La France est le pays des grèves et où rien ne marche ! C’est le constat que font beaucoup de nos concitoyens mais c’est aussi l’opinion quasi unanime des étrangers qui ont eu l’occasion de séjourner en France.
Or, ce constat nous place au centre d’un paradoxe pour le moins incompréhensible : Jamais les impôts n’ont été aussi élevés, jamais la dépense publique n’a été aussi importante et pourtant tous les services publics sont en déroute ou presque ; et à cela s’ajoute un mécontentement général de la population, avec des mouvements de grèves multiples.
Nous avons l’image d’un pays bloqué dans ses revendications, ses contradictions, sa contestation générale du pouvoir car, finalement, malgré le très haut niveau de prélèvements obligatoires, la situation ne cesse de se dégrader !
Comment cela est-il possible ?
L’explication est double et tient pour l’essentiel au surdéveloppement de l’administration, à son emprise sur la société française et à son manque général d’efficacité.
Nous examinerons aujourd’hui le développement de l’administration et sa prise de pouvoir et lundi prochain le manque d’efficience d’une administration au centre d’un conflit d’intérêts permanent.
I-Le développement de l’administration et sa prise de pouvoir
Aucun Etat ne pouvant fonctionner sans administration, la question qui se pose est donc : Quelle importance donner à cette administration ?
A l’origine
On situe la naissance de l’administration, pour la France, au règne de Philippe le bel (1268-1314). La tradition de l’administration est donc ancienne et la France a toujours eu un secteur administratif important en lien direct, avec une centralisation du pouvoir beaucoup plus importante que partout ailleurs ; l’épisode napoléonien ayant encore renforcé le développement d’une « administration moderne à la française » avec une organisation très proche de celle que nous connaissons désormais.
Ce phénomène s’est amplifié avec le développement de « l’Etat providence » ; lequel a entraîné une augmentation permanente des effectifs de l’administration. Pour être exact, l’origine de ce phénomène remonte à l’époque de Vichy lorsqu’a été créée l’école nationale des cadres d’Uriage (ENC) qui a fonctionné entre 1940 et 1943.
Ce concept d’une école de l’administration d’Etat est apparu alors si pertinent que son principe en a été repris en 1945 avec la création de l’ENA. (Ordonnance no 45-2283 du 9 octobre 1945).
Or, le développement de cette administration fait que nous sommes passés insensiblement d’un Etat avec une administration à un Etat dirigé par son administration ; le tournant se situant en 1974.
On peut considérer que l’élection de V Giscard d’Estaing, un haut fonctionnaire inspecteur des finances, marque la prise de pouvoir par l’administration ; c’est à dire que, jusque-là confinée seulement dans des missions d’exécution, elle est devenue aussi décideur politique et elle n’a eu alors de cesse d’augmenter son emprise et sa domination par le biais de la création de réseaux qui ont permis à ses membres de devenir aussi dirigeants de grandes entreprises publiques et privées (ce que l’on a appelé le pantouflage) et de faire des allers et retours entre la politique et leur corps d’origine sans perdre le bénéfice ni de la retraite de fonctionnaire ni de la progression de carrière.
Ces réseaux ont littéralement noyauté le pays et il faut être conscient que ce phénomène, que l’on a appelé la « technocratie » ou « le gouvernement de la technocratie », a été amplifié par la constitution de la Vème république qui organise un pouvoir exclusivement centré autour de l’exécutif et spécialement du président de la république.
Cela veut dire que, comme sous la royauté, le chef de l’Etat s’entoure de « spécialistes » et de conseillers inconnus du public recrutés essentiellement au sein de la haute fonction publique, qui ne rendent compte qu’à lui et qui ne sont responsables que devant lui. Et comme le président de la république n’est responsable devant …personne, si ce n’est devant l’électeur une fois tous les cinq ans, on comprend dès lors que le centre du pouvoir réel est à l’Elysée et qu’il fonctionne de manière très opaque.
Aux USA, aucun secrétaire d’Etat (ministre), aucun conseiller, ne peut entrer en fonction sans être passé sur le « grill » devant le Congrès et l’exercice, au cours duquel seront examinés son passé, son patrimoine, les éventuels conflits d’intérêts, sa moralité, peut s’avérer violent pour l’impétrant !
Il n’est d’ailleurs qu’à se demander comment E Macron et E Philippe sont arrivés aux postes politiques qu’ils occupent actuellement ? Absolument pas en raison de leur valeur politique, ni de leurs mandats électoraux ou de leur aptitude reconnue à diriger un pays !
Ils sont arrivés là exclusivement parce qu’ils sont des hauts fonctionnaires (inspection des finances pour Macron et cour des comptes pour Philippe) gravitant dans l’orbite du pouvoir et cela a été la même chose pour Hollande, Chirac, Juppé, Villepin, et tous les autres.
Bien évidemment, dans ce schéma, le Parlement, bien que censé représenter et défendre les français, en est réduit à un rôle subalterne pour ne pas dire insignifiant ; ce qui amène à ce constat finalement peu rassurant : nous n’avons pas vraiment fait de progrès depuis Philippe le Bel ou Napoléon Ier.
L’état des lieux
Contrôlant désormais tous les rouages du pouvoir, l’Etat fonctionnaire a augmenté le nombre de ses missions et ses dépenses beaucoup plus vite que la croissance économique et, partant, de la création de richesses tout en utilisant, face au développement du chômage, le recrutement de fonctionnaires comme variable d’ajustement du chômage …en oubliant un peu rapidement qu’un fonctionnaire recruté c’est 40 ans de carrière et 25 ans de retraite à financer.
