Les morts de COVID

COVID a décimé, si l’on en croit la presse, dans le monde entier. Je ne sais pas ce qu’il en est dans les autres pays, mais en ce qui concerne la France j’ai à vous rapporter une anecdote éclairante.

Lundi 22 mars, en milieu de journée, j’ai été pris de douleurs, d’abord supportables, puis de plus en plus intenses, traversantes au niveau du ventre, dans la partie droite entre les dernières cotes et l’aine.

Ces douleurs ont été crescendo, en milieu de nuit elles étaient insupportables. Nous avons appelé le 15. Après quelques minutes d’échanges, le responsable du 15 a décidé de m’envoyer le SAMU.

En lieu et place du SAMU est arrivée une ambulance privée et deux ambulanciers. Gentils mais ne donnant pas une image de compétence médicale. Ils se sont afférés un moment avec des outils qu’ils maitrisaient relativement, l’oreille collée à leur téléphone en ligne avec l’hôpital, je suppose.

Puis direction l’hôpital. Là je suis reçu par une infirmière qui me dit : “vous n’avez pas de Doliprane chez vous ?”. Toujours avec ma douleur violente, je ne trouve pas de réponse, le Doliprane ne me paraissant pas adapté à une telle douleur.

Arrive un infirmier qui fait fonction de décideur, il me colle le cathéter d’usage, me fait une prise de sang et me perfuse un calmant.

Il m’avertit que le résultat de la prise de sang ne sera connu que dans deux heures. J’attends donc. Deux heures plus tard arrive un jeune interne, il me questionne sur la douleur, toujours présente mais diminuée par le calmant.

Il me palpe le ventre, ce qu’à l’évidence on ne lui a pas appris, puis il me dit : “Vous n’avez rien, les analyses sont bonnes, vous pouvez rentrer chez vous”.

Il est trois heures du matin, il me fout dehors en quelque sorte. Mon épouse vient me chercher. Nous partons, en passant devant l’infirmier et l’infirmière qui sont dehors sur un banc et fument une cigarette. Fin de l’épisode hôpital et SAMU.

Un peu sonné, je vais me coucher. Une heure plus tard la douleur revient, encore plus violente. Elle va devenir insupportable, au point que je ne peux plus rien décider. Je suis KO sur un canapé, me tortillant comme un vers que l’on va embrocher sur l’hameçon. Je commence à inspirer une forte inquiétude à mon épouse et à mes enfants.

Ils essaient de me convaincre d’aller en clinique à Montpellier. Epuisé, je ne peux pas m’imaginer subir 30 km de voiture. Sur l’insistance de ma fille, médecin à Nice, et d’un ami cardiologue à la clinique, je finis par me laisser convaincre d’affronter ce déplacement. J’arrive là-bas une heure après dans un état lamentable.

Nous sommes mardi, il est dix heures environ. Je suis pris immédiatement en charge, re-cathéter, re-calmant, re-questions, re-prise de sang. La différence est sur deux points : la venue d’un médecin fini, pas un interne, une analyse d’urine et une échographie.

Ensuite, vers midi scanner. Aussitôt après un urologue vient m’informer qu’il s’agit d’un calcul rénal, qu’il va m’enlever à 15H. Ce qui sera fait sous anesthésie générale. Je sors de clinique le mercredi matin, la douleur a disparu.

C’était donc ce que l’on appelle une crise de colique néphrétique.

L’hôpital est passé complètement à côté, alors qu’il s’agit d’un cas classique. Pas d’analyse d’urine, pas d’échographie, une incompétence crasse.

Pourtant un énorme hôpital, plus gros employeur de la ville, qui en jette, où l’on vous expédie d’office si vous appelez le 15.

Des officiants qui la ramènent, qui vous prennent de haut, qui sont le pouvoir du sorcier, le rempart contre la mort. Quelle illusion….

Ils sont, ici comme ailleurs, syndiqués, bureaucratisés, la compétence réduite au minimum, et… en charge exclusive de COVID.

Et ils se font applaudir.

Bien sûr que beaucoup sont des personnes de qualité, mais structurellement leur boutique est à l’agonie et le sacrifice de quelques-uns d’entre eux ne peut pas compenser la défaillance structurelle de l’ensemble, miné par la bureaucratie et l’égalitarisme.

Le pire c’est que ce sont eux qui pour dissimuler leur dérive imposent — en plus des morts directs qu’ils ont provoqués par manque de soins — la mort de notre société prise en étau dans leur monopole et confinée suicidairement.

