Le destin fragile des puissants

Nous allons évoquer aujourd’hui la situation de ces personnages publics qui sont des notables, protégés par leurs réseaux et qui trébuchent ou même chutent en raison de leurs agissements sexuels.

O Duhamel, politologue et professeur à Science-Po, P Poivre d’Arvor ex présentateur vedette de la télé, G Matzneff l’écrivain, D Strauss-Kahn le politicien, la liste des personnages publics épinglés pour leurs comportements sexuels déviants ou prédateurs ne cesse de s’allonger.

La dernier en date est bien entendu N Hulot, le personnage public préféré des français, le pape de l’écologie et grand hypocrite devant l’éternel qui, à bord de son hélicoptère, prônait le respect de la nature tout en étant possesseur de 7 ou 8 voitures (thermiques) et d’un gros bateau gonflable avec deux moteurs hors-bord de 200 cv ; l’adepte du « faites ce que je dis pas ce que je fais » mais néanmoins très sollicité par les hommes politiques désirant profiter à bon compte de sa popularité (n’a-t-il pas été ministre de l’écologie de E Macron dans ce but ?).

Et il y en a d’autres, tels que H Weinstein et J Epstein, dont on sait que les faits sont avérés et tant d’autres … à propos desquels courent des bruits.

Et comme d’habitude, on découvre que l’entourage était toujours au courant de leurs écarts de comportement mais … n’a rien fait pour les empêcher.

C’est évidemment un problème délicat à aborder car c’est un sujet clivant à propos duquel on est vite taxé de faire le procès d’une personne présumée innocente ; et ce d’autant plus qu’il y a souvent un décalage de plusieurs années, voire dizaines d’années, entre la commission des faits et leur révélation.

La question récurrente qui revient sans cesse est : mais pourquoi ces femmes ont-elles attendu aussi longtemps pour révéler les faits et avec le sous-entendu qu’elles étaient en fait d’accord au départ mais qu’elles ont changé d’avis !

Il est néanmoins fascinant de voir comment N Hulot s’est immédiatement victimisé face aux révélations auxquelles il savait qu’il allait devoir faire face. Il n’a eu en fait qu’une réaction égocentrique et narcissique en déclarant que celles-ci allaient faire du mal à sa famille et porter atteinte à sa réputation !?!

Mais pensait-il à sa famille lorsqu’il agressait ces femmes ?

L’argument habituel de la prescription

Son avocate, qui est immédiatement entrée en scène, a eu la part belle de dénoncer un « lynchage médiatique » ainsi qu’une enquête à charge de la part de l’émission Envoyé Spécial ; tout en revendiquant ouvertement qu’il n’y aura pas de procès et donc pas de condamnation en raison de la prescription.

Se retrancher immédiatement derrière la prescription, sans contester les faits, pourrait être considéré comme une forme maladroite d’aveu bien qu’il s’agisse avant tout d’un réflexe professionnel. En droit français, devant un tribunal, on doit d’abord contester la procédure avant de plaider sur le fond d’une affaire.

Néanmoins, Me Jacqueline Laffont, qui n’a pas eu un mot pour ces femmes, n’a même pas pris la peine de contester les faits ; elle a seulement fait valoir qu’ils sont prescrits c’est à dire que son client n’encourt aucune poursuite parce que les faits sont trop anciens pour être poursuivis !

Ce qui lui a permis ensuite de s’insurger immédiatement et d’affirmer : « Est-ce qu’on a le droit de détruire un homme que la loi interdit de juger ? » et de faire passer son client, par une inversion des situations habituelle dans les prétoires, pour la victime des agissements de ces femmes mais sans jamais vouloir évoquer la question de leur réalité.

Cette déclaration doit être prise pour ce qu’elle est : un véritable un doigt d’honneur fait aux femmes qui se disent victimes et qui ont eu la faiblesse ou la crainte de ne pas venir se plaindre en temps utile.

Rappelons que le délai de prescription est la période au-delà de laquelle l’auteur d’une infraction pénale ne peut plus être poursuivi, c’est-à-dire jugé par un tribunal.

La prescription empêche le jugement judiciaire dans la mesure où la loi prévoit que certains faits trop anciens ne peuvent plus faire l’objet de poursuites. On ne statue pas au fond mais cela ne veut pas dire que les faits évoqués n’existent pas et il est d’ailleurs arrivé que des enquêtes affirment à la fois la réalité des faits et l’impossibilité d’engager des poursuites !

