On a le droit d’être anti européen, et de vouloir un Frexit ; mais il vaut mieux éviter de formuler des affirmations incantatoires, le plus souvent inexactes, et se demander si c’est une solution viable en évitant les thèses complotistes, les mensonges et les manipulations.
Or, si certains arguments sont justifiés, il est visible que d’autres ont essentiellement pour but d’exacerber la colère populaire afin de lui faire perdre toute pensée rationnelle :
Les arguments erronés :
– Désigner l’Union Européenne comme la responsable de tout ce qui va mal est une vieille technique de manipulation de l’opinion à travers la stigmatisation d’un bouc émissaire ; et c’est d’ailleurs cette même technique qui a été utilisée pour promouvoir le Brexit !
Rappelons que l’Union Européenne n’est pas un régime politique ni même un système étatique. Ce n’est pas un Etat fédéral ni même une confédération mais c’est quand même un système démocratique avec un exécutif (la commission) et un parlement. Par conséquent, toutes les réponses ne peuvent pas venir de Bruxelles et l’Union Européenne ne peut pas devenir le bouc émissaire de toutes les lâchetés, impuissances et erreurs nationales alors que l’essentiel des décisions relèvent bien des gouvernements nationaux.
-la fiscalité dévastatrice pratiquée en France depuis 50 ans a bien pour origine les différents gouvernements français et sa haute fonction publique. Toutes ces taxes qui nous assomment ont bien été décidées à Paris et il est donc illusoire de croire qu’un Frexit amènera quelque changement que ce soit sur ce plan car les souverainistes n’ont jamais prévu de se débarrasser de la haute fonction publique et de réduire massivement le nombre des fonctionnaires ! Nous savons aussi que l’endettement faramineux qui mine le pays a bien été décidé à Paris car B Le Maire a balancé sur E Macron en expliquant que ce dernier lui a bien donné l’ordre de ne pas réduire la dépense publique et de laisser filer la dette.
1.200 Mds€ de dette en plus, dix ans plus tard, on est au bout du chemin, mais ni Bruxelles ni la mondialisation ne sont responsables de la situation ! Dès lors, affirmer que la dette publique est due à notre perte de souveraineté au sein de l’Union Européenne est juste ridicule !
-Croire que sortir de l’€ va résoudre tous nos problèmes est la marque d’une méconnaissance totale des mécanismes économiques.
Le premier effet d’un tel évènement serait la fin du crédit international qui nous finance et une très forte dévaluation de la nouvelle monnaie provoquant une envolée du cout des importations alors que nous importons tout … ou presque ! C’est donc la promesse assurée d’une chute vertigineuse de notre niveau de vie et c’est d’ailleurs la raison principale pour laquelle la Grèce a renoncé à la sortie de l’Union Européenne et au retour à la drachme alors qu’elle était pourtant dirigée par Syriza, un parti de la même mouvance que Lfi. Le gouvernement grec a refusé d’endosser la responsabilité de faire faire un bond de 50 ans en arrière et de ruiner d’un trait de plume les 2/3 de la population ; sans aucun gain d’aucune sorte.
Affirmer qu’on a empêché la Grèce de sortir de l’€ est une absurdité totale, et je suis bien placé pour l’affirmer. Elle a « seulement » adopté des mesures d’économies budgétaires qui lui permettent aujourd’hui de rembourser progressivement sa dette publique ; économies budgétaires que la France refuse d’adopter …
En outre, il est complètement illusoire de croire que, parce que l’on va changer de monnaie, les choses vont s’améliorer car, la monnaie n’est que le reflet de l’économie d’un pays ; et quand les bases économiques sont mauvaises, la monnaie s’écroule.
Et, ce n’est pas dévoiler un secret que les bases françaises sont … très mauvaises !
J’aime à rappeler l’exemple allemand qui est très significatif !
Lors de la création de la DM en 1949, elle valait 0.49 Franc c’est à dire pas grand-chose ; le Franc ne valant lui non plus pas grand-chose. En 1990, la DM valait 4 F ! Pourquoi ? En raison de la bonne mine des allemands ? Évidemment non !
La courbe qui suit vaut mieux qu’un long discours et l’argument d’une monnaie nationale n’apparaît vraiment pas justifié !

Evidemment, la réalité est que l’Allemagne est un gros exportateur alors que nous sommes un gros importateur ; ce qui revient à se demander sur quoi pourrait s’appuyer la nouvelle monnaie : sur notre dette publique et nos déficits insondables ?
