Il est temps que les hommes sages parlent !

Il est temps que les hommes sages parlent !

La seule chose dont on soit sûr, c’est qu’il y aura du bruit à l’Assemblée nationale. 577 députés venus d’un peu partout et ayant des idées fausses sur à peu près tout n’ont aucune chance de faire jaillir la lumière dans notre pays. Tel est le résultat d’une campagne électorale de quelques mois qui avait pour objet de renouveler les organes dirigeants de la France. Personne, vraiment personne au cours de ces quelques semaines n’a relevé le débat public. Et ce ne sont pas les réseaux sociaux qui ont arrangé les choses, gangrénés qu’ils sont par l’invective, les idées folles et le délire paranoïaque.

Nous voilà donc flanqués d’un président sans majorité réelle et d’une assemblée qui n’en a pas non plus. Le mieux serait de mettre tout ce monde en vacances et de laisser le pays se gouverner seul, c’est-à-dire sans lois nouvelles, ni comités supplémentaires, ni règlements modifiant des règlements antérieurs, sans mises au Panthéon abusives et surtout, oh oui surtout, sans discours de Macron.

Nous avons besoin de souffler. Avant de nous attaquer aux vrais problèmes, en espérant que cette pause ait pu nous faire retrouver notre lucidité. Ce qui sera bien pendant cette année sabbatique, c’est que les radios et les chaînes d’information se tairont. Pour ne pas troubler le recueillement général. Par civisme donc. Grâce leur soit par avance rendue.

Il faudra en revenir à la bonne vieille veillée des chaumières. Quelques amis se réuniront dans une maison chaleureuse et échangeront des banalités jusqu’à ce que quelques unes d’entre elles finissent par prendre corps et se mettent à circuler dans le pays. Et recréent enfin, oui enfin, une opinion publique.

Bon, ne rêvons pas. Ce qu’il y a de plus difficile au monde, c’est de faire taire les bavards. Et savez-vous pourquoi ? Parce que – c’est établi – les primitifs parlent tout le temps. Il nous en est resté quelque chose. Les hommes sages, eux, parlent le moins possible et passent beaucoup de temps à réfléchir. Quand ils prennent la parole, c’est pour dire quelque chose qui vaut la peine d’être entendu. Alors ce qui serait bien, c’est qu’on les entende. Au moyen d’une invention née voilà à peine plus d’un siècle, la radiodiffusion. Dont on fait un si mauvais usage aujourd’hui.

Le temps de la réflexion est-il venu ? Je n’ose l’espérer. Et pourtant il le faudrait vraiment, quand on connaît l’ampleur des problèmes auxquels notre société est confrontée. Je sais que c’est possible. J’ai passé, jusqu’à il y a peu, cinq ans à parcourir la France et à y tenir des réunions au cours desquelles j’exposais la situation, ouvrais des pistes, répondais aux objections et terminais sur une sincère note d’espoir. Tout le contraire de la campagne de M. Macron pour enrayer la révolte des gilets jaunes, où il parlait face à un auditoire prié de se taire et exposait interminablement des solutions qui n’ont jamais marché. Une caricature de démocratie !

J’en appelle aux médias. Je les espère sans rancune face aux critiques que j’ai proférées à leur encontre. C’était pour leur bien, ils peuvent m’en croire. Et s’ils ne me croient pas, tant pis pour eux. Parce que nous – je veux dire tous ceux qui aiment leur pays et veulent le sauver- nous ne cesserons ni de penser ni de parler. Partout où ce sera possible. L’expérience des grands progrès de l’humanité prouve que ce n’est jamais dans les instances officielles qu’ils s’accomplissent, mais là où des êtres libres ouvrent leur esprit et leur cœur à d’autres êtres libres.

Cela peut prendre du temps. Mais cela peut aussi aller vite. On est souvent surpris par la brutalité avec laquelle les crises se dénouent. C’est qu’on n’a pas vu le mouvement des idées et des âmes se faire. Et comme le disait Cicéron, «  c’est la raison et l’oraison qui unissent la société des hommes ». La raison avance et parfois recule, l’oraison est là pour la remettre dans le droit chemin. Reste à savoir qui parle. Nous avons le devoir de choisir nos orateurs.

On en revient aux médias. Ils vont devoir réformer leur principe de sélection. Tout n’est pas perdu puisqu’on a entendu il y a quelques jours le directeur d’une chaîne d’information faire son mea culpa au sujet des médecins invités à s’exprimer sur le covid et dont certains n’étaient pas vraiment qualifiés pour en parler. Tant il est vrai qu’un micro exerce une attirance à laquelle il vaut parfois mieux ne pas céder, tout grand professeur que l’on soit.

La querelle politique ne va pas cesser d’enfler en France. Parce que personne n’incarne le pays. « Un jour mon prince viendra », chante Blanche-Neige. Fasse le ciel qu’il soit bon prince !

Claude Reichman

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