Lorsque Jacques Chirac a décidé de professionnaliser l’armée, la France a applaudi. « Plus question de perdre son temps à faire des corvées inutiles » a-t-on claironné dans les cours. « La guerre est une affaire de professionnels », a-t-on alors affirmé.
Trente ans plus tard, on ne compte plus les rappels à l’ordre de ceux qui voyaient dans l’armée une école du savoir vivre. Au nom du principe républicain d’égalité ou comme dernier recours à l’autorité avant l’effondrement d’un rêve, ils ne considèrent la défense nationale que comme accessoire à sa mission fondamentale d’éducation de la jeunesse.
Une étrange confusion dans la définition du rôle de l’armée.
Chirac ne connaissait pas les drones. Ils n’existaient pas. Ils sont aujourd’hui l’élément-clef de la défense de tout territoire.
Le mérite de Chirac est d’avoir anticipé l’art de la guerre. Lorsque le nombre suffisait à donner l’ascendant à l’armée d’un Etat belligérant, la conscription était nécessaire. Mais en substituant la technique à l’homme, le rapport de force a été inversé en faveur de la technique.
La Russie qui fait appel à des mercenaires de Corée du Nord comme chair à canons des combats en fait la preuve en Ukraine. Les drones permettent au plus petit de tenir tête au plus gros. Si bien que Trump, changeant une nouvelle fois son fusil d’épaule (si l’on peut dire) a fait de Zelinski son allié pour lui permettre de tenir tête à l’Iran.
L’armée a plus que jamais besoin de techniciens pour que le nucléaire continuer de jouer son rôle dissuasif.
C’est pourtant maintenant, sous couvert d’éducation populaire, que renaît de ses cendres un mouvement favorable à la conscription et que quelques candidats à la Présidentielle envisagent de faire revivre une armée d’appelés destinée à lutter contre les dérives d’une jeunesse incontrôlable.
L’armée serait donc brusquement devenue un modèle éducatif. Il faut une bonne dose de démagogie pour adopter une telle proposition.
L’armée est un modèle de discipline et d’ordre. C’est bien le minimum pour un organisme chargé de la défense contre l’ennemi.
Mais l’ordre et la discipline ne sont que les conséquences de l’objectif principal de défense. Dépourvue de cet objectif, l’armée n’a plus de raison d’être et ne demeurerait qu’un organe de sujétion.
Elle n’a jamais eu pour mission de suppléer à la carence éducative des familles.
La question qui se pose n’est pas de savoir si l’armée aura la capacité ou non de le faire.
La question, d’importance, est de savoir si l’on peut créer un organe public de substitution destiné à pallier les carences de l’éducation familiale.
La substitution du secteur public au secteur privé a signé la faillite de tous les systèmes qui l’ont pratiquée.
Il n’y a rien à attendre d’un tel projet plus ambitieux qui, de surcroît, remettrait en cause les libertés individuelles fondamentales.
L’armée n’est dans un tel projet que le recours illusoire d’individus désemparés incapables d’assumer leur manque d’autorité.
Ce projet est à la fois stupide et lâche.
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