Croyez-vous aux miracles ?

Croyez-vous aux miracles ?

Les journalistes du Figaro sont bien élevés et connaissent donc les règles de la bienséance. En période de fêtes, il n’est pas de bon ton de perturber les esprits. Il sera temps d’y penser plus tard. « Plus tard », oh la délicieuse formule. Elle vous assure dès que prononcée un intense soulagement qui vous pousse à étirer vos membres et à grogner de plaisir. Chez un peuple qui pratique la procrastination comme un sport national, ce  grognement collectif donne une sorte de bruit de fond qui ne dérange plus personne, sauf les pays voisins qui n’en présagent rien de bon. Car si Cyrano peut s’exclamer «  A la fin de l’envoi, je touche ! », les Français d’aujourd’hui n’ont à la bouche qu’un languide « plus tard », qui a le tort, pour les gens lucides, de présager des évènements graves.

Que nous dit donc Le Figaro, dans un entrefilet à la page 26 de son supplément « économie » du 16 décembre ? Que « les prestations de protection sociale versées ont atteint 814 milliards d’euros en 2020 ». Ce qui représente 35 % du Pib, c’est-à-dire de ce que le pays produit. Certes l’épidémie du Covid a gonflé les dépenses de soins, mais le problème n’est pas là. Il réside dans l’effet de cliquet, qui fait que le montant de dépenses atteint ne diminue jamais. Voilà pourquoi l’observateur politique se doit de formuler des prévisions aussi alarmistes que réalistes, et qui consistent à dire que notre pays va vers une situation explosive, étant donné que quelle que soit la bienveillance de nos créanciers et la modération des taux d’intérêt, l’heure du remboursement de nos dettes coïncidera avec celle de l’effondrement de notre niveau de vie.

Bien entendu, nous nous levons chaque matin émerveillés que rien de fâcheux  ne se soit produit pendant la nuit, mais je me souviens d’un sketch fort amusant où un militant de gauche attendant le grand soir s’endort prématurément et se réveille dans un monde transformé où il ne reconnaît pas celui dont il rêvait. Voilà ce qui nous attend à une échéance forcément proche. Mais le monde que nous découvrirons un beau matin sera hélas celui que nos analyses avaient prévu.

Rappelons que dans leur ouvrage « Cette fois, c’est différent », les économistes Carmen Reinhardt et Kenneth Rogoff écrivent : «  Ce qu’on constate de manière répétée dans l’histoire des crises financières, c’est que lorsqu’un accident menace de se produire, il finit par se produire. » Il faut donc croire que la nature humaine, ou au moins celle des hommes et des femmes qui accèdent au pouvoir, les rend incapables de rompre la délicieuse sensation qui accompagne celui-ci et de prendre des mesures salvatrices mais désagréables.

La conséquence logique de ce constat est que si l’on veut vraiment rompre l’enchaînement maléfique qui mène au drame, il ne faut surtout pas choisir, pour diriger le pays, des hommes ou des femmes qui ont déjà été au pouvoir ou qui sont proches des anciens gouvernants.

Ainsi l’analyse psychologique et politique rejoint le sentiment populaire qui exige de « sortir les sortants ». Rien de tel que d’être d’accord avec le peuple sans avoir eu à renoncer à faire usage de ce que l’étude et la vie nous ont appris.

Dans la compétition présidentielle française, s’inscrivent aujourd’hui bien peu d’ « hommes nouveaux ». Les deux femmes qui concourent ne sont pas nées de la dernière pluie non plus. On ne voit pas beaucoup de solutions nouvelles se profiler. Celui qui entend rompre le plus avec la vieille politique est Eric Zemmour. Mais s’il proclame avec clarté vouloir arrêter l’immigration, il table pour redonner vie à notre économie sur des suppressions de dépenses dans les prestations versées aux étrangers. On est évidemment bien loin de ce qui est nécessaire, quand on se réfère aux 814 milliards cités au début de cet article.

En fait rien n’est plus collant que les dépenses sociales. Et c’est pour cela que les économies sont si difficiles à réaliser. Car quand on arrache de soi quelque chose qui colle, on a la sensation qu’on va s’enlever la peau. Et personne n’aime ça. Mais l’expérience des soins démontre qu’en une telle circonstance, un geste brusque vaut mieux qu’un lent étirement. Le seul médecin qui était en lice, et qui savait donc cela, n’a pas franchi les préliminaires. Il est vrai qu’il ne s’appuyait pas sur son expérience professionnelle et que ce fut un tort de sa part. Nous voilà donc mal lotis.

Reste la révolte populaire, avec ses chances et ses risques. Partout dans le monde, les peuples défilent et protestent. En France aussi. Qui sait s’il n’en résultera pas l’un de ces miracles que notre pays a parfois accueilli et qui l’ont sauvé. Prions mes frères !

Claude Reichman

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