Un Frexit sinon rien ! Survivre au Frexit  (Part 4)

Il ne faut jamais oublier que les politiciens n’assument jamais les conséquences de leurs actes. Cela signifie que si les solutions radicales qu’ils proposent aux électeurs échouent, ce sera vous et vous seuls qui en assumerez les conséquences et, eux, continueront à se pavaner sur les médias !

Alors, bien sûr, les pro Frexit n’ont pas tort sur tout et notamment sur les dérives technocratiques de Bruxelles ; mais si l’on regarde bien comment fonctionne Bruxelles, on s’aperçoit qu’il s’agit d’un copier/coller des pratiques … françaises c’est à dire qu’ils reprochent à l’Union Européenne de faire ce qui se fait en France et qu’ils n’ont pas l’intention de changer !

La dérive technocratique n’est donc pas qu’un concept … exclusivement bruxellois.

Les solutions proposées sont radicales :

-on sort de la zone €

-on sort de l’Union Européenne,

-on reprend notre argent car l’argent des français doit d’abord aller aux français (*)

-on ferme les Frontières (aux étrangers et migrants)

-on applique des droits de douane.

Au-delà de ces affirmations, dont la plus motivante est la N°3 (*), laquelle a d’ailleurs été décisive en faveur du Brexit parce qu’elle suggérait à une population crédule qu’elle allait en retirer des bénéfices financiers conséquents, il faut se poser les bonnes questions !

Avons-nous les moyens de faire un Frexit alors que ce n’est absolument pas une opération neutre et que peut-il nous apporter ; car il faut évidemment que l’on en retire un bénéfice sinon à quoi cela servirait-il de le faire. Quel bénéfice attendre d’un retour au Franc, voire d’une sortie de l’Union Européenne ?

En outre, les problèmes structurels exclusivement franco-français, accumulés depuis 1974, seront-ils résolus avec le Frexit ?

Car, paradoxalement, la question n’est pas tellement de faire ou pas un Frexit mais bien de savoir s’il y a un intérêt à le faire et si nous pourrons … y survivre !

L’exemple britannique

Le retour au souverainisme est présenté comme l’ultime recours, la solution magique qui va nous sauver … et c’est cette solution qui a été avancée aux britanniques à l’occasion du vote du Brexit …. voté à 52%. Seulement, dix ans plus tard, 70% des britanniques le regrettent alors qu’ils n’avaient même pas le même degré d’intégration que nous à l’Union Européenne (ils n’étaient pas dans l’espace Schengen et avaient conservé leur monnaie).

Les Britanniques estiment désormais que le Brexit a eu un impact négatif sur presque tous les sujets : le coût de la vie (66 %), l’économie (65 %), les perspectives des jeunes (57 %) ou encore l’immigration clandestine (56 %) et pour les effets positifs … on les cherche encore !?!

Cette insatisfaction montre donc que le résultat n’est pas à la hauteur des attentes et de fait le Royaume Uni est en train de s’installer dans une économie particulièrement fragile tout en faisant face à une crise politique qui est … la conséquence directe du Brexit !

Les britanniques ont cru aux promesses des politiciens et notamment que le Brexit leur ferait gagner de l’argent (la fameuse proposition N°3) alors qu’il n’a eu pour effet que leur en faire perdre !

Ils ont cru au retour de l’Empire, qui s’est écroulé après la WWII, empire qui leur permettait d’exploiter des colonies grâce à la première flotte au monde. Seulement, les colonies n’existent plus et la flotte britannique appartient désormais au passé …

Ils ont cru aussi qu’ils allaient pouvoir conserver leurs acquis dans l’Union Européenne mais cela n’a évidemment pas été possible avec l’irruption de contrôles, de droits de douanes et autres complications administratives qui bloquent le commerce alors que l’Angleterre du 17° siècle avait été la première à comprendre que le commerce et la libre circulation des marchandises est la source du progrès et de la prospérité !

Il faut donc se méfier des solutions simplistes et l’exemple britannique montre qu’on ne fait pas toujours ce que l’on veut et surtout que les mensonges (et il y en a eu beaucoup) n’ont abouti qu’à tromper la population !

La souveraineté ce n’est pas la toute-puissance de l’Etat

Les souverainistes croient à la supériorité de l’Etat sur le marché, sur la concurrence, sur le libéralisme économique. En fait, la plupart n’ont … aucune notion d’économie.

