Tout le monde ne peut pas s’habiller en Prada !

Depuis le 1er septembre, un nouveau « malus » frappe en France chaque produit issu de la mode éphémère à prix cassés provenant des plateformes Shein, Temu ou AliExpress. C’est la conséquence d’une nouvelle loi anti fast-fashion adoptée cet été, et cette surtaxe pourrait atteindre jusqu’à 19,50 € par article d’ici 2030.

A ces mesures, il est prévu d’ajouter une interdiction de publicité pour le début de l’année 2027.

On se souvient qu’un premier texte avait fixé une taxe à l’importation de 5€ dont le but était clairement protectionniste. Ce dispositif, purement français, avait été facilement contourné par les plateformes chinoises de fast-fashion qui avaient déménagé de Roissy pour aller en … Belgique et éviter la majoration tarifaire puisque les produits ne provenaient plus de Chine mais de Belgique !

Le constat est que les chinois savent s’adapter très rapidement aux barrières douanières pour les contourner !

Ce nouveau système mis en place est-il justifié et efficace ?

Un nouveau système douanier compliqué :

Dans le détail, la pénalité, appelée malus, s’applique aux produits visés selon un calcul qui dépend d’un score qui résulte, lui, d’une équation entre les volumes de vêtements mis sur le marché par l’entreprise et l’incitation à la réparation avec application d’un coefficient. Ce sera 0,50 € de pénalité pour chaque caleçon dont le score est inférieur au seuil établi. Pour un tee-shirt, ce sera 2€ pour un jean neuf et pour une veste 12€. Le malus prévoit un plafonnement à 50 % du prix hors taxe, qui sera collecté par l’éco-organisme à but non lucratif Refashion, mandaté par l’État pour structurer la filière textile.

Ce n’est donc pas à proprement parlé une taxe ajoutée indistinctement à tous les vêtements, c’est une « éco-contribution ». Chaque vêtement aura ainsi un score, produit d’une équation entre les volumes de vêtements mis sur le marché par l’entreprise et l’incitation à la réparation.

Mais, pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué ?

En outre, il faut être conscient que le coefficient permet toutes les manipulations puisqu’il suffit de l’augmenter ou de le diminuer pour obtenir ou pas une taxation.

Mais c’est une habitude typiquement française ; ici doublée de fausses préoccupations qui n’ont pour but que de masquer les véritables objectifs de ce système … empêcher ces produits d’entrer en maquillant les droits de douane sous des oripeaux écologiques !

On peut penser aussi que ce système typiquement bureaucratique amènera au recrutement de nouveaux fonctionnaires ; ce dont on avait bien besoin … mais on sait que l’Etat ne fonctionne qu’en termes de recettes et jamais de couts !

Les arguments en faveur de la taxe :

-il faut protéger les emplois européens face à des systèmes qui ne s’embarrassent pas de nos normes sociales et qui peuvent même recourir au travail forcé. En effet, ces produits à bas cout exerceraient une concurrence déloyale vis-à-vis des marques européennes qui ont des magasins physiques, créent des emplois et payent les taxes et charges du commerce physique ; même si Zara et H&M, marques européennes, fabriquent, elles aussi, en … Chine !

-leur transport depuis la Chine engendre pollution et empreinte carbone puisque ces produits sont souvent transportés par avion,

Une réalité économique un peu différente :

Rappelons que l’industrie du vêtement en France, à part quelques marques dans des marchés de niche, souvent de luxe, a totalement disparu depuis 50 ans avec la chute de l’empire Boussac-St Frères !

Par ailleurs, compte tenu du cout du travail en France, il est absolument impossible d’y produire des produits concurrents dans la même gamme de prix !

Le but est évidemment transparent : Il s’agit de rendre ces produits trop chers pour être achetés et du coup de fermer la porte à ces importations qui nous coutent des devises alors que nous ne vendons pratiquement rien à la Chine hormis du cognac, du vin, des céréales et de la viande … c’est à dire des produits peu transformés à faible valeur ajoutée alors que nous leur achetons en masse télés, ordinateurs, téléphones, électro-ménager et désormais voitures électriques !

Le but est donc double :

-bloquer l’entrée de ces produits chinois qui dégradent notre balance des paiements de manière dramatique. Sur les 12 derniers mois, le solde de la balance commerciale entre la France et la Chine, est déficitaire de – 61,6Mds€.

-permettre à l’Etat d’encaisser des droits de douane et des recettes fiscales qui ne disent pas leur nom ; ce qui permet de penser que ces dispositifs protectionnistes se développeront à l’avenir …

La protection de l’emploi apparait donc en fait tout à fait relative … au moins en France !

Qui va payer ?

Fatalement, ces droits de douane seront répercutés sur les client(e)s qui paieront plus cher et, bien entendu, ce seront les français(es) les plus modestes qui seront les plus pénalisé(e)s pour s’habiller « à la mode » car ces règles impacteront surtout les classes sociales les plus modestes … qui sont celles qui achètent ce type de produits !

Car, les autres vont dans des boutiques où les produits sont … 100 fois plus chers ; produits en Europe … ou pas car, tout est finalement une question de niveau de vie et de pouvoir d’achat …

Toutefois, on peut se poser la question : Tous(tes) ces client(e)s de la fast-fashion ont-ils (elles) vraiment besoin d’acheter tous ces vêtements à usage unique, ou peu s’en faut, alors qu’il en résulte un gaspillage évident ?

Enfin, il ne faut surtout pas oublier que la Chine nous a bien servi pendant les 20 dernières années en nous permettant d’acheter à pas cher télés, ordinateurs, téléphones et tous autres produits …et de booster ainsi notre pouvoir d’achat avec des produits qui, s’ils avaient été produits en Europe, auraient couté jusqu’à 10 fois plus cher ; même si ce phénomène a aussi servi à masquer la lente dégradation de la situation économique de la France … qui a perdu l’essentiel de son industrie après qu’il ait été décrété par notre bureaucratie qu’elle ne servait à rien !

Il ne faut quand même ne pas être dupe face à ces arguments ; il s’agit bien de protectionnisme, déguisé certes, mais il faut aussi être conscient que les chinois, depuis leur entrée dans l’OMC (organisation mondiale du commerce) ne respectent que les règles du jeu qui les arrangent, et jouent sur leur capacité à inonder le monde de produits à bas cout pour contourner les règles qu’on leur impose voire même obtenir la levée de ces protections tarifaires … en pratiquant le chantage sur leurs propres importations !

Pour l’instant, ce système semble efficace car l’audience mensuelle de ces plateformes de e-commerce low-cost enregistre des baisses historiques sur un an : -36,4 % pour Temu, -42,3 % pour Shein, et -10,4 % pour AliExpress. La fréquentation journalière de Shein a été divisée par deux, chutant à 2,22 millions d’internautes uniques par jour (-53,2 %).

On attend désormais la réaction de ces plateformes … Vont-elles trouver la parade face à ce qu’on est quand même obligé de décrire comme un mécanisme de blocage d’un modèle économique !

Bien cordialement à tous !

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A propos Dominique Philos

Navigateur, né en 1958, diplomé de l’université de Paris I Panthéon-Sorbonne, je suis devenu Conseil Juridique, spécialisé en droit des affaires et fiscalité. L'Etat ayant décidé l'absorption des Conseils juridiques par les avocats, j'ai poursuivi mon activité en tant qu'avocat jusqu'à ce que je sois excédé par les difficultés mises à l'exercice de mon activité professionnelle. J'ai démissionné du Barreau en 1998 et partage ma vie entre la France et la Grèce. Pour moi, le libéralisme est la seule option possible en matière économique.

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