Il faut savoir que cette prescription n’existe pas partout. Aux Etats Unis, dans certains Etats, et notamment en Californie, il n’y a pas de prescription en matière de viol. Les viols sont imprescriptibles et vous pouvez donc être poursuivi 50 ans après les faits …

Car, en fait, à bien y regarder, la prescription, au lieu d’être une méthode, éventuellement contestable, de gestion de la justice, constitue une sorte de faveur faite à l’auteur des faits en raison de leur trop grande ancienneté.

Une explication à ces délais ?

Il faut imaginer la situation d’une jeune fille de 16 ans qui doit surmonter sa honte et sa faiblesse pour aller raconter à des hommes (policiers) au comportement parfois « très limite » l’épreuve de son ultime humiliation. Il faut savoir qu’il n’y a que depuis quelques années que l’on fait des efforts pour que les plaintes soient enregistrées par des policiers femmes supposées agir avec plus de délicatesse.

Il n’y a pas si longtemps, la chose était souvent prise, au moins officiellement, à la rigolade ; ce qu’on a appelé fort commodément la gaudriole bien française … même si la victime ne l’a pas vraiment appréciée. D’ailleurs, beaucoup de nos présidents ont eu des vies sexuelles bien fournies, que ce soit Mitterrand, Giscard, Chirac, ou même Hollande, le spécialiste du scooter nocturne.

Il fut une époque où le viol n’était qu’un délit (coups et blessures) et n’était que peu ou pas réprimé parce qu’on partait du présupposé qu’une femme qui se faisait violer l’avait en fait souvent bien cherché …

C’était une vision purement masculine de la justice faite pour les hommes dans une société pleine de préjugés. Un homme avec de « nombreuses conquêtes féminines » était un grand séducteur et une femme aux nombreux amants une trainée voire … pire.

La question qui se pose évidemment est celle-ci : face à la dénégation de l’intéressé, les faits se sont-ils produits ?

Lorsqu’il n’y a qu’une seule plaignante, le doute peut être permis, comme on dit c’est la parole de deux personnes qui s’opposent. Mais lorsqu’on dépasse les six pour N Hulot, ou les 30 pour P Poivre d’Arvor, il y a lieu de se poser légitimement des questions même si le doute doit profiter à l’accusé. Il est donc légitime qu’il soit procédé à une enquête dont N Hulot, dûment conseillé, a dû admettre qu’il ne pourrait pas y échapper.

Et d’autres femmes connues parlent à leur tour

Seulement, il ne faut pas non plus que le doute devienne une forme d’échappatoire aux responsabilités des auteurs de ces faits et, d’ailleurs, si l’on fait le tour des derniers scandales portant sur ce type d’agissements, combien se sont avérés faux et la dénonciation calomnieuse ?

Aucun, que je sache et d’ailleurs, dans l’affaire Hulot, le Parquet a déclenché une enquête préliminaire ; ce qui prouve qu’il prend au sérieux les déclarations des accusatrices. Et, il ne peut pas en être autrement à partir du moment où l’on se pose la question ; sauf à rejeter d’emblée les témoignages des femmes qui se prétendent victimes …

En fait, on s’aperçoit que le temps joue toujours en faveur du prédateur même s’il sait qu’il ne pourra éviter la condamnation médiatique et populaire !

N Hulot a donc en fait essayé de se défiler en estimant qu’il serait condamné d’avance ; ce en quoi il n’aura pas forcément tort. Car, si la condamnation judiciaire n’est plus possible, la condamnation médiatique ou populaire, quoique moins grave qu’une condamnation judiciaire, reste possible.

De quoi est-ce le signe ?

C’est en fait l’histoire d’hommes tout à fait ordinaires mis en situation de pouvoir et qui profitent de ce statut pour devenir des prédateurs en raison d’une quasi-certitude de l’impunité ; surtout lorsque leurs premiers agissements déviants n’entrainent aucune sanction (les victimes n’osent rien dire). Le silence des victimes constitue presque un encouragement à continuer dans la même voie.

Le vertige du pouvoir contre balance la peur du gendarme car il faut être conscient que nos comportements sociaux sont largement dictés par la peur des sanctions.

Et ce comportement devient spécialement odieux lorsque ces personnages profitent de leur statut pour pontifier et moraliser tout en se permettant, dans un cadre privé, des comportements déviants moralement, socialement et pénalement condamnables … et on peut aisément imaginer qu’il leur est très désagréable de passer subitement du statut de notable, voire d’icône populaire, à celui de salopard !

