Les progressistes et la censure Internet

 Il est assez intéressant de constater que les réseaux sociaux ont émergé à la même période de l’histoire où une idéologie très puissante, l’idéologie de gauche progressiste, cherche à s’imposer de manière hégémonique en Occident après avoir pris racine et s’être développée sur les campus américains.

La nouvelle est tombée brutalement : Twitter supprime purement et simplement le compte de Donald Trump. Celui-ci lui servait de tribune par laquelle il annonçait les grandes orientations de sa politique intérieure et diplomatique, et avec laquelle aussi il faisait part de son avis sur de multiples sujets petits et grands, d’une manière controversée comme chacun sait, mais qui était devenue un instrument essentiel de sa présidence.

De ce point de vue, il était un homme de son temps puisque les réseaux sociaux, pour le meilleur et pour le pire, sont utilisés pour une part croissante et peut-être maintenant majoritaire pour s’informer par les citoyens du monde entier, et tout particulièrement ceux des démocraties libérales occidentales. Ces outils sont devenus ainsi un élément fondamental du fonctionnement de nos démocraties, que cela plaise ou non.

Il est assez intéressant de constater que les réseaux sociaux ont émergé à la même période de l’histoire où une idéologie très puissante, l’idéologie de gauche progressiste, cherche à s’imposer de manière hégémonique en Occident après avoir pris racine et s’être développée sur les campus américains. Cette idéologie est une idéologie de la déconstruction de tout ce qui a fait notre civilisation, au nom de droits individuels étendus chaque jour dans de nouveaux champs, qui criminalise le passé pour imposer ses nouvelles normes.

La gauche américaine, celle des campus et au-delà à mesure que son influence s’étend avec les années, fait des minorités, de la race, du genre, des pratiques sexuelles les questions centrales de la vie sociale et politique avec comme conséquence voulue l’explosion et l’émiettement des États-nations réduits à des foules d’individus que rien ne rassemble. Le parti démocrate prétend ainsi être le parti de minorités qu’il a lui-même fabriquées en grande partie. Ce positionnement politique va de pair avec la nécessaire diabolisation du camp républicain, et au-delà de son électorat de base : les Blancs seraient racistes ontologiquement, héritiers d’une Amérique fondée sur l’esclavage. Cette diabolisation est nécessaire car le positionnement choisi par les forces de gauche les rend intrinsèquement minoritaires. Il faut donc chercher à rendre le camp opposé infréquentable et à l’émietter.

Les réseaux sociaux ont alors été un instrument majeur d’opposition à cette stratégie soutenue par les campus, les médias et les classes dominantes des deux côtes et contre laquelle les forces conservatrices traditionnelles avaient du mal à s’opposer, étant ainsi souvent contraintes à s’y soumettre en pliant pour ne pas casser face à plus fort que soi. Les classes populaires et conservatrices de l’Amérique rejettent les éléments extrêmes de l’agenda progressiste et trouvent injustes les accusations de racisme ontologique portées à leur encontre. Les réseaux sociaux ont alors émergé comme l’outil démocratique le plus efficace pour se regrouper, faire porter leur voix et leurs idées.

Il faut comprendre l’émergence des réseaux sociaux comme un phénomène similaire à celui de l’imprimerie au XVe siècle portant avec lui la fin du monopole d’un petit nombre chargé d’instruire ou d’informer la masse du peuple. Il s’agit d’une révolution démocratique d’une importance majeure et devenue indispensable à nos sociétés démocratiques et libérales. De même qu’il se publie des livres remarquables, il se publie aussi des livres indigents ou abjects. Mais qui nierai que l’imprimerie a permis le progrès intellectuel de l’ensemble de nos sociétés ? Les réseaux sociaux sont ainsi devenus le lieu privilégié de l’opposition à une idéologie dominante qui cherche à s’imposer partout depuis les campus où elle est née, dans tous les domaines de la vie publique et jusqu’à notre façon de voir le monde. Il est naturel que les réseaux sociaux soient devenus le terrain d’affrontement entre une idéologie dont l’esprit de domination ne connaît pas de limite et à la volonté hégémonique et ceux qui entendent lui résister.