C’est cette année, au sortir de la pandémie, que ce système va exploser, que le monopole de la sécu va disparaitre. Le contraire serait prendre les Français pour des cons, ce serait très grave.

Qu’en pense l’opinion publique ? Mes hypothèses face à ses mystères.

-1- Elle vit le poids des retraités. La plus grande partie d’entre eux sont totalement inactifs, donc exclus de la société, pour certains depuis une ou deux décennies. Ils ne pensent qu’à la mort, où à l’entretien de leur vie ce qui est la même chose. Ils sont prédisposés à toutes les peurs, puisque sans objectif stabilisateur.

-2- Elle vit aussi le pouvoir des retraités. Ils exigent une retraite au motif pour certains qu’ils ont payé à cet effet, pour les fonctionnaires que c’était l’objectif de leur vie et l’engagement de l’Etat. C’est une lourde charge, accompagnée d’un pouvoir économique certain.

-3- Elle est victime de sa croyance égalitariste qui l’a persuadée que l’hôpital est le lieu de toutes les égalités, où chacun est soigné de la même façon, avec la même conscience, la même compétence. Elle ne perçoit pas l’énormité de ce mensonge.

Elle n’a pas compris qu’elle n’a pas été soignée, même artisanalement, que des soins dès le début de la pandémie auraient pu éviter bien des morts.

Elle a cru dans l’hôpital, elle a été trahie par les fonctionnaires hospitaliers dont le but principal est de protéger leur corporation et ses privilèges.

Ce ne sont sans doute pas les seuls motifs expliquant l’état actuel de l’opinion publique, mais je crois qu’ils sont importants et qu’une prise de conscience à ce sujet ne devrait pas tarder, modifiant alors l’opinion publique, donc l’organisation sociale, et en profondeur.

Peut-on espérer l’essoufflement des croyances, le retour de la raison ? A voir.

Bien à vous. H. Dumas

Henri Dumas

A propos Henri Dumas

Que les choses soient claires, je n'ai jamais triché fiscalement. Cela indiffère le fisc, qui considère que ses intérêts immédiats sont supérieurs à ceux de la survie de l'entreprise. C'est ainsi qu'il est capable de redresser et de tuer à partir de données relatives telles que des provisions, des évaluations de stock, des refus de déduction ou de récupération de TVA que le chef d'entreprise a pu gérer en toute bonne foi dans le cadre de ses responsabilités légitimes. De la sorte, alors qu'il est consentant vis à vis de l'impôt, respectueux des règles fiscales, l'entrepreneur peut se trouver, du fait de la cupidité du fisc, exposé lors d'un contrôle fiscal à des redressements qui, suivis des moyens de coercition démesurés du fisc, vont le paralyser, ruiner la confiance de ses partenaires et, finalement, le détruire.

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12 thoughts on “Les morts de COVID

  1. On ne se connait ni d’Eve ni d’Adam mais je suis heureuse d’apprendre que vous vous etes sortis de ce mauvais pas, M. Dumas.

    Pour ce qui est du service dans les hôpitaux, je suis d’accord avec ‘lol-lol’

    En cas d’urgence, il semble plus prudent de s’orienter vers une clinique si on a pas de bonnes entrées (ou contacts) dans un hôpital public.

    J’ai eu une expérience similaire à la votre il y a onze ans (il n’y avait pas encore le COVID…) à l’hopital Saint Joseph du 14 ieme arrondissement de Paris.

    Suite à de violentes douleurs abdominales, j’ai été prise en charge par une équipe d’internes ou plutôt j’ai servi de cobaye.

    C’est tout juste si on ne m’a pas prise pour une hypocondriaque lorsque je leur ai dit que je soupconnais, d’après mes symptomes, une grossesse extra-utérine.

    Bien qu’habitant mon corps, je n’avais pas fait médecine, donc il était peu crédible selon le personnel hospitalier que je puisse connaitre l’origine de mes maux.

    Si le médecin en chef n’avait pas confirmé mon diagnostic suite aux analyses révélant la présence d’hormones béta HCG dans mon sang puis suite à l’échographie réalisée et démontrant la présence d’un corps étranger dans une de mes trompes, je crois que je ne serai plus là pour en parler aujourd’hui.

    Autre détail croustillant : les internes ont confondu ma trompe Fallope avec mon intestin grêle lors de l’échographie.

    Si la douleur ne m’avait pas maintenu en position allongée, je crois que je me serais barrée en courant.

    Et croyez vous que j’ai eu droit à une intervention chirurgicale suite à tous ces examens ?

    Pas du tout.

