Notre vie d’homme est la résultante de l’absolu, déduction faite de l’inaccessible.
L’absolu n’existe que dans le futur, dans la projection. Il contient tout : la vérité, mais aussi son contraire, le mensonge ou l’erreur, selon l’intention qui les porte.
Notre présent est notre réalité. Il est le solde de nos futurs personnels et collectifs, confrontés au réel, lui-même profondément marqué par les expériences, plus ou moins traumatisantes, du passé. Ce passé est notre croix, le signe implacable de nos limites.
Le destin de l’humanité se construit donc exclusivement dans le futur, jour après jour.
Mais c’est là que réside le problème. L’absolu du futur est sans limite. Lorsqu’il surgit dans le présent et s’y télescope avec le réel, les plus grandes explosions deviennent possibles.
Aussitôt, ces événements basculent dans le passé. Il ne subsiste alors que des traces imparfaites de ce qu’avait été le futur imaginé. Nous ne pouvons plus reconstituer avec certitude les conditions exactes de sa naissance, alors même que ce passé devient une marque indélébile que nous porterons toute notre vie.
Je ne suis sûr de rien, mais je me demande si une partie importante de l’humanité n’est pas privée de l’accès à cet absolu du futur, ou plus simplement de la capacité d’envisager plusieurs futurs possibles.
Dans ce cas, nous aurions une population condamnée à subir la sidération du présent et à vivre sous le poids du passé, plutôt qu’à construire l’avenir.
L’idée d’égalité devient absconse dans ces conditions.
Prenons un exemple simple. Si plusieurs personnes décident de courir un 100 mètres, leur morphologie s’impose à elles. Les différences physiques deviennent immédiatement des inégalités.
En revanche, si leur objectif est simplement de parcourir 100 mètres, toutes les solutions redeviennent possibles. Marcher, rouler, inventer un véhicule, demander de l’aide, imaginer un moyen nouveau… Le champ des possibles redevient infini.
L’égalité n’existe donc pas, elle n’a probablement jamais existé. Mais lorsque les moyens demeurent ouverts, cette inégalité perd une grande partie de son importance. Ce qui compte n’est pas que les hommes soient identiques, mais qu’aucun futur ne leur soit interdit par principe.
Tout système qui réduit le nombre de futurs envisageables réduit la liberté. L’égalitarisme procède par réduction des différences ; il réduit donc nécessairement le nombre de futurs envisageables. La liberté est plus forte que l’égalité.
La réflexion est ouverte.
Bien à vous.
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