Les français adorent les grands hommes providentiels qui sauvent le pays et plus encore ceux qui donnent une image prestigieuse à l’étranger. Cette propension est d’ailleurs sacralisée sur la façade du Panthéon où figure la devise : « aux grands Hommes la patrie reconnaissante ».
Un petit inventaire non exhaustif nous donne Napoléon Bonaparte (au bilan pourtant catastrophique), Napoléon III (descendu de son piédestal à la suite de la défaite de 1870), Pétain en 1940 (mais seulement jusqu’en 1942 et la mise en place du STO), de Gaulle en 1944 bien qu’il soit presque inconnu des français et en 1958 en pleine crise algérienne. Certains y voient aussi Louis XIV, qualifié de grand roi, alors qu’il a ruiné la France à la fois par ses guerres permanentes, sa désastreuse révocation de l’édit de Nantes et provoqué indirectement la révolution de 1789.
Finalement, à bien y regarder, nos grands hommes sont surtout des potentats autoritaires au bilan plus que contrasté, pour ne pas dire, pour certains, carrément négatif.
Et pourtant les français persistent à vouloir cultiver l’image du chef et semblent toujours attendre l’arrivée de l’homme providentiel, de l’homme d’Etat, le vrai, celui qui va les sauver et qui, quasi magiquement, remettra la France sur des chemins plus sereins et rattrapera toutes les erreurs du passé. Pour Napoléon Ier les errances de la révolution, Napoléon III les errances de la restauration, Pétain les errances de la IIIème république et de la défaite de 1940, De Gaulle les errances de la IVème république et de la crise algérienne.
Et cette image est elle-même renforcée par le rêve de tous nos politiciens d’accéder à ce firmament de l’idolâtrie républicaine.
Le concept d’homme d’Etat présuppose l’existence d’une structure étatique
L’expression homme d’Etat contient dans son énoncé le concept d’ « Etat » ce qui présuppose évidemment l’existence d’une organisation étatique. On se rend alors vite compte que la notion d’homme d’Etat se superpose, voire se confond avec l’étatisme, c’est à dire avec cette culture bien française d’un pouvoir centralisé omnipotent.
Cela amène d’ailleurs à observer que les cultures sont, à ce propos, fort différentes d’un pays à l’autre et surtout que ce concept d’homme d’Etat est avant tout très … français et qu’on en arrive très vite à cette vision si française de l’Etat ultra centralisé avec son organisation pyramidale, l’élection d’un chef à son sommet qui donne les ordres, une base qui les exécute et, entre les deux, toute la technostructure de la fonction publique qui sert de courroie de transmission et régit tous les aspects de la vie économique et sociale du pays.
Cette vision est de surcroît amplifiée par la constitution de la Vème république qui fait du président de la République une espèce de monarque autocrate disposant d’un pouvoir exorbitant lui permettant de dominer la situation. Il s’agit en fait rien moins que d’une conséquence de la conception paternaliste et autoritaire du pouvoir telle que la concevait le général De Gaulle qui considérait que le suffrage universel lui conférait les pleins pouvoirs !
D’ailleurs, chez nombre de français persiste une confusion entre compétence et autoritarisme puisqu’un sondage a montré que la moitié de la population verrait bien un militaire à la tête du pays ; ce qui conduit à se poser légitimement la question de la conception française de la démocratie.
On sait aussi que, en raison de l’organisation si typique de la France, la population est largement dépendante de l’Etat et de son chef dont elle a tendance à attendre beaucoup alors que le caractère monarchique du pouvoir, avec son décorum, ses palais et les ors de la république, encourage et accentue clairement cette manière d’exercer le pouvoir et que les politiciens ont une fâcheuse tendance à entretenir avec complaisance le mythe de cette grandeur et de cette toute-puissance !
L’imaginaire collectif d’un concept flou
En dehors du fait qu’il faudrait consacrer de longues pages pour essayer de déterminer les raisons de la prévalence d’un tel concept dans la population française, on pourrait essayer de se faire une idée de l’homme d’Etat en passant en revue les différentes qualités morales, techniques ou intellectuelles se rapportant à l’exercice du pouvoir afin de déterminer des critères objectifs de cet homme si exceptionnel. Seulement, on s’aperçoit très vite que les critères d’évaluation varient d’un individu à l’autre à partir d’opinions et de sentiments essentiellement personnels qui ne sont donc évidemment pas objectifs !
