Ces grèves qui durent dans les transports ont un cout énorme dont on ne parle pas vraiment.
Un pays est en pleine déliquescence
Bien sûr, la SNCF n’a pas manqué de communiquer sur son « manque à gagner » qui serait de l’ordre de 600 millions € (20 millions € par jour). Pour la RATP ce serait une centaine de millions €. On a aussi évoqué l’hôtellerie qui perdrait 1 milliard € de chiffre d’affaires.
Sauf que … la SNCF et la RATP compenseront leurs pertes avec les subventions étatiques alors que ce sera une perte nette pour les hôteliers et restaurateurs qui sont des entreprises privées et qui devront probablement tirer les conséquences de la chute de fréquentation au niveau des investissements, de l’emploi ou même carrément de la survie de l’entreprise si celle-ci a été trop fragilisée. Car pour certains établissements, on parle d’une chute de chiffre d’affaires entre 60 et 90% !
Par contre, aucun chiffrage n’est sorti à propos du cout, forcément énorme, pour tous ces franciliens qui sont obligés d’utiliser des moyens de transport de substitution et notamment la voiture ou le deux roues pour aller travailler. Pour certains trajets longue distance, cela relève carrément du parcours du combattant avec l’utilisation, pour un même trajet, de taxi, bus, blablacar, train, avion …
On ne parle pas non plus du coût des accidents de la route parce que des gens vont perdre la vie ou être handicapés en allant travailler en utilisant des moyens de transports alternatifs au lieu des transports en commun.
Même les écolos marxistes anticapitalistes, d’habitude si prompts à dénoncer les méfaits de l’automobile, surtout si c’est un diesel, gardent pieusement le silence à propos du cout écologique de ces déplacements contraints en voiture ; ce qui confirme qu’ils ont bien une conception idéologique de l’écologie !
En outre, il y a toujours des mouvements de grève dans l’audiovisuel public (radio France) et dans les universités.
Evidemment, certains tirent les marrons du feu de la situation. Il s’agit notamment des autocars, des VTC et des lignes aériennes intérieures. Finalement, seuls ceux qui peuvent utiliser le télétravail s’épargnent des déplacements compliqués.
Une réforme des retraites qui s’enlise
Certains profiteurs du système par répartition brandissent le spectre mortel de la retraite par capitalisation alors qu’elle est impossible en France, en l’état actuel à la fois de la législation qui l’interdit (sauf pour les fonctionnaires) et de la structure de fonctionnement de l’Etat puisque celui-ci contrôle et draine tous les flux financiers pour boucher un abime budgétaire qui ne cesse de se creuser avec une dette accumulée de 2.415 md€ !
Il faut en effet connaître le mode de fonctionnement du système pour comprendre pourquoi il est impossible d’en changer ; malgré les affirmations de certains syndicalistes et partis politiques affirmant qu’E Macron voudrait favoriser la capitalisation et plus particulièrement un gestionnaire américain tel que BlackRock.
Actuellement, les banques et les compagnies d’assurance-vie (qui cumulent 1.600 mds € de placements – le contrat d’assurance-vie est le placement préféré des français) utilisent leur trésorerie disponible provenant de leurs clients (c’est à dire vous) pour souscrire aux émissions obligataires (emprunts) de l’Etat (OAT) à taux zéro.
Avec cet argent, l’Etat paie les retraites et pensions des gens qui, à leur tour, investissement dans les compagnies d’assurance vie et les banques via les contrats d’assurance vie et les produits de placement bancaires qui le reprêtent à l’Etat !
Ainsi donc, la boucle est bouclée et l’argent tourne en rond en ne sortant pas du circuit étatique.
Or, il faut donc être conscient que l’adoption de la capitalisation provoquerait un assèchement des finances publiques puisque cet argent irait se placer notamment en bourse par le biais d’achats d’actions cotées de sociétés … privées.
