Le charisme : vous en reprendrez bien une louche …

Certains ont du charisme. Cela veut dire que lorsqu’ils parlent, on les croit, ils entrainent les autres. Une petite précision, on les croit parce qu’ils ont du charisme, pas parce qu’ils disent des choses intéressantes. La nuance est de taille.

En gros, ce sont ceux qui parlent fort, qui se mettent en avant, qui vous tapent sympathiquement dans le dos en vous prenant le bras, qui articulent bien, qui sont chics, qui sont soit grands et calmes soit petits mais hyperactifs, qui sont cultivés, qui sont de bons orateurs, qui ont une mémoire puissante, qui ne doutent pas, dont on dit qu’ils ont du charisme.

La liste me terrorise, elle n’est pas exhaustive, mais déjà elle inclut bien des signes d’une suffisance pour le moins gênante, d’un risque réel de bêtise.

Ma passion est le doute, ma quête la vérité, ma fierté l’intégrité, ma coquetterie l’imagination. Que des défauts qui interdisent l’accès au charisme. Vous l’avez compris, je n’ai aucun charisme.

En conséquence, ai-je le droit d’en parler ? Ne vais-je pas passer pour un vilain jaloux qui critique ce qui ne lui est pas accessible ? Tant pis, je m’en fou.

Le charisme m’emmerde, et je le trouve dangereux. Je suis très inquiet quand la foule, face à des problèmes qu’elle a la plupart du temps engendrés elle-même, cherche à en sortir en se dotant d’un chef qui aurait du charisme. Là, je crains le pire.

Le charisme exclut le doute, or sans lui impossible de gérer l’imagination. Conclusion, la plus part des hommes charismatiques n’ont aucune imagination. Cela en fait des voleurs d’idées. Comment, en effet, entrainer les autres sans un projet passionnant, et comment imaginer un projet passionnant sans imagination ? Mon métier m’a souvent mis au contact d’hommes charismatiques, et effectivement ce sont des pilleurs.

Ceci entrainant cela, ils sont méfiants et agressifs. Les voleurs craignent particulièrement leurs confrères, beaucoup plus que ne s’en méfient les gens ordinaires. Le leader charismatique est agressif et sans pitié, il s’arc-boute sur ce qu’il s’est approprié.

Son charisme est sa raison d’être, il est prêt à tout pour ne pas être pris en défaut, il doit toujours avoir raison, ne pas se tromper.

Or que vaut l’homme qui ne peut pas faire face à ses erreurs, qu’elle est sa marge de progrès, son humanité ?

Tout cela pourrait être pardonné si le charisme permettait de réaliser de grandes choses qui sans lui ne verraient pas le jour. Or, c’est tout le contraire qui se passe. Le leader charismatique va évidemment pousser un ou plusieurs projets qu’il se sera approprié, mais il sera sans pitié pour les autres qu’il tuera dans l’œuf pour qu’aucune ombre ne vienne obscurcir son charisme, son image.

Je vous laisse le soin de plonger dans vos livres d’histoire ancienne ou récente pour vérifier mes affirmations.

Qu’a-t-on à faire d’un leader charismatique fatalement voleur, cynique, totalitaire : rien ? Mais là n’est pas la question, nous le suivons quoiqu’il arrive. Ou, du moins, la majorité le suit. Et, que faire contre la majorité ?

Avouons-le, nous sommes tous attirés par les hommes charismatiques, c’est ici que se situe le problème. Plus particulièrement lorsque, en plus, ils ont pris le pouvoir.

Sachez-le, le charisme est une force si totale, si imparable, implacable, liée à notre fonctionnement grégaire, que la seule parade est l’exclusion volontaire.

Celui qui ne veut pas subir l’incontournable bêtise du charisme est obligé de se retirer du groupe. Il n’existe pas d’autre solution, depuis la nuit des temps.

Les louables efforts que les philosophes ont produits à travers les siècles, qui se sont répandus pour finir en lois d’organisation avec pour objectif de placer l’intelligence et l’imagination au pouvoir, sont constamment mis en échec par le charisme de ceux que, finalement, nous portons au pouvoir.

Il faut admettre que la démocratie est une formidable machine à projeter le charisme sur le devant de la scène. Tout particulièrement aujourd’hui où l’électeur n’a plus de contact direct avec celui pour qui il vote. C’est en effet au charisme qu’il donnera sa voix à l’issue d’une campagne de communication, voire de propagande, où cette seule dimension est apparente.

Nous devons sortir de cette spirale.

Mais comment faire pour que la majorité ne soit pas sottement séduite par des prétendants charismatiques, dont la seule raison d’être est la prise du pouvoir ?

Le charisme a deux ennemis : le temps et la proximité.

Il faut donc remodeler le fonctionnement de notre démocratie pour que ces deux antidotes puissent avoir raison des dérives générées par le charisme.

La réponse est une démocratie directe pour des élus assignés sur place et une démocratie indirecte pour les élus éloignés de la base. L’ensemble accompagné d’une démocratie participative intense et constante.

Si nous ne voulons pas aller de désillusions en désillusions, otages de ces élus charismatiques qui nous divisent, nous déçoivent et finalement nous gâchent le plaisir de vivre ensemble, nous devons appeler de tous nos vœux une modification de notre système de représentativité.

 

Bien cordialement. H. Dumas

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A propos Henri Dumas

Je suis né le 2 Août 1944. Autant dire que je ne suis pas un gamin, je ne suis porteur d'aucun conseil, d'aucune directive, votre vie vous appartient je ne me risquerai pas à en franchir le seuil. Par contre, à ceux qui pensent que l'expérience des ainés, donc leur vision de la vie et de son déroulement, peut être un apport, je garantis que ce qu'ils peuvent lire de ma plume est sincère, désintéressé, et porté par une expérience multiple à tous les niveaux de notre société. Amicalement à vous. H. Dumas

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