    Mes douleurs violentes certes mais ne survenant que par intermittence et le taux de béta HCG diminuant après une nuit passée à l’hopital,
    mon cas n’était plus urgent et puis surtout il fallait libérer la chambre, le lit, plus de place etc..bref, vous connaissez la chanson !

    J’ai du faire une prise de sang tous les deux jours car mon corps face à tant d’inertie du corps médical s’est résolu à faire le boulot tout seul comme un grand.

    L’équipe de l’hôpital à défaut d’agir, a mis des mots savants sur ce qui m’arrivait : un ‘avortement tubo-abdominal’.

    J’ai eu un traitement pour les douleurs et les problèmes de digestion que j’ai du supporter durant trois longs mois et liées à un épanchement dans le cul de sac de Douglas (j’ignorais l’existence de ce machin avant cette expérience)

    Lorsque j’ai revu mon spécialiste en congé au plus fort de la crise, il n’en croyait pas ses oreilles.

    ‘Comment cela, vous n’avez pas eu d’intervention ! c’est pas sérieux, vous avez du souffrir le martyre et inutilement, ce type d’opération est banal à l’heure actuelle et en quelques jours, tout serait rentré dans l’ordre.

    Moralité : pour ne pas passer l’arme à gauche, mieux vaut s’informer sur l’établissement qui doit vous accueillir en cas d’urgence.

    Faute professionnelle ou pas, je pense que là n’est pas la question.

    Car si l’on meurt des suites d’une incompétence du personnel hospitalier , ce que l’on appelle en droit il me semble, ‘une situation irrémédiablement compromise’
    Ce ne sont pas les médecins ou les tribunaux qui vous feront revenir ou qui consoleront vos proches.

  2. Classique votre histoire Monsieur Dumas, une de mes connaissances est ressortie des urgences de l’hôpital public avec une prescription de paracétamol à 4 grammes par jour pour une durée de 1 mois alors qu’elle souffrait d’une insuffisance rénale aigüe consécutive à une hydronéphrose : surdosage et prescription inadaptée et ce genre de gaffe est la norme et il y a très souvent bien pire.

    Aux urgences il ne faut pas vous attendre à voir le chef de service en première ligne à travailler la nuit, les samedis, les dimanches et autres jours fériés. Les internes qui sont encore étudiants font le boulot tant bien que mal. Aussi des médecins vacataires ou des intérimaires étrangers pour certains très capables, pour d’autres ayant une connaissance réduite de la langue française. Et beaucoup de paperassiers, c’est de la médecine de bureaucrates au prix fort. Et je ne parle pas de tous les cas sociaux qui vont et encombrent les urgences sans urgence médicale mais uniquement parce qu’ils n’ont pas à y faire la moindre avance d’argent pour leurs soins, ce qui ne serait pas le cas en ville.

    Les morts du covid : je ne crois pas aux statistiques hospitalières, elles sont falsifiées. Les certificats de décès sont remplis n’importe comment, il n’est pas rare de voir écrit : “cause du décès : arrêt cardiaque” pour une personne qui en fait souffrait d’un cancer et en est décédée. Alors vous pouvez être certain que toutes les pneumonies qui dégénèrent sont classées covid.

    Petite expérience, à propos du cancer téléphonez donc à un CHRU et racontez à la secrétaire médicale que vous aurez au bout du fil après un quart d’heure de patience et de musique classique que vous venez d’apprendre que vous souffrez d’un grave cancer et que vous souhaitez obtenir un rendez-vous auprès du grand professeur Knock. Il y a neuf chances sur dix qu’elle vous réponde : En consultation publique ou en consultation privée Monsieur ? Et là faites semblant de ne pas bien comprendre. Et elle vous précisera en consultation publique pas avant 3 mois et en consultation privée la semaine prochaine. La consultation privée nécessitant bien entendu un supplément d’honoraires bien gras et c’est ce qui s’appelle du service public et de l’égalité devant la maladie.

    Il vaut mieux fuir les hôpitaux publics au profit des cliniques privées, ne serait-ce que pour échapper à la mauvaise mentalité de certains fonctionnaires. Allez roder dans l’hôpital public du côté du vestiaire des infirmières, vous y verrez les tableaux d’affichage des syndicats, lisez les c’est plus que significatif. Et en disant cela je ne fait pas l’éloge des cliniques privées qui souvent trop petites, bridées financièrement par l’administration ( une appendicectomie réalisée à l’hôpital est payée beaucoup plus à celui-ci que si elle était réalisée dans une clinique privée) ont des plateaux techniques trop réduits (certaines n’ont mêmes pas de labo d’analyse sanguine dans leurs murs et sollicitent des biologistes de ville pour faire le travail ce qui allonge fortement les délais de diagnostic).