Seulement, c’est une erreur grave de raisonnement car on sait que l’Etat n’est pas efficace puisqu’il fonctionne sans notion de couts ; contrairement aux entreprises privées. L’Etat n’est pas un gestionnaire ni un stratège, c’est un dépensier qui ne réagit que très tardivement, voire jamais, à ses propres erreurs.

Par contre, là où l’entreprise se limite à perdre l’argent de ses actionnaires, avec l’Etat, c’est bien votre argent qu’il dépense, sans vous demander votre avis ; et, comme il obéit à des considérations politiques, il le dépense mal !

Par ailleurs, la véritable souveraineté ce n’est pas le retour à une monnaie nationale qui ne vaut rien mais bien la maitrise de ses dépenses publiques et de ses dettes, en fait une économie dynamique et puissante et, malheureusement, pour l’instant, c’est le fiasco total en ce qui concerne nos élites et le silence total des souverainistes sur ce sujet !

La souveraineté ne se décrète pas comme l’a fort justement écrit un de nos lecteurs … elle est la conséquence d’une situation donnée.

Pire, la dette publique et la mauvaise gestion ne sont envisagées que sous l’angle du gaspillage européiste mais jamais sous l’angle franco-français … ce qui évince d’entrée toute autocritique et perspective de réforme !

Le retour au Franc

Il faut être conscient qu’avec l’€ nous bénéficions artificiellement d’une ligne de crédit pratiquement illimitée dont d’ailleurs les derniers gouvernements ont largement profité ; ligne de crédit alimentée à la fois par la BCE et la surface financière et économique des autres pays membres de la zone €.

Fatalement, avec le retour au Franc, les choses deviendraient beaucoup plus compliquées puisqu’il faudrait se limiter à notre seul crédit qui n’est pas bien élevé eu égard aux taux d’intérêts qui sont appliqués sur notre dette ; les plus élevés de l’Union Européenne !

Dans ces conditions, pour financer les achats de biens de consommation que nous importons massivement puisque, en raison de la quasi disparition de notre industrie du fait de la politique menée par nos élites bureaucratiques qui ont tout fait pour massacrer les entreprises, nous ne produisons pratiquement plus rien à part des armes et des avions. Même l’automobile, traditionnellement si puissante, est en voie de quasi disparition.

Il faut donc avoir les moyens d’être souverainiste et clairement nous ne les avons pas !

Nous serions, en outre, dans l’obligation, dans la mesure où le Franc ne serait pas accepté dans les règlements internationaux, de constituer des réserves de change en dollars, £GB ou, paradoxe ultime, en € ; ce qui veut dire que nous serions contraints de continuer à utiliser la monnaie que nous venons de rejeter pour des raisons essentiellement idéologiques.

C’est évidement complètement ridicule !

 La sortie de l’Union Européenne

Il faut être conscient qu’il existe une très forte imbrication des économies des pays membres de l’Union Européenne et spécialement celle des pays de l’Europe de l’ouest dans le cadre d’une zone de libre-échange.

Sortir de l’Union Européenne aurait donc pour effet de supprimer tous ces liens et il est facile de comprendre, au regard de ce qui est arrivé au Royaume Uni après le Brexit, comment la sortie d’une vaste zone de libre-échange peut peser sur les ventes, les bénéfices et la croissance.

Mais, bien évidemment, on n’est gagnant, dans une zone de libre-échange, que si l’on a … quelque chose à vendre. A contrario, si l’on n’a rien à vendre, il devient évident que l’on est perdant !

C’est la raison pour laquelle certains souverainistes sont d’ailleurs favorable une zone de libre-échange mais sans la structure bruxelloise ; mais cela nous ne pouvons pas l’imposer aux 26 autres membres de l’Union Européenne !

Le protectionnisme et l’application de droits de douane

Les droits de douane sont une arme politique plus qu’économique qui a eu son heure de gloire au 19°s et, on l’a vu avec D Trump, ils ne font que renchérir le prix des produits importés pour les consommateurs finaux avec le but de protéger les producteurs locaux qui finalement sont avantagés dans le cadre d’un marché faussé.

En outre, le protectionnisme favorise le capitalisme de connivence, c’est à dire celui dans lequel les entrepreneurs influent les décisions des hommes politiques afin d’obtenir ou de conserver leurs privilèges et autres passe-droits.

