Jacob président !

Jacob président !

Tout le monde connaît l’histoire du type qui tombe du haut d’un gratte-ciel et qui, tout au long de sa chute, ne cesse de répéter « jusqu’ici ça va ». La France en est à ce stade. Chaque jour qui passe augmente sa dette. Nul ne sait comment elle sera remboursée. Si bien qu’a germé l’idée qu’elle pourrait aussi bien ne pas l’être. Racontée comme cela, la situation conduit notre pays tout droit à la cessation de paiement, ce qui signifie que nous ne pourrons plus emprunter sur les marchés. A la suite de son dernier défaut, l’Argentine est restée dix ans coupée des marchés financiers. Une telle sanction est donc parfaitement possible.

Il est inutile de décrire toutes les conséquences économiques, sociales et politiques d’une telle faillite (oui, l’Etat peut faire faillite, à ceci près qu’il ne sera pas liquidé, un Etat se survivant toujours à lui-même, fût-ce comme un zombie). Elles se feront ressentir jusqu’au plus profond des familles et des individus. Le redressement n’aura lieu qu’après une remise en cause générale de toutes les situations. Dans un pays pour lequel la moindre réforme demande un effort surhumain, on mesure le séisme.

La fragilité de toute situation humaine m’a toujours fasciné. Nous savons tous que la mort est au bout du chemin, mais nous voulons ignorer que la ruine peut succéder brutalement à la prospérité. Et que la roche Tarpéienne est près du Capitole, ce que les Romains savaient très bien. Une société qui veut ignorer ces réalités est beaucoup plus fragile qu’une autre, parce qu’elle a beaucoup de mal à sanctionner les erreurs et donc à permettre le renouvellement des élites. En France, on a vécu si longtemps sous une monarchie de droit divin que chaque détenteur d’une parcelle du pouvoir républicain se croit sacré. D’ici à ce qu’il descende de son trône imaginaire, il peut se passer des lustres, pendant lesquels le pays va dériver comme le chien crevé au fil de l’eau !

C’est la raison pour laquelle nous avons besoin, à la tête de l’Etat, d’une personnalité si possible charismatique, et en tous cas affirmée. En cet an 2021 – qu’on n’ose pas dire de grâce – la question se pose avec une acuité exceptionnelle, compte tenu de la gravité de la situation. Or on ne voit surgir aucun personnage providentiel, ni même quelque individu dont on pourrait se dire qu’il a les qualités d’un grand dirigeant apte à gouverner le peuple.

Les Etats-Unis, qui ont bien entendu tous les défauts de la terre et dont on se demande par quel complot maléfique ils ont pu devenir le premier pays du monde, ont un système présidentiel qui, à la différence du nôtre, est doté d’un dispositif de sécurité. Il s’agit de la vice-présidence. Le plus souvent, le vice-président vit dans l’ombre et s’ennuie à mourir, mais il arrive que la mort du président le fasse accéder au poste suprême. Parfois, c’est une réussite : Harry Truman. Parfois cela frise la catastrophe : Gérald Ford. Mais finalement les Etats-Unis fonctionnent et arrivent tant bien que mal à surmonter les difficultés.

En France, le président de la République ne saurait être flanqué de quiconque, car cela affecterait la majesté de sa fonction, telle que l’avait voulue le général de Gaulle. Mais nous avons quand même une clause non écrite qui veut que les présidents des principales formations politiques du pays soient les candidats naturels à l’élection suprême. Quand on a voulu ignorer cette clause et la remplacer par un système de primaires, le résultat a été catastrophique, n’importe qui pouvant trouver grâce aux d’un corps électoral improvisé et irresponsable.

A neuf mois de l’élection présidentielle française, quelques évidences semblent s’imposer. M. Macron n’a pas réussi et n’est pas aimé des Français. La gauche est en miettes, comme le principe qui la fonde : l’appropriation des biens d’autrui. Quant aux Républicains, désormais favoris de l’élection, comme ils l’étaient de la précédente que les juges leur ont volée, ils ne savent plus comment choisir entre les médiocrités qui se sont mises en avant. Du  coup, la sagesse commande qu’ils choisissent tous simplement le président de leur parti. Celui-ci, Christian Jacob, a occupé de nombreuses fonctions ministérielles après une solide carrière dans le syndicalisme agricole, et il a tout, en ces temps de disette, pour faire l’affaire. Mon opinion est donc que la France se portera mieux avec lui qu’avec ceux dont on parle actuellement. Les Républicains feraient bien d’y réfléchir. Mais ils peuvent aussi suicider leurs chances, comme il leur est arrivé de le faire. Après tout, Lacordaire a  dit : « Dieu a fait les nations guérissables » !

Claude Reichman

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