Pour la France, combien de dévaluations en raison de la mauvaise gestion persistante des finances publiques par nos élites si soucieuses, parait-il, de la population française ?
Rien moins que 17 depuis 1914 et le phénomène ne s’est arrêté qu’avec l’€ en 2002 alors que nul doute qu’en cas de conservation d’une monnaie nationale, nous aurions encore dévalué une bonne dizaine de fois eu égard à la mauvaise gestion persistante de nos finances publiques. Il faut donc être d’une grande naïveté pour croire qu’un changement de monnaie va subitement améliorer une situation désespérée.
Enfin, parler de dévaluation compétitive est juste un argument destiné à faire croire qu’en manipulant la monnaie on peut s’en tirer à bon compte !
Seulement, il n’existe pas de dévaluation compétitive, il existe seulement des dévaluations contraintes qui finissent toujours par ruiner la population car, si vous n’avez rien à vendre, vous n’aurez pas d’argent pour acheter et tout ce que vous pourrez acheter deviendra plus cher !
Alors, certes, on pourrait demander à la Banque de France de financer les déficits budgétaires mais ce serait alors se lancer dans l’émission monétaire massive avec pour corollaire l’hyper inflation dont on sait qu’elle se termine toujours par la ruine de tous … sauf ceux qui sont au pouvoir parce qu’ils auront eu les moyens de déplacer « discrètement » leurs avoirs à l’étranger en monnaie forte !
Cela signifie que le retour à une monnaie nationale entrainerait automatiquement un problème de financement puisque nos dépenses publiques reposent sur l’endettement ; et si les prêteurs n’ont pas confiance dans la nouvelle monnaie, ils ne prêteront pas !
Pour traduire les choses : avec l’€ les taux seront à 5 voire à 7% ce qui est déjà beaucoup trop ; mais avec le Franc les taux seront à 20 voire à 30% si ça se passe mal avec pour effet principal d’asphyxier totalement l’économie qui s’écroulera !
Les conséquences sont connues : Fuite des capitaux, effondrement économique, faillite des entreprises et chômage car il ne faut pas oublier que le Franc serait une mauvaise monnaie en raison du principe universel et intangible : un pays avec une mauvaise économie a une mauvaise monnaie !
Et quels seront les options des gouvernants ?
Augmenter encore la fiscalité jusqu’à la ruine alors qu’il faut être conscient que nous sommes subventionnés indirectement par l’Union Européenne et que sans elle, avec notre niveau de vie et nos dépenses inconsidérées, on nous aurait coupé le crédit depuis longtemps !?
Ainsi donc, le retour à une monnaie nationale est l’assurance d’une chute vertigineuse du niveau de vie … sauf amélioration spectaculaires des comptes publics ; ce qui n’est jamais arrivé sauf lors du retour du Gal de Gaulle en 1958 !
Le seul pays qui avait réussi à gérer la faiblesse de sa monnaie était l’Italie au prix d’une forte inflation et d’un endettement astronomique !
-Affirmer qu’Ursula Von der Leyen, pour laquelle je n’ai aucune sympathie, n’a pas été élue est un mensonge largement utilisé pour justifier le Frexit pour cause de violation de la volonté du peuple ! Certes, elle est spécialement impopulaire mais il faut détruire cette vieille légende de la dictature. Elle a été désignée par les pays membres après avoir été approuvée par le parlement européen. Elle a donc bien été élue … par 383 voix sur 747 en 2019 et réélue en 2024.
-les souverainistes aiment à rappeler que les français ont voté contre l’Union Européenne en 2005 mais qu’on a bafoué leur vote. En fait non, ils ont voté contre l’adoption de la constitution européenne parce qu’on leur a soumis un texte trop complexe et qu’ils ne l’ont pas compris.
-A propos de l’argent versé à l’Ukraine, on comprend que plusieurs étant des agents du Kremlin. Leur but est évidemment de favoriser la victoire de V Poutine en coupant les vivres à Kiev. Par ailleurs, les armes que nous fabriquons sont vendues à l’Ukraine et, si l’on raisonne en pourcentage du PIB, le Danemark arrive en tête au sein de l’Union européenne, avec 3,3 % de sa richesse nationale consacrée à l’Ukraine, suivi de l’Estonie (3 %), de la Lituanie (2,4 %) et de la Lettonie (1,9 %). En valeur absolue, la France figure parmi les principaux contributeurs européens, avec près de 8 Mds€ d’assistance financière recensés. Mais rapportée à la taille de son économie, son aide représente environ 0,3 % du PIB, ce qui la place au treizième rang européen.