Lee protectionnisme ne représente pas tant une arme économique qu’une arme politique et fiscale dont la victime est, encore une fois, le consommateur local qui va payer plus cher des produits susceptibles par surcroît d’être de moins bonne qualité. Ajoutons que le protectionnisme est totalement irréaliste dans ce monde contemporain, où les produits finaux peuvent avoir été conçus dans un pays et être constitués de composants issus d’une multitude d’autres. (c’est le cas notamment du désormais incontournable Iphone d’Apple).

La fermeture des frontières

Le but évident est de stopper l’immigration et de protéger les intérêts des nationaux.

Il faut être conscient que les populations exogènes qui cherchent à venir en Europe le font essentiellement pour des motivations économiques sur la foi de renseignements vrais ou faux qui leur sont diffusés sur place et que la fermeture des frontières n’est pas pour elles une raison suffisante pour les empêcher de venir.

Ainsi, le Royaume Uni malgré sa sortie de l’Union Européenne et surtout malgré le fait qu’il n’ait jamais fait partie de l’espace Schengen est toujours confronté à une immigration que la traversée du Channel n’a jamais empêché.

Le problème est que la légende n’est pas toujours en rapport avec la réalité mais le résultat est quand même que des populations étrangères, qui ont beaucoup de mal à s’intégrer, profitent, à un moment ou à un autre, du système social français dont on sait qu’il est au bord du précipice.

Dès lors, sauf à ériger des barbelés et des miradors tout autour du pays, ne reste donc que la solution policière de la traque et de la reconduite à la frontière ; ce qui n’est pas toujours possible notamment parce que ces populations jettent leurs papiers d’identité et mentent sur leur pays d’origine ; ce qui peut rendre très difficile la détermination du pays de retour. Le tout sans préjuger du cout de cette traque et de la réprobation qui y serait attachée.

Conclusions immédiates : il n’y a pas de solution facile

Le souverainisme se confond avec le populisme c’est à dire avec une prétendue défense des intérêts du peuple et d’ailleurs il promeut des idées simples faciles à comprendre car le cerveau humain préfère une illusion confortable et des idées faciles à comprendre à des concepts compliqués.

Seulement, on se rend compte rapidement qu’un Frexit est très loin d’être aussi facile qu’on le croit et que les bénéfices attendus ou suggérés sont bien loin d’être certains ; ceci compte non tenu des nombreux problèmes qui ne manqueraient pas de surgir à la suite de cette opération et ceci sans aucune certitude quant à un bénéfice.

En outre, si c’était aussi facile qu’annoncé, vous pensez bien que nos chers politiciens l’auraient déjà fait … notamment pour effacer leurs erreurs dont nous payons et allons payer les conséquences !

Encore une fois, il est trompeur de croire que tout ce qui arrive à la France est la faute des autres, de l’Union Européenne, des multinationales, des fraudeurs ou des paradis fiscaux ; et s’enfermer dans un réduit franco-français est une solution sans lendemain !

La vérité est que nous sommes seuls responsables de notre chute en ayant élu de manière constante des individus qui ont accumulé des erreurs catastrophiques depuis 50 ans avec pour ingrédients des dépenses excessives, une fiscalité abusive, des normes administratives en contradiction avec la réalité économique ; ces erreurs ayant provoqué  un affaiblissement économique et une désindustrialisation, des faillites d’entreprises, une hausse du chômage.

Nous avons là tous les ingrédients de la courbe de Laffer qui pour l’instant n’est compensée que par une hausse périlleuse des impôts !

Malheureusement, cette « stratégie » est nécessairement vouée à l’échec car on ne développe pas une économie en l’asphyxiant, mais bien en la libérant pour lui permettre de se développer. L’économie, c’est un comportement rationnel et non pas des slogans idéologiques qui peuvent en outre être fondées sur des croyances erronées !

Bien cordialement à tous !

 

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A propos Dominique Philos

Navigateur, né en 1958, diplomé de l’université de Paris I Panthéon-Sorbonne, je suis devenu Conseil Juridique, spécialisé en droit des affaires et fiscalité. L'Etat ayant décidé l'absorption des Conseils juridiques par les avocats, j'ai poursuivi mon activité en tant qu'avocat jusqu'à ce que je sois excédé par les difficultés mises à l'exercice de mon activité professionnelle. J'ai démissionné du Barreau en 1998 et partage ma vie entre la France et la Grèce. Pour moi, le libéralisme est la seule option possible en matière économique.

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