqu’au blocage car, bien sûr, tout le monde fera mine de faire tout ce qu’il faut pour sauver la zone € tout ne perdant pas de vue que l’essentiel sera surtout de préserver … ses intérêts nationaux !

La BCE va continuer à acheter de la dette française en attendant mai 2027 (comme elle le fait actuellement pour empêcher que les taux d’intérêts ne montent trop haut) mais il arrivera un moment où la réalité finira par s’imposer !

En effet, pour « sauver la France », il faudrait que la BCE émette au moins 2.000 Mds€ de monnaie, au profit exclusif de celle-ci, alors que le financement monétaire est formellement interdit par les Traités européens !

La question qui se va poser, à un moment ou un autre, sera : est-ce que les autres pays seront d’accord pour céder au chantage français alors que la BCE fonctionne comme une société en nom collectif c’est à dire que ses membres sont indéfiniment et solidairement responsables des dettes et que la monnaie émise est bien une dette !

La fin de l’€ obligerait donc les Etats membres à payer pour combler les pertes et celles-ci seront gigantesques car le bilan de la BCE est déjà négatif (monnaie émise pour sauver l’€, pour sauver la Grèce et les conséquences du blocage des économies pour cause de Covid) pour plus de 6.000 Mds€ !

Le choix imposé par les hauts fonctionnaires français sera donc soit que chaque pays membre prenne ses pertes (et elles peuvent être gigantesques) soit de se lancer dans l’émission massive de monnaie pour financer la France ; ce qui va de toute façon provoquer une dépréciation de l’€ au profit de la seule France avec un ensemble d’effets indésirables pour les autres dont notamment une diminution de la valeur des exportations et une augmentation du prix des importations (pétrole et gaz notamment).

Mais, bien évidemment, il s’agit là d’un pari cynique et malhonnête que fera la haute fonction publique et rien ne dit qu’il fonctionnera …

La France est clairement le maillon faible de l’UE et c’est un maillon dangereux eu égard aux conséquences incalculables d’un défaut français !

Bien cordialement à tous !

 

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À propos de Dominique Philos

Navigateur, né en 1958, diplomé de l’université de Paris I Panthéon-Sorbonne, je suis devenu Conseil Juridique, spécialisé en droit des affaires et fiscalité. L'Etat ayant décidé l'absorption des Conseils juridiques par les avocats, j'ai poursuivi mon activité en tant qu'avocat jusqu'à ce que je sois excédé par les difficultés mises à l'exercice de mon activité professionnelle. J'ai démissionné du Barreau en 1998 et partage ma vie entre la France et la Grèce. Pour moi, le libéralisme est la seule option possible en matière économique.

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