Trump, plus et mieux que n’importe quel autre politicien américain a saisi les enjeux de cette lutte idéologique et les moyens qu’offraient les réseaux sociaux à cet effet. Mais Trump ne doit pas être l’arbre qui cache la forêt. Les réseaux sociaux ont permis à des millions de personnes d’échanger des idées, à de très nombreux intellectuels de faire connaître les leurs plus largement, d’échanger, d’être soutenus par un grand nombre de lecteurs leur apportant eux aussi des idées ou les aidant à mieux formuler les leurs. Ils ont permis à des personnalités non conformistes d’émerger et alors qu’elles seraient vraisemblablement restées dans l’ombre et l’anonymat sans eux. Or, le non conformisme est essentiel pour le progrès intellectuel d’une société. Les progrès intellectuels sont toujours venus de ceux qui rejetaient le conformisme dominant. L’hégémonie croissante de l’idéologie progressiste tend à réduire le débat public à des options de plus en plus limitées, ne serait-ce que par la diabolisation des idées non conformes et par la tendance des médias traditionnels de ne recruter que des personnes pensant déjà comme eux ou ayant la crainte de rompre l’homogénéité intellectuelle au sein de leur media avec les risques que cela comporte. Et les campus produisent une masse d’anciens étudiants formatés avec la même idéologie. Nous vivons ainsi une période d’homogénéisation de la pensée de par la puissance des médias traditionnels et leur tendance au conformisme idéologique et de par le fait comme très souvent dans l’histoire certaines idées tendent à s’imposer de manière hégémonique comme cela a été le cas avec le communisme dans certains pays dans le passé récent ou des religions dans un passé plus reculé, car elles ont un grand pouvoir de séduction sur une partie de la population. L’autre facteur de restriction du champ de la pensée est la globalisation et toutes les règles imposées par nécessité ou par idéologie par des instances internationales restreignant d’autant le champ de la pensée permise à l’échelle nationale qui est pourtant celle du débat démocratique.

Les réseaux sociaux apparaissent ainsi comme un lieu privilégié d’échanges intellectuels, d’élaboration d’idées permettant d’espérer contribuer à un renouvellement de la pensée politique, que ce soit en France ou aux Etats-Unis. Les voir sous le prisme de ce qu’il y a de pire, de complotisme, de racisme, de mensonges serait comme juger une ville par ses égouts. Pourquoi la société serait-elle incapable de faire le tri et d’établir la hiérarchie dans les échanges et l’élaboration d’idées qu’ils permettent alors qu’elle a pu le faire pour les livres après l’invention de l’imprimerie ? Il est vrai que cette dernière a pu déstabiliser les sociétés de l’époque. Le caractère déstabilisateur des réseaux sociaux est réel. Ils le sont à juste titre pour les idées reçues et pour sortir du conformisme où sombrent nos sociétés dans un abêtissement généralisé, ils pourraient l’être aussi pour de mauvaises raisons en servant à des menées illégales.

Mais est-ce aux géants d’internet d’en juger et d’agir eux-mêmes directement par la censure ?

La montée en puissance des réseaux sociaux est allée de pair avec l’émergence de monopoles internet de plus en plus intolérables. Tout le monde ou presque était conscient de la puissance excessive des géants de l’internet et de leur monopole de fait sur notre liberté d’expression, la connaissance de nos opinions, de nos intérêts et de notre vie privée. Beaucoup d’entre nous éprouvaient des velléités de prendre leur distance avec google, Amazon, Facebook et autres afin de voir leur vie privée respectée. Ceux qui s’engageaient à l’aide de ces outils dans une forme de vie politique ou associative ont été confrontés à la censure que ces réseaux s’autorisent, sur la base de règles mal définies et arbitraires dénommées « standard de la communauté » par Facebook, comme si ces normes émanaient des utilisateurs eux-mêmes par une forme de démocratie et pour en cacher l’arbitraire puritain et bien pensant. De nombreux intervenants voyaient leur compte suspendu pour plusieurs jours ou un mois. De plus en plus souvent, certains comptes étaient définitivement supprimés, l’intervenant perdant alors tout son carnet d’adresse et les archives de ses contributions qu’il avait eu la naïveté d’y laisser. Ces suspensions étaient le résultat le plus souvent de dénonciations anonymes et avaient clairement un but politique. Ce n’étaient pas des appels à la violence ou autres qui conduisaient à ces suppressions, mais clairement des idées politiques qui déplaisaient aux dénonciateurs, et qui déplaisaient également aux censeurs. Entre autres, des sites défendant Israël par exemple ont été particulièrement visés par cette censure exercée par des personnes travaillant au Maroc, ainsi que de nombreux sites se documentant et informant sur l’idéologie islamiste.

Néanmoins, la suppression des comptes twitter et Facebook de Trump marque un changement radical dans la censure par les géants d’internet. Il s’agit de décisions d’une exceptionnelle gravité, justifiées par une dangerosité supposée du président à 10 jours de son départ et alors qu’il a annoncé son intention de procéder à un changement ordonné d’administration en reconnaissant certes tardivement sa défaite. Mais est-ce à twitter et à Facebook d’en juger ? Les moyens constitutionnels pour le faire existent, comme le 25e amendement qui peut très vite être mis en œuvre. Nous pouvons observer que le vice-président Mike Pence le juge hors de propos. Les PDG d’internet sont-ils de meilleurs juges que lui et ont-ils la légitimité de se substituer à des procédures constitutionnellement prévues ? Poser la question est y répondre.

