Le choc des photos

Un lever de Terre vu de la Lune, et c’est le vertige. Le vertige intellectuel total.

Et pourtant il est d’autres photos pires : la terre vue de Mars, de Jupiter, réduite à un point brillant ; mais alors, l’insignifiance ramène les croyances au galop.

Alors qu’avec la Lune en premier plan, elle-même parfaitement morte, la nuit noire du vide spatial en toile de fond, la situation est saisissante, la fragilité de la Terre exacerbée, et nous définitivement inexistants.

Où sont le paradis et l’enfer, les mille vierges, les félicités du ciel, les récompenses ?

Comment vont-ils se remettre de ces photos nos vendeurs de sornettes ? Comment vont-ils faire pour nous persuader de continuer à nous entretuer pour une place privilégiée dans ces espaces, totalement inexistants où nous étions censés les trouver ? Pas grave : « ils sont plus loin – ou ailleurs — », nous dit-on. Dont acte.

On pourrait imaginer que cet implacable constat, déjà ancien, aujourd’hui vulgarisé, nous amènerait à reconsidérer la vie, individuelle et collective.

Eh bien non. Dans le même temps que ces quatre courageux, ou inconscients, font là-haut des photos, en bas c’est l’éternel chaos.

Il faut dire que les arguments échangés sont du niveau zéro.

En clair, il y aurait deux visions, l’une du bien, l’autre du mal. Le bien s’appellerait : « démocratie », le mal s’appellerait : « autocratie ».

Dans la première des séducteurs peu scrupuleux et menteurs deviendraient, par le vote, des personnes de confiance. Dans la seconde, c’est à la force du poignet et après élimination violente de tous les autres candidats, que les postulants deviendraient des personnes de confiance.

Dans les deux cas le doute est permis. Revenons à plus de simplicité.

Chacun de nous, nous le rappelons souvent ici, n’existe que de ce qu’il possède, comme c’est le cas de la terre sur la photo.

Ses possessions se ramènent à son corps — sa pensée issue de lui — et ses biens. Toute atteinte à l’une de ses possessions est une atteinte à sa vie.

Deux sources de possession sont légitimes : le hasard et la récompense.

Ce sont les deux moteurs de la vie. Une organisation rationnelle, qui voudrait protéger la vie, protégerait le hasard et la récompense.

Certains imaginent qu’il en serait ainsi de la démocratie, et que l’autocratie représenterait au contraire l’irrespect du hasard et de la récompense. D’où l’idée de bien pour l’une et de mal pour l’autre.

Mais en réalité, il s’agit d’une fumisterie mortelle.

Aujourd’hui démocratie et autocratie, sous des apparences divergentes sont en réalités parfaitement identiques.

Ces deux organisations sont des machines à piller.

Donc des tueuses d’humanité qui détruisent les hommes en les privant de leurs biens, de leur être.

Les autocraties ne s’embarrassent pas d’explications, ceux qui ont le pouvoir ont tout, les autres rien. La vie y est primaire, la force règne en maître.

Les démocraties font assauts d’intelligence, ou de vice, chacun emploie le mot qu’il pense le plus approprié. Elles prétendent maîtriser le hasard et hiérarchiser les récompenses. En réalité la perversité de leurs dirigeants poursuit le même but que chez les autocrates : « plumer la dinde ».

Tout le monde sait que la vie est fragile, qu’elle ne perdure que par hasard et ne se développe qu’en récompense — à des actions pour partie voulues, mais plus souvent involontaires — qui se mérite par les résultats et non se décide d’un quelconque jury divin ou éclairé.

Protéger l’être — l’homme et ses biens – est-ce trop demander ? Oui, il faudrait instaurer le respect des autres. Ce n’est pas compris dans notre paquetage génétique.

On en revient toujours à la même question : que faire ? Et l’on obtient la même réponse : rien.

Il en sera probablement ainsi tant que, pour les Luniens, la Terre tournera autour de la Lune.

Bien à vous. H. Dumas

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A propos Henri Dumas

Je suis né le 2 Août 1944. Autant dire que je ne suis pas un gamin, je ne suis porteur d'aucun conseil, d'aucune directive, votre vie vous appartient je ne me risquerai pas à en franchir le seuil. Par contre, à ceux qui pensent que l'expérience des ainés, donc leur vision de la vie et de son déroulement, peut être un apport, je garantis que ce qu'ils peuvent lire de ma plume est sincère, désintéressé, et porté par une expérience multiple à tous les niveaux de notre société. Amicalement à vous. H. Dumas

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