On se doute quand même que le contraire de l’homme d’Etat est le politicien prétentieux, vaniteux, cupide et lâche ; fort avec les faibles et faible avec les forts. Néanmoins, il est difficile d’avoir une image réaliste de la véritable personnalité du président car l’image donnée en public est essentiellement artificielle du fait de l’omniprésence de conseillers en communication dont l’unique mission est de préserver « l’image du président » à travers le filtrage de l’information et l’utilisation de techniques d’influence ou de manipulation basées sur l’apparence (le verbe et l’image).
On dit toujours que le politicien ne réfléchit qu’à sa prochaine réélection tandis que l’homme d’Etat pense à la prochaine génération ; ce qui laisse à penser que les qualités d’un homme d’Etat devraient essentiellement s’apprécier au niveau de la direction d’un pays et que ce devrait être avant tout des qualités de gestion. Or, l’expérience établit sans contestation possible que les politiciens (Chirac, Sarkozy et probablement E. Macron) sont nettement meilleurs pour conquérir le pouvoir que pour assurer la gestion quotidienne du pays.
Seulement, au delà des slogans électoraux forcément simplistes et réducteurs, convaincre la population, dans le cadre d’une gestion quotidienne, est une tâche particulièrement ardue en ces temps de défiance généralisée à l’égard de la classe politique mais aussi parce que l’homme de pouvoir doit faire face à des intérêts divergents pour ne pas dire contradictoires qu’il n’est évidemment pas en mesure de tous satisfaire !
La culture française du chef et le mode d’élection du président tendent d’ailleurs à exacerber ce sentiment en créant sans doute un lien plus fort entre le chef et la population mais avec l’inconvénient d’établir aussi une dépendance de cette dernière vis-à-vis d’une personne qui ne sera pas nécessairement à la hauteur de ses attentes. D’où la déception manifestée à chaque fois dans les urnes !
La situation peut être plus ou moins flagrante mais il suffit de se rappeler F. Hollande au bilan si calamiteux et à qui colle l’image du pauvre type arrivé par erreur à une fonction pour laquelle il n’avait ni les compétences ni les capacités.
Cela permet d’affirmer que finalement ce prestige de l’homme d’Etat est essentiellement attaché à la fonction mais que cela ne fait pas de son titulaire temporaire un homme exceptionnel !
Ainsi donc, au-delà de glorification d’un homme ordinaire et de l’aura quasi magique dont les politiciens aiment à s’entourer, on s’aperçoit que l’homme dit d’Etat n’est en fait ni un surhomme, ni un messie et l’image de l’homme providentiel présenté comme le sauveur du pays n’est avant tout qu’un mythe, une créature médiatisée, le produit d’une manipulation voire d’une propagande.
L’Histoire peut d’ailleurs révéler que l’homme providentiel ne l’est pas toujours. Ainsi, il ne faut pas oublier que le général De Gaulle a organisé la chute de la IVème république pour ensuite, après 12 ans de « traversée du désert » prendre le pouvoir et modifier ensuite les institutions à sa convenance.
L’homme d’Etat … homme d’action ?
Les responsables politiques sont en principe des représentants du peuple chargés d’écouter puis de synthétiser ses préoccupations et d’appliquer la politique qu’il désire à la lueur de l’expression qui en émane à l’occasion des élections.
Les politiciens aiment à faire croire à leur toute puissance. Néanmoins, il est dangereux de faire croire au peuple que la politique et le politicien peuvent tout changer car cela revient à minimiser l’importance des évènements et les complexités d’un monde sur lequel le dirigeant n’a pas toujours prise !
D’ailleurs, l’expression « action politique » semble n’être qu’un oxymore tant les politiciens sont vilipendés pour leur immobilisme ; le volontarisme politique n’apparaissant finalement bien souvent que comme des effets oratoires voire des phrases creuses dénuées de sens !
En effet, la classe politique est souvent brocardée pour son incapacité à trouver des solutions à la hauteur des défis présents ; bien qu’on puisse penser qu’un dirigeant exceptionnel saurait prendre les bonnes décisions malgré l’opposition de la population car il dispose des informations qui lui permettent d’agir. Courage et clairvoyance devraient être les piliers de l’action politique de l’homme d’Etat tout en prenant garde à ne pas confondre courage et obstination dans l’erreur.