Pris dans la spirale de ses structures irréformables et de ses dettes, l’Etat se verrait alors dans l’obligation d’adopter des mesures impopulaires de répression financière à seule fin de faire face à ses engagements ; alors que pour l’instant, ces mesures sont pratiquées aujourd’hui mais de façon beaucoup moins voyante.
Seulement, ce que l’on ne voit pas pour l’instant c’est qu’entre des placements à taux zéro, le refus de la capitalisation, une croissance économique pratiquement nulle, une retraite par répartition extrêmement couteuse qui ne rapporte rien et dont on sait que les couts vont littéralement s’envoler dans les prochaines années du fait du vieillissement de la population, nous nous dirigeons vers un alourdissement de la fiscalité et par conséquent un appauvrissement généralisé de la population !
Le COR (conseil d’orientation des retraites) s’attend d’ailleurs à un déficit entre 8 et 17 mds € à l’horizon 2025 et mon petit doigt me dit que ce sera très certainement beaucoup plus proche de 17 que de 8 !
Je vous rappelle que les variables d’ajustement du système par répartition des retraites sont :
- l’augmentation des cotisations,
- l’augmentation de la durée de cotisation (recul de l’âge de départ en retraite),
- la diminution des pensions,
avec la faculté de les jumeler.
Pour contourner le refus prévisible des partenaires sociaux de toucher à ces variables alors que l’on sait depuis longtemps que la répartition va rencontrer de graves problèmes de solvabilité, le gouvernement avait cru avoir trouvé une double astuce qui n’est toutefois pas passée inaperçue :
- La fusion de tous les régimes en un seul pour pouvoir mettre la main sur les réserves des régimes privés afin de financer les dettes des régimes du public et gagner quelques années. Cette manœuvre a été vite éventée puisqu’elle a entrainé un refus immédiat des régimes privés excédentaires (dont celui des avocats) qui ont compris qu’ils allaient devoir cotiser deux fois plus pour toucher … deux fois moins !
- la monétisation de la retraite par le biais d’une valorisation par points. Cette manœuvre est plus subtile car elle permettait au gouvernement d’affirmer qu’on ne touchera à rien … en omettant bien d’indiquer que la variable d’ajustement serait la valeur du point. Cela signifie que, comme pour la monnaie qui se dévalue par le biais de l’inflation, le point se dévaluera et qu’il vous faudra toujours plus de points, donc travailler plus et plus longtemps, pour avoir le même niveau de pension. Le système par points revient donc à augmenter à la fois la durée et le montant des cotisations ; étant entendu que celui qui ne voudra pas le faire sera confronté à une diminution de sa pension de retraite car vos retraites ou futures pensions maigriront au gré de la dégradation des finances publiques et comme celles-ci sont en dégradation constante …on ne se situe pas dans l’éventuel ou le possible mais bien dans la certitude !
C’est donc un marché de dupes qui a été proposé par le gouvernement et pourtant, curieusement, l’essentiel de la contestation ne semble pas porter sur ce dernier point !
La contestation pour … la contestation ?
En fait, le gouvernement a commis une faute inexcusable en sous estimant très largement ses interlocuteurs ; y compris les syndicats réformistes tels que la CFDT pourtant beaucoup plus conciliants que SUD et la CGT.
Il semblerait en effet qu’après deux années de pré négociations au cours desquelles un certain nombre de bases communes avaient été négociées entre les parties, les syndicats aient eu la surprise de constater que le gouvernement arrivait avec son projet totalement ficelé avec manifestement l’intention de l’imposer tel quel !
Il se trouve désormais pris au piège d’un front du refus et d’une radicalisation de toute une partie de la population qui ne veut pas entendre d’autre discours que celui du maintien pur et simple de leurs avantages ; ce que l’on appelle dans certains milieux des acquis sociaux !
Acquis sociaux obtenus, il faut le rappeler, au détriment des autres cotisants qui ne bénéficient bien évidemment pas des mêmes avantages tout en en assumant la charge !