La décision des Gafas pourrait peut-être se comprendre par un effet de panique de leur part, pour ne pas servir de support à un président jugé séditieux. Mais alors, la suspension aurait pu être provisoire -sans pour autant être légitime- et les comptes rendus à leur locataire dès que l’on se serait aperçu que ces craintes étaient infondées. Leur suppression définitive trahit la motivation politique des Gafas. Et si Trump s’y était livré à des déclarations séditieuses, il aurait été déclaré hors la loi. Cette censure ne s’est pas limitée aux comptes de Trump, mais a été le signal déclencheur d’une vaste entreprise de censure et au-delà de chasse à l’homme. Ainsi, des dizaines de milliers de comptes Twitter ou Facebook ont été supprimés. Forbes annonce qu’il boycottera toute entreprise embauchant des anciens de l’administration Trump, comme s’il s’agissait de gangsters. Amazon et Apple ont supprimé les serveurs du concurrent Parler de Twitter et de Facebook.

On est donc bien au-delà des twitts outranciers de Trump. Ainsi, cette censure des Gafas ne doit pas se comprendre uniquement de manière limitée, elle fait partie d’un puissant mouvement idéologique conquérant de la pensée progressiste à laquelle ils sont affiliés et dont ils sont les ardents promoteurs et qui vient de passer à la vitesse supérieure dans son intolérance et la mise à l’index de ses opposants. Universités, media, démocrates, Gafas s’arrogent progressivement le monopole de la pensée politique acceptable et c’est ce à quoi nous assistons suite à l’envahissement condamnable du Capitole.

Il est réconfortant de voir qu’en Europe certaines voix se sont élevées pour dénoncer la censure des comptes Trump, comme Merkel ou Bruno Le Maire par exemple. Mais les qualifier de « problématiques » est un peu faible alors qu’ils sont inacceptables. Malheureusement, ce mouvement des gafas fait écho aux lois liberticides préparées par Macron, heureusement censurées par le conseil constitutionnel, mais auxquelles il n’a certainement pas renoncé. La loi Avia transformait ainsi les Gafas en éditeurs responsables des contenus les obligeant à supprimer par avance tout ce qui aurait pu poser un problème, et ce de manière totalement arbitraire. Il va de soi que cela conduirait à la censure de tout ce qui n’est pas conforme à l’idéologie dominante des gafa dès lors que tel ou tel site commencerait à avoir une audience non négligeable. Il s’établirait ainsi un contrôle complet de la pensée sur les réseaux sociaux.

La solution face à ce très grave problème posé par le monopole des réseaux sociaux et le désir de certains gouvernements de les transformer en outil de contrôle politique serait de casser le monopole des Gafas, de les obliger à être interopérables avec les réseaux concurrents et de laisser à la justice seule la décision de faire supprimer tel ou tel texte, supprimer tel ou tel compte ou de le suspendre pour une période donnée, en fonction de la loi et uniquement la loi. L’identité de chaque intervenant devrait pouvoir être donnée à la justice à sa demande. La loi ne devrait permettre la censure que sur les mêmes bases où elle condamne la presse traditionnelle, à savoir les insultes, la diffamation, les appels au meurtre ou à la violence. Il y a urgence et il en va de la démocratie et du pluralisme en Occident.

Les progressistes et la censure Internet

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3 thoughts on “Les progressistes et la censure Internet

  1. La censure privée ou publique n’est qu’une expression de la peur.
    Les progressistes ont peur, ils ont raison, leur système, basé sur le mensonge, la fausse empathie, va droit dans le mur et ils sont à la place du mort.

  2. Un bien long article pour expliquer D Trump a été victime d’une censure de la part des réseaux sociaux qualifiés en outre de gauchistes !

    Malheureusement, la réalité est toute différente !

    Quand vous utilisez les réseaux sociaux, vous faites appel aux services d’une société PRIVEE et vous êtes tenus d’une part d’en approuver les termes de fonctionnement (licence d’utilisation) et d’autre part d’en respecter les règles de fonctionnement.

    Si vous n’êtes pas d’accord vous pouvez aller voir ailleurs (Pour Microsoft et les logiciels Windows vous pouvez utiliser les logiciels libres).

    Cela veut dire, que les GAFAM ne sont pas un service public ouvert à tous et tenus à respecter des règles d’équité !

    Cela veut dire aussi que, de manière totalement discrétionnaire, si vos agissements leur déplaisent, ils peuvent vous supprimer la possibilité d’utiliser leurs services (que vous utilisez gratuitement).

    C’est ce qui est arrivé à D Trump !

    1. « C’est à la fin du marché qu’on compte les bouses de vaches », dicton qui faisait loi sur le plateau de Millevaches
      Rira bien qui rira le dernier

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