Plus dure est la chute !

C’est l’occasion de se souvenir de la déclaration si souvent confirmée de Lord Acton : « le pouvoir corrompt, le pouvoir absolu corrompt absolument » car il faut savoir que l’agression sexuelle et le viol sont des avatars du pouvoir depuis les temps les plus anciens.

Les puissants, surs de leur impunité, se servaient … et c’est seulement à partir du moment où a été mis en place un Etat de droit, avec des règles juridiques et judiciaires s’appliquant, en principe, à tous sans exception, que ces agissements ont pu être sanctionnés.

Les objections traditionnelles

Certes, on peut toujours objecter deux types d’arguments qui ne manquent pas d’ailleurs d’être utilisés par les auteurs de ces faits :

-Ces femmes seraient motivées par l’appât du gain et se livreraient au chantage judiciaire,

-Il s’agirait de femmes qui recherchent la compagnie d’hommes puissants leur permettant de bénéficier d’un statut social (la fameuse promotion canapé) et qui exerceraient une vengeance a posteriori du fait de l’impossibilité d’arriver à leurs fins.

Il est toujours difficile de répondre à ce type de question et il est arrivé que la réputation d’hommes honnêtes se soit trouvée détruite à la suite de fausses accusations.

Néanmoins, en ce qui concerne N Hulot, on ne peut pas dire que ces femmes agissent pour de l’argent puisque, les faits étant prescrits, il n’y aura ni action civile ni action pénale. C’est donc sans bénéfice pour elles autre que celui de révéler la véritable nature d’un personnage public très populaire et qui, peut-être, ne méritait pas cette popularité !

On parle de libération de la parole, mais, en fait, c’est surtout le problème de s’attaquer à des hommes connus, encensés, à des notables dont la parole vaut finalement plus que celle de leurs victimes ; car, ce n’est un secret pour personne : les hommes publics sont protégés par leur notoriété et par leurs réseaux et … pas seulement en matière sexuelle.

Voit-on venir un nouveau statut des puissants et des notables ?

Avant, les victimes subissaient et se taisaient, et les puissants s’en tiraient à bon compte …

Désormais, grâce aux réseaux, à internet et au courage des victimes, celles-ci parlent, et les notables glissent de leur statut d’icône à celui de vilain prédateur.

Et, signe des temps, leurs anciens amis se gardent même de prendre leur défense …

Il faut espérer que cela puisse en faire réfléchir quelques-uns ; même si, évidemment, on ne doit pas tomber dans certains excès ridicules tels que le fait, aux Etats Unis, pour un homme, de ne jamais se retrouver seul dans un ascenseur avec une femme pour ne pas encourir de poursuites pour harcèlement ou agression.

Nos sociétés versatiles déboulonnent désormais facilement les icônes et si l’on peut échapper aux poursuites judiciaires, du fait de la loi, il est désormais plus difficile d’échapper au lynchage médiatique et il n’est pas sûr qu’à la fin cela ne fasse pas autant de dégâts !

Les puissants en seront-ils conscients et sauront-ils réfréner leurs pulsions ?

Bien cordialement à tous !

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A propos Dominique Philos

Navigateur, né en 1958, après un DEA de droit commercial de l’université de Paris I Panthéon-Sorbonne, je suis devenu Conseil Juridique, spécialisé en droit des affaires et fiscalité. L'Etat ayant décidé l'absorption des Conseils juridiques par les avocats, j'ai poursuivi mon activité en tant qu'avocat jusqu'à ce que je sois excédé par les difficultés mises à l'exercice de mon activité professionnelle. J'ai démissionné du Barreau en 1998 et partage désormais ma vie entre la France et la Grèce. Européen convaincu, je suis persuadé que le libéralisme est la seule option possible en matière économique.

2 réflexions sur « Le destin fragile des puissants »

  1. Qui s’indigne vraiment sur la justice française ? #EtatsGenerauxDeLaJustice

    1) Un Monsieur qui nous a quitté bien trop tôt dénonce a des journalistes la corruption au sein des services de justice …….. Veritas Thesaurus est ! La vérité est un trésor, La Société française est devenue si malhonnête que la vérité offense réellement les citoyens mais pas la presse . car Le vrai désordre en France c’est la justice, Mais qui s’indigne ?= Cliquez ici pour écouter la suite = https://www.facebook.com/jean.debien.925/videos/527900844046731

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