Car le point dur de la résistance a lieu au niveau essentiellement de la SNCF et de la RATP qui ont à cœur de venger l’échec de la « réforme » du statut de la SNCF de 2018 et une majorité de français semble soutenir la grève sans vraiment savoir pourquoi ; par esprit frondeur et contestataire… mais aussi en raison d’une détestation du pouvoir technocratique représenté par le gouvernement !
Il semblerait qu’on soit passé de la négociation à l’affrontement à haute valeur symbolique.
Quelqu’un devra céder … car, clairement, nous ne sommes plus dans la revendication syndicale mais dans l’affrontement politique pur et simple. Nous assistons à une véritable guerre entre le gouvernement et des opposants (CGT et LFI en particulier) situés dans une opposition frontale, qui ne reconnaissent aucune légitimité au gouvernement et qui cherchent à étendre en outre le conflit avec le secret espoir de faire tomber le régime !
Un gouvernement qui perd ses certitudes
Or, certains faits ne trompent pas …
E Macron est devenu totalement muet, sauf lors de ses vœux parce qu’il n’avait pas d’échappatoire à cet exercice contraint, alors qu’on ne voyait que lui au moment des gilets jaunes et du désormais fameux Grand Débat qui … n’a servi strictement à rien.
Il laisse E Philippe, son premier ministre, le soin d’assumer les responsabilités officielles en ne faisant d’ailleurs que mettre en application la lettre de la Vème république qui ne prévoit l’existence d’un premier ministre que pour servir de fusible protecteur pour le président !
Seulement, E Philippe délègue désormais à son tour la tâche à sa ministre du travail, Madame Pénicaud, parce qu’il ne veut plus prendre de coups et parce qu’il estime que tout cela va finir par nuire à son avenir ….
E Philippe ne se sent finalement pas une vocation de martyr !
Or, quand les seconds couteaux commencent à devoir gérer les conséquences des décisions prises par d’autres et colmater les brèches, c’est qu’indubitablement le pouvoir commence à perdre pied.
Le pire, dans cette histoire, est que personne ne semble savoir combien cette « plaisanterie » va couter car, à un moment ou à un autre, il va falloir que le gouvernement lâche du lest … comme il l’a toujours fait jusqu’à présent !
Après des déclarations fluctuantes à propos de cette réforme, le gouvernement annonce d’ailleurs que l’âge pivot de départ en retraite (64 ans) est négociable … en attendant « mieux » !
En outre, le système des retraites sera universel sauf pour les policiers, les militaires et gendarmes, les rats de l’opéra, les marins, les journalistes, les cheminots, les électriciens, les députés, les sénateurs, les anciens ministres, en attendant mieux …
Et, pendant que le gouvernement insiste pour imposer cette réforme trop bien calculée pour être honnête et devenue impopulaire, il est totalement défaillant en ce qui concerne sa mission de protection des biens … hormis son souci d’appliquer une omerta stricte à propos de scènes de guérilla urbaine (Visionnez la vidéo, c’est sans appel !) et de l’incendie festif de centaines de voitures, entre Noel et le jour de l’an (bien souvent au détriment de gens de condition modeste qui vont se retrouver en grande difficulté simplement pour aller au travail).
En conclusion :
Nous avons un pays perclus de dettes, incapable de s’adapter à des contingences modernes de gestion alors qu’il est assailli par des grèves qui concernent exclusivement le secteur public, dont les services publics aux effectifs pléthoriques ne fonctionnent pas, dont les entreprises publiques survivent à coup de subventions, avec une administration omniprésente aux couts de fonctionnement prohibitifs entrainant à la fois une pression fiscale intolérable et des prélèvements sociaux trop lourds.
Ce, à quoi vous assistez, en dépit des vœux d’E Macron appelant à toujours plus d’Etat et de collectivisme rebadgé pour la circonstance « solidarité », c’est à l’échec du système de gestion fonctionnarisée, bureaucratique, technocratique et non consensuelle d’un Etat dont toute une partie fonctionne dans le cadre d’une économie artificielle et complètement subventionnée !
Un jour il faudra en bien tirer les conséquences et en sortir, de gré ou de force.
Bien cordialement à tous !
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