Le piège d’un endettement excessif

Alors que de plus en plus de stations-service sont en ruptures de stock, S Lecornu, premier ministre, a déclaré qu’il voulait utiliser les surplus fiscaux pour financer l’électrification.

Nous avons eu droit, au passage, à une pitoyable comédie avec une porte-parole du gouvernement qui avait commencé par nous expliquer, 3 jours auparavant, qu’il n’y avait pas d’excédent … Et désormais le premier ministre déclare vouloir consacrer les excédents aux énergies renouvelables !

Alors bien sûr, les explications du gouvernement ne sont pas totalement fausses mais elles ne sont pas sincères.

La réalité fiscale

Lors de la crise de 2008 le baril de pétrole est monté à 147$ et le prix du carburant a atteint à la pompe 1.35€. Aujourd’hui le baril est à 110$ et le prix du litre d’essence dépasse 2€ ; cherchez l’erreur !

La différence, ce sont évidemment les taxes qui ont augmenté !

J’ai déjà eu l’occasion d’évoquer longuement la « logique » de cette fiscalité qui bien évidemment s’est intensifiée au cours des ans !

Rappelons que sur un litre de carburant, les taxes représentent 60% du TTC c’est à dire plus d’un € avec une TVA assise sur la TICPE laquelle est elle-même une taxe forfaitaire. La réalité économique derrière le prix affiché à la pompe est très simple : pour un litre vendu 2 €, 1,15 € correspond aux taxes, alors que la marge des stations-service est marginale, limitée à quelques centimes.

Autrement dit, avec une fiscalité sur les carburants à l’un des niveaux les plus élevés d’Europe, le premier ministre vient nous expliquer que l’Etat n’a pas les moyens de réduire cette fiscalité et que le manque à gagner serait insupportable alors que les taxes représentent 45 Mds€ de recettes fiscales annuelles !

Ce discours n’est évidemment pas crédible ; surtout lorsque les pays voisins appliquent des mesures de réduction de la fiscalité … et, d’ailleurs, face à des menaces de blocage de la part de certains secteurs d’activité, le premier ministre a bien voulu prévoir des mesures ciblées pour certains secteurs (pêche, agriculture, transports routiers) tout en prétendant qu’elles vont couter plus cher que le surplus fiscal occasionné par la hausse des prix !

Tout ce que l’Etat a “trouvé”, c’est de créer une nouvelle solution bureaucratique pour encore complexifier la situation : La mise en place de prêts « flash » pour les entreprises qui en ont besoin ; c’est à dire que l’on va prêter une partie de l’extorsion fiscale plutôt que de baisser les taxes pour tous …

Le gouvernement vous propose donc d’emprunter pour payer votre carburant pour pouvoir aller travailler !

Voilà bien une solution innovante  … totalement inepte de la part d’un incorrigible Etat fonctionnaire incapable de comprendre la marche du monde mais qui veut garder le contrôle !!?!

Mais, rassurez-vous, ce système de prêt … donnera du travail aux fonctionnaires chargés de le mettre en place !

Rappel de quelques évidences

Le premier ministre a un discours biaisé car il confond (intentionnellement) les gains fiscaux immédiats avec des promesses de mesures d’allègements qui ne sont pour l’instant pas encore engagées. Il accumule aussi, dans ses calculs de charges, le chèque énergie qui est délivré sans lien avec la crise pétrolière.

Prétendre qu’il n’y a pas d’excédent fiscal est évidemment un mensonge car il y a bien des recettes supplémentaires de TVA sur l’essence puisque, c’est mathématique, plus le prix monte, plus la TVA collectée augmente !

Mais alors, pourquoi refuse-t-il de baisser la fiscalité sur les carburants alors qu’elle est l’une des plus lourdes d’Europe et qu’il connait les effets négatifs sur l’économie d’une énergie trop chère ?

La réalité est qu’il est coincé avec un stock de dettes et de déficits chroniques qui ont atteint si ce n’est dépassé les limites du tolérable. Il n’a aucune marge de manœuvre et espère échapper à une chute future des recettes fiscales en escomptant probablement que la guerre va s’arrêter rapidement … et que les français se soumettront !

Car, il n’est pas difficile de prévoir que l’augmentation du prix de l’énergie va avoir, à terme, des effets délétères évidents avec une splendide récession et de moindres rentrées fiscales du fait de la diminution de l’activité économique …

Les revenus des français n’étant pas indéfiniment extensibles, ce qu’ils consacreront au carburant ne sera pas dépensé ailleurs. On estime d’ailleurs que la chute de consommation de carburant s’élève déjà à -26%.

Et si les choses s’aggravent, c’est donc à un effondrement des recettes fiscales que nous assisterons !

L’absence de marge budgétaire

En fait, le gouvernement est coincé par une dette qui étouffe l’Etat et lui retire toute marge de manœuvre et cela prouve de manière éclatante qu’il y a des limites à la dépense publique qui, en France, relève du gaspillage pur et simple !

Les chiffres parlent d’eux-mêmes : avec un stock de dettes de 3.500 Mds€ et un flux négatif de -5% de