-on en arrive à des options idéologiques caricaturales. Quand les élections élisent un type d’extrême droite comme Orban, c’est bien mais quand les mêmes élections élisent son concurrent c’est un coup d’Etat de l’Union Européenne ou de la Cia ou des deux ! Comme si les peuples et les hongrois n’avaient pas le droit du choix de leur vote ; et c‘était déjà le cas pour l’Ukraine !
En fait, les souverainistes n’acceptent pas de perdre les élections et crient au complot ; ce qui montre leur peu d’affinité avec la démocratie !
Orban est un modèle pour les souverainistes alors que son bilan est catastrophique : pas de croissance économique depuis des années (le PIB/hab de la Hongrie a tellement chuté qu’elle est maintenant considérée comme l’un des pays de l’Union européenne où le niveau de vie est le plus bas), inflation, corruption, étatisme, mainmise du parti d’Orban sur des secteurs entiers de l’économie et de la justice… Orban a mis la Hongrie en coupe réglée en favorisant ses copains et sa famille.
La Hongrie d’Orban est en fait le parfait exemple de ce qu’il ne faut pas faire tout en vivant sur le dos de l’Europe puisqu’il acceptait les subventions ; ce qui n’est finalement pas terrible pour un souverainiste rejetant l’Union Européenne !?!
Les arguments vrais ou plutôt vrais
Restent quelques arguments justifiés qui … ne sont pas propres aux souverainistes :
-le grand argument des souverainistes concerne la contribution de la France à l’Union Européenne qui devrait atteindre 28 Mds € en 2026 et qui serait, selon eux, trop élevée. Toutefois, il s’agit d’un faux semblant car nous recevons en retour au moins 18 Mds€ ce qui fait que le solde négatif réel s’établit en fait à 10 Mds€. Certes, c’est beaucoup dans l’absolu mais c’est relativement peu en regard des 50 Mds€ distribués par le gouvernement aux innombrables associations sans but et aux 150 Mds€ distribués aux 700 agences de l’Etat (ODAC organismes divers d’administration centrale) qui ont souvent pour fonction de recaser les copains à des postes bien rémunérés mais … inutiles ! S’il y a des économies à faire, elles seront beaucoup plus efficaces en ce qui concerne ces deux derniers postes à la fois quantitativement et qualitativement !
Par ailleurs, l’Allemagne reste un contributeur beaucoup plus important que la France, et, en outre, l’Union européenne ne se résume pas à des transferts monétaires directs. Il y a des avantages économiques indirects, comme l’accès au marché unique, sans droits de douane, de plus de 445 millions de consommateurs, des projets de coopérations industrielle et enfin la politique agricole commune (PAC), qui représente environ 56% des fonds retournés à la France.
Enfin, l’Union Européenne finance des projets communs en matière d’infrastructures, de recherche, de transition énergétique et de développement régional.
Paris et Bruxelles viennent de signer un accord de prêt de 15,1 Mds€ en faveur de la France qui servira au financement d’achats d’armements conjoints, dans le cadre du programme européen de soutien au réarmement en Europe.
La question de savoir si la France donne « trop » à l’UE dépend donc de la perspective adoptée et de l’impact que l’on veut diffuser dans l’opinion qui reste toujours manipulable. Une analyse purement comptable peut suggérer un déséquilibre, mais un regard plus large sur les retours stratégiques, politiques et économiques donne une vision beaucoup plus nuancée et globale des relations entre la France et l’Union européenne.
– l’administration est totalement dépassée par une invasion migratoire devenue incontrôlable mais elle n’exécute quasiment jamais les ordonnances d’expulsion des OQTF (4% du total),
-Il faut reconnaitre que 50 ans de construction européenne ne nous ont pas objectivement menés à plus de prospérité. L’Europe, même si elle a adopté une cohésion quasi parfaite face à l’agression russe (à l’exception notable de la Hongrie), reste un nain géopolitique et militaire. Par contre, Bruxelles nous impose des options idéologiques dévastatrices en ce qui concerne la décarbonation forcée, sous la pression à la fois de lobbies écologistes et de l’Allemagne dont le programme énergétique, décidé sous Angela Merkel, s’avère être un fiasco total !
Conclusion qui s’impose, les arguments développés par les souverainistes ne sont pas du tout convaincants !
Les grandes incantations sont sans doute spectaculaires mais il faut se méfier des solutions miraculeuses proposées par des gens qui ont toujours vécu de l’argent public et qui n’ont aucune notion d’économie ! On le sait, leur solution est toujours l’augmentation de la pression fiscale !
Bien cordialement à tous !
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