    La seule qui vaille : n’ayez pas la mauvaise idée de tomber malade !

  3. Richard, les moutons ont peur du loup, mais c’est le berger qui les conduits à l’abbatoir . La plupart des français ne veulent ou ne savent pas se projeter, une bonne partie ne sait ni gérer ni compter et ne veut pas apprendre, il préfère remettre leur déstinée au hasard de la république, ne savent pas ce que signifie être français et ne veulent plus ou pas être français libre.

  4. Heu ….
    En bon français, cela s’appelle une faute professionnelle !
    L’hôpital est responsable y compris de l’incompétence ou de l’insuffisance de formation de ses employés !

    1. “L’hôpital est responsable y compris de l’incompétence ou de l’insuffisance de formation de ses employés !”

      En théorie du droit oui sans aucun doute Monsieur Philos, mais en pratique cela s’appelle une plainte auprès du procureur qui sera classée sans suite selon la formule consacrée : “carence du plaignant, infraction insuffisamment caractérisée”, puis un avocat plus que couteux (vous en savez quelque chose) et la saisie du doyen des juges d’instruction avec une consignation de 5000 euros minimum (avec le déshabillage du patrimoine privé à la clef, déclarations des revenus, des comptes bancaires et de leurs montants, des divers biens immobiliers…) sans compter une maladie qui court toujours ou bien des séquelles qui absorbent une grosse part d’énergie et de volonté et tout ça au final au bout de 15 ans pour un résultat bien souvent ridicule car les médecins hospitaliers bénéficient du principe juridique de l’irresponsabilité collective propre aux fonctionnaires : la fameuse faute de service qui fait qu’il n’y a pas de coupable.

      1. L’hôpital étant un établissement public, la compétence juridictionnelle ressort du Tribunal administratif ; ce qui est encore pire que ce que vous décrivez !
        Pour le reste, vos observations, y compris sur le secteur public/privé au sein de l’hôpital et les délais sont tout à fait exactes.
        Pour le problème de l’irresponsabilité, c’est un peu plus subtil.
        Si le chirurgien oublie une compresse avant de refermer, c’est une faute professionnelle mais bien souvent les médecins ne sont astreints qu’à une obligation de moyen (ce qu’on appelle faire face à l’aléa thérapeutique) et non de résultat. Cela veut dire que s’il démontre qu’il a accompli des diligences normales mais qu’il a fait une erreur de diagnostic il ne sera pas responsable …
        Beaucoup d’erreurs médicales sont camouflées derrière cet aléa …

        1. Comme vous dites si bien, impossible d’incriminer au pénal un médecin hospitalier sans démontrer la faute lourde et individuelle et pour démontrer cette faute lourde et individuelle, il faut avoir accès au dossier médical qui est en France (et contrairement à d’autres pays comme les Etats-Unis) la propriété de fait des médecins et non des malades. (Amusez-vous bien avec la CNIL et le tribunal administratif pour obtenir au bout de 2 – 3 ans un dossier qui aura été expurgé de tous ses éléments compromettants.)

          Ensuite vient la question de l’âge du malade et la médiatisation de l’affaire.

          A erreur identique une plainte déposée contre un médecin concernant un jeune enfant aura plus de chances d’être reçue favorablement par le parquet que pour un vieillard (et c’est exactement l’inverse pour la chute occasionnée par un sol glissant dans un supermarché : l’enfant en bas âge glisse sur un légume à moitié décomposé, il pleure, ses genoux saignent, sa mère le relève, le console et cela s’arrête là ; mamie subit la même chute dans les mêmes circonstances, fracture du col du fémur, article dans le journal local, le supermarché se retrouve coupable de négligence et du mauvais état de sa cliente, avocats, procès et indemnités).

          Il faut aussi ajouter les sujets à la mode : le pédiatre pédophile, très bonne affaire pour l’avancement du procureur ; le gynécologue violeur, le milieu féministe et Trissotin l’avocat pénaliste bondiront sur l’affaire ; mais l’incapacité du docteur Diafoirus à soigner la gravelle de Monsieur Jourdain ou la colique néphrétique de Monsieur Dumas (c’est la même chose) pourtant significative de l’état de délabrement du service public hospitalier, cela tout le monde s’en fout et il faut même que cela soit étouffé car sinon le bon peuple finirait par comprendre que la Sécu lui coûte horriblement cher pour de mauvais résultats.

          Hormis le pénal, reste donc le plein contentieux devant le tribunal administratif pour faute collective de service avec le résultat probable qu’ici nous savons tous.

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