Délibérément, on a donc décidé de repousser à plus tard la résolution d’un problème qu’on ne voulait pas ou ne pouvait pas résoudre, notamment pour des raisons idéologiques et électoralistes.
Les trois fonctions publiques (Etat, collectivités territoriales et hôpitaux) emploient au total 5,6 millions d’agents, dont près de 2,5 millions pour l’administration centrale d’Etat. Cela représente un peu plus de 20 % de l’emploi total c’est à dire un salarié sur cinq ; la décentralisation n’ayant entrainé au niveau central aucune réduction des effectifs pendant qu’ils explosaient au niveau des collectivités locales.
Avec 1,4 million de fonctionnaires en plus depuis 1980, les effectifs de l’ensemble de la fonction publique ont augmenté de 36 % entre 1980 et 2008, alors que l’emploi total en France progressait deux fois moins vite (18 %).
Et nous assistons aujourd’hui, à une véritable explosion des couts de fonctionnement du fait de la progression automatique des carrières et des grilles salariales, alors que non seulement les fonctionnaires sont payés 12% de plus que dans le privé mais en plus ils sont les champions du congé avec 45 jours annuels de congés (26 jours dans le privé) et de l’absentéisme (le double de jours d’absence que dans le privé).
La Cour des comptes a, en outre, soulevé la question de la véritable progression des effectifs de l’Etat compte tenu du fait d’une part du recours à des opérateurs privés pour assurer des missions de service public (nombre de missions étant accomplies par d’autres structures mais à ses frais) et d’autre part du recours de plus en plus fréquent à des contractuels qui ne sont pas comptabilisés dans les effectifs (fin 2016 ils étaient estimés à 490 000).
La Cour des comptes, pourtant elle-même administration, en arrive à critiquer « la rigidité et l’absence de vision stratégique de l’Etat administratif » puisqu’elle relève que tout retour en arrière apparaît très difficile dans la mesure où les effectifs s’ajustent très peu à la baisse de la demande ou des besoins mais sont au contraire très réactifs aux nouvelles sollicitations.
Autrement dit, les effectifs montent très vite mais ne diminuent jamais même en cas de diminution des missions.
Les dépenses de personnel (pensions civiles et militaires comprises) ont représenté 40% des dépenses de l’Etat soit 144 mds € sur un budget de 338 milliards € en 2019.
Les conséquences deviennent alors évidentes : la charge financière de l’administration est devenue progressivement de plus en plus lourde à financer par les impôts puisque les missions de l’Etat ne peuvent être accomplies qu’en étant financées par nos impôts !
Du fait de l’augmentation des missions de l’administration, l’Etat fonctionnaire s’est alors trouvé devant la difficulté d’avoir à financer ces dépenses ; ce qui supposait d’augmenter les impôts dans les mêmes proportions.
Or, plutôt que d’adopter, vis-à-vis des français, une politique de vérité quant au coût réel des frais de fonctionnement de l’administration, les gouvernements successifs, de droite comme de gauche, ont préféré user d’un subterfuge discret et indolore à court terme : l’emprunt ; lequel avait en outre « l’avantage » de faire croire que les services de l’administration étaient gratuits !
Ainsi, beaucoup de missions de l’Etat sont, de fait, financées par l’emprunt ; lequel n’est pourtant qu’un impôt futur non décidé par la population puisque, à un moment ou un autre, il faut payer pour rembourser ces emprunts. Et ce phénomène s’est accéléré dans les années 2000 avec l’arrivée de l’€.
La France, bien entendu, n’a pas été la seule à abuser de cet effet d’aubaine pour emprunter massivement sur les marchés à des taux extrêmement faibles et en diminution constante. Néanmoins, ce qu’il faut savoir, c’est que si on avait conservé le Franc, ces emprunts auraient été tout bonnement impossibles car, au-delà d’un certain seuil d’endettement, les taux d’intérêt se seraient mis à monter à des niveaux (40% l’an) rendant le service de la dette totalement insupportable. En effet, la limite à l’endettement est la solvabilité budgétaire qui ne peut être partiellement contournée que par l’usage de la planche à billets génératrice d’inflation.
Avec l’€, cette limite a littéralement explosé jusqu’à la crise de 2012 et il s’agit là de la grande responsabilité, soigneusement occultée, des dirigeants de l’Etat fonctionnaire !
Or, cette croissance permanente de la sphère publique a eu un effet pervers qui n’est toutefois pas immédiat : elle se fait obligatoirement au détriment de la sphère de l’économie privée puisque l’Etat, ne créant pas de richesses, ne vit que de l’impôt qu’il extorque aux ménages et aux entreprises de manière immédiate ou différée (emprunts).
La France est un pays dans lequel non seulement le poids des dépenses publiques rapporté au PIB (en l’occurrence 56,5 %) est le plus élevé des pays de l’OCDE mais c’est aussi le cas pour les dépenses sociales et cette augmentation de la dépense publique s’accompagne d’une augmentation parallèle de l’endettement, qui dépasse désormais les 100% du PIB à 2.415 milliards € alors qu’il n’était que de 20% du PIB en 1980. Le prélèvement fiscal est aussi le plus élevé à 46% du PIB (officiellement mais sans doute plus).
Et nous verrons que, bien que les français pensent que E Macron est un libéral et que nous vivons dans une économie « ultra libérale », nous sommes en réalité dans un système d’économie administrée, sous la tutelle de son administration et nous devons aujourd’hui en payer le prix ; et sans doute beaucoup plus, plus tard !
Bien cordialement à tous.
Deuxième partie lundi prochain. Nous examinerons le fonctionnement de l’administration et son manque global d’efficacité.
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