Seulement, si l’on prend comme critère d’appréciation le réformisme, et pour ce qui concerne le cas français on connaît par le détail les maux qui affectent le pays :
– poids de l’Etat trop lourd,
– trop de dépenses publiques,
– trop de fonctionnaires improductifs donc à la charge des productifs,
– dévalorisation de l’entreprise, seule créatrice de richesse,
– trop d’assistanat social,
– une fiscalité écrasante qui désavantage les entreprises
– un chômage endémique à un niveau anormalement élevé.
on sait que l’expérience des 45 dernières années montre, qu’en France, cela est inimaginable parce que tout mouvement de réforme se heurte immédiatement à des intérêts contradictoires et parce que la société française est connue pour ses rigidités et son conservatisme. Aucune réforme d’ampleur n’a donc été entreprise, bien au contraire, nous n’avons eu droit qu’à un empilement de règlements et de taxes qui n’ont fait que rigidifier encore plus la société française.
Et E Macron, homme d’Etat ?
On sait que les français, lors du cérémonial des élections présidentielles qui concourt lui aussi à cette idée, ont cru qu’avec sa jeunesse, E Macron allait changer les choses, et il a été clairement perçu comme le vecteur du changement tant attendu. Il a d’ailleurs su exploiter habilement la déliquescence des partis politiques en faisant en sorte de sortir du clivage gauche/droite.
Parlant avec aisance, quoique souvent avec une arrogance cassante, étalant avec complaisance la morgue du haut fonctionnaire couronné, il s’est avéré surtout très autoritaire et peu réceptif.
Il a bien engagé de nombreuses réformes qui ne sont pour l’instant que des faux-semblants et les français ont vite vu que le réformisme macronien consiste surtout à embrasser tous les sujets à grand renfort de discours tout en se contentant de les effleurer dès lors qu’il est question d’agir.
Et finalement, E Macron, bien qu’il ait tous les pouvoirs et pas d’opposition, n’en n’a rien fait et ne s’est absolument pas attaqué aux problèmes pourtant bien connus de la société française. Il n’a d’ailleurs rien vu venir à propos de la crise des gilets jaunes et a engagé 17 milliards € de dépenses publiques pour essayer de calmer les choses sans pour autant y parvenir et sans pouvoir contrecarrer ce sentiment de défiance de la population vers ses élites !
Entre les nombreux mensonges proférés par le gouvernement et E Macron qui énonce des contre vérités à des fins électorales, notamment en s’en prenant à l’Europe ultra libérale, ou encore en essayant de se faire passer pour un libéral, ce qu’il ne l’est absolument pas puisqu’il ne fait que développer l’interventionnisme étatique dans tous les domaines (fiscalité pesante, santé, retraite, droit social, chômage), il ne reste qu’une impression de malaise qui sera difficile à dissiper.
Les français ont pu aussi constater qu’il est surtout dans la communication narcissique et le manichéisme (moi ou le chaos, moi ou les fachos) mais la communication ne fait pas un homme d’Etat !
Si donc E Macron a bien été perçu, lors de son élection, comme celui qui allait réformer le pays en profondeur, on sait aujourd’hui qu’il ne le fera pas ! Adoptant une attitude hautaine et méprisante, affectant de ne pas se soumettre à la volonté populaire tout en faisant finalement l’inverse, il n’a nullement enrayé la dérive des comptes publics et se cantonne dans l’immobilisme étatique tout n’envisageant ni la dissolution ni le référendum qui à coup sûr aboutiraient à son désaveu et son impuissance.
Il n’échappe finalement pas à la règle commune de l’immobilisme ; même s’il a voulu renouer avec la grandeur de la fonction et ne plus être un « président normal » ce amène nécessairement à faire le constat qu’il faut pas confondre grandeur et hubris c’est à dire envergure politique et égocentrisme narcissique.
Il ne reste de lui que l’image du président des riches qui affirme des inepties (l’URSSAF serait l’amie de l’entrepreneur), qui affiche un libéralisme de façade avant de le fustiger et qui a perdu la confiance initiale des français qui sentent que rien ne s’arrange !
On pourrait penser que seule l’Histoire permet de distinguer les véritables hommes d’Etat, en reconnaissant ceux qui ont su prendre de la hauteur par rapport aux évènements et se détacher de la nécessité. En fin de compte, on s’aperçoit, au-delà du mythe populaire et d’un volontarisme essentiellement médiatique, que l’homme d’Etat n’existe pas, et qu’avec E Macron, l’homme d’Etat, vrai ou supposé, est surtout un homme de l’Etat et du contrôle du pays sous la férule de l’administration !
Bien cordialement à tous !
Απο την Ελλαδα (De la Grèce)
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PS : Je viens de me rendre compte que j’avais aussi publié en fin d’article, par pure inadvertance, le brouillon de mes idées. Je l’ai supprimé bien entendu en priant ceux qui ont surpris de trouver ces éléments de réflexion de bien vouloir m’en excuser
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