Le véhicule électrique, solution au problème du prix du carburant ?

La presse spécialisée s’enthousiasme actuellement à propos du véhicule électrique, qui bat des records de ventes (42% des ventes en septembre), et nous explique qu’il faut sortir du « piège du thermique» avec un carburant qui tend vers les 3€ le litre.

Cela nous amène à nous demander si les subventions versées pour l’achat ou la location d’un véhicule électrique sont encore justifiées alors que l’Etat affronte une grande disette budgétaire !

Les effets néfastes d’une fiscalité excessive

En fait, cette dernière affirmation est fausse … l’Etat n’a jamais autant collecté d’impôts mais jamais il n’a aussi autant dépensé ; le plus souvent n’importe comment, ce qui explique beaucoup de choses tout en les relativisant !

Face au mécontentement populaire, le gouvernement lâche un peu de lest et se borne pour l’instant à distribuer des aides au carburant. Néanmoins, il ne faut pas oublier que les taxes sur le carburant dépassent 100% du prix hors taxes. La solution la plus simple serait donc de baisser les taxes. Seulement, le gouvernement nous dit que l’Etat n’en a pas les moyens, cela lui couterait trop cher ; comme si l’argent des taxes collectées sortait de sa poche !?!

En fait, la vraie raison pour laquelle l’Etat ne peut pas baisser les taxes exorbitantes sur le carburant, c’est qu’entre des dépenses excessives et des emprunts qui ne le sont pas moins, il n’a aucune marge budgétaire et se trouve donc totalement paralysé ; ce qui n’augure évidemment rien de bon pour la suite … dans un cadre plus général !

Cela signifie aussi que même la politique démagogique des chèques carburant entre en conflit avec la situation budgétaire …

Et cette situation s’aggrave en raison du fait que la population, face à des couts devenus exorbitants, réduit ses déplacements ; ce qui conduit à une réduction des recettes fiscales sur le carburant et aggrave encore la détresse budgétaire !

On se situe donc en plein dans ce qu’il est convenu d’appeler « l’effet Laffer ». Une fiscalité excessive provoque une diminution des recettes fiscales. Mettez le prix du carburant à 10€ le litre, plus personne ne roulera, et les recettes fiscales sur le carburant seront alors presque nulles !

Néanmoins, il faut relativiser le discours officiel, l’Etat ne perd pas d’argent, il collecte seulement moins de recettes fiscales. L’Etat ne fait pas de bénéfices ; il collecte plus ou moins d’impôts en fonction de la conjoncture !

Simplement, nos hauts fonctionnaires n’aiment pas que les recettes fiscales diminuent car cela réduit leur « pouvoir d’action » que je qualifierais plutôt de pouvoir de nuisance.

Des solutions miraculeuses

Alors bien sûr, il y a toujours des petits malins pour proposer des solutions miraculeuses qui n’ont qu’un défaut : elles sont irréalistes car extrêmement couteuses ; même si elles peuvent partir d’un bon sentiment !

Certains proposent la création d’un « pass navigo rural » ; c’est à dire un leasing social dédié aux ruraux pour leur permettre de louer une voiture électrique à 50€ par mois alors que la majorité d’entre-eux roulent encore en véhicule diesel. Les tenants du pass navigo rural ont en effet fait le constat que le leasing social, autre avatar des voitures gratuites, est assorti de critères d’éligibilité si verrouillés qu’une partie des actifs ruraux n’y ont pas droit.

Après le leasing social, le leasing rural ; mais pourquoi pas puisqu’il y a aussi le leasing social pour les pompes à chaleur (55.000 PAC sur 2 ans) financé lui avec les fameux CEE …. Alors pourquoi pas un leasing de plus ?

Et, forcément, à 50€ par mois, il n’y a même plus de mise de fonds, ni d’achat, c’est quasiment gratuit !

Le seul détail qui pique est que garantir un loyer de l’ordre de 50 € par mois pour un véhicule électrique comme la Citroën e-C3, dont le prix catalogue est de 20.000€, suppose une subvention de l’Etat ou des entreprises du secteur de l’énergie via les CEE (certificats d’économies d’énergie) de l’ordre de 15 000 € par voiture. Pour un million de véhicules cela représenterait un besoin de financement de 15 Mds€ ; ce qui apparait complètement surréaliste compte tenu de la situation budgétaire du pays !

En fait, ce n’est rien d’autre qu’une nouvelle proposition de tordre le marché en distribuant des subventions qui rendent le véhicule électrique gratuit à l’achat (ou peu s’en faut).

Cette « idée » a tous les symptômes des déviations démagogiques du moment et il s’agit encore une fois d’une de ces solutions boiteuses dont nous avons la spécialité qui font circuler des subventions dans tous les sens, en fonction de critères qui changent sans arrêt, et qui finissent par fausser le marché avant de tuer les industriels obligés de faire des rabais substantiels, et in fine de faire gonfler les dettes de l’Etat !

Il ne faut pas non plus oublier que ce genre d’idée ne peut prospérer que parce que le prix de l’essence est excessivement taxé ; alors que l’électricité ne subit, pour l’instant, que la Tva ; ce qui bien évidemment ne saurait durer bien longtemps avec un Etat toujours à la recherche de recettes fiscales

Les illusions fiscales du gratuit

Seulement, le leasing social n’est qu’un paravent fiscal dont il ne faut pas sous-estimer l’aspect démagogique car il ne faut pas perdre de vue que ces voitures commercialisées à certaines conditions sont financées par les taxes sur le carburant via les CEE et donc par les impôts des autres !

Autrement dit, celui qui n’a pas les moyens de changer de voiture et qui ne remplit pas les critères restrictifs du leasing social, finance, via des taxes sur le carburant, qu’il est obligé d’acheter au prix fort, et notamment ces CEE qui représentent 0.18€ par litre, l’utilisation sponsorisée de véhicules électriques pour d’autres !?!

L’illusion de la bonne affaire

Il faut rappeler, pour ceux qui achètent ou louent des véhicules électriques, qu’il ne faut pas confondre cout d’achat et cout d’usage et ne pas se limiter à ne prendre en considération que le prix du carburant.

Il y a beaucoup d’autres couts annexes qui entrent en jeu : l’usage, la recharge (à domicile ou pas), la remise en état en fin de LOA, l’amortissement du prix d’achat, le surcout des assurances, le remplacement de la batterie de traction (éventuellement) et le fait qu’en raison de l’obsolescence rapide des modèles, les garages refusent désormais de reprendre des véhicules qu’ils estiment … invendables du fait de la forte et rapide dévalorisation des véhicules électriques voire leur obsolescence programmée du fait du renouvellement accéléré des gammes (chinois).

Attention donc aux fausses économies en n’oubliant que les tensions sur le marché pétrolier finiront bien par diminuer … un jour prochain !

Enfin, quoiqu’on en dise, les véhicules électriques, surtout ceux dédiés au leasing social, sont à prix comparable avec une voiture thermique d’une autonomie ridicule (New Twingo ou Citroën e-C3). Le service rendu n’est donc nécessairement pas le même !

Conclusions

Toujours faire payer plus d’impôts à certains pour financer l’utilisation presque gratuite de véhicules par d’autres, en dehors du fait qu’il s’agit d’une grossière manipulation du marché, n’apparaît ni économiquement raisonnable ni fiscalement équitable !

Toutes ces opérations relèvent en fait du mécanisme décrit par F Bastiat, cet économiste du 19°s qui avait compris le fonctionnement des Etats du 21°s, selon qui : l’Etat demeure cette grande fiction à travers laquelle tout le monde essaie de vivre aux dépens de tout le monde !

Il faut rappeler que l’Etat n’est pas là pour financer l’acquisition ou l’usage de voitures … ou de PAC mais il faut aussi être conscient que ce sont bien les dérives fiscales de l’Etat qui amènent à ces raisonnements pervers ; avec en outre cette idéologie sous-jacente de forcer la population à se convertir au tout électrique !

Les dirigeants français font vivre la France à crédit en croyant à l’argent gratuit et veulent faire croire à la population qu’elle peut en faire de même alors qu’il devient manifeste que le système français ne fonctionne pas puisqu’il n’amène qu’à deux choses : des dettes de plus en plus élevées et des impôts supplémentaires !

La distribution répétées de chèques est évidemment une folie alors que la dette atteint des sommets et que les taux d’intérêts volent de records en records !

Bien cordialement à tous !

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À propos de Dominique Philos

Navigateur, né en 1958, diplomé de l’université de Paris I Panthéon-Sorbonne, je suis devenu Conseil Juridique, spécialisé en droit des affaires et fiscalité. L'Etat ayant décidé l'absorption des Conseils juridiques par les avocats, j'ai poursuivi mon activité en tant qu'avocat jusqu'à ce que je sois excédé par les difficultés mises à l'exercice de mon activité professionnelle. J'ai démissionné du Barreau en 1998 et partage ma vie entre la France et la Grèce. Pour moi, le libéralisme est la seule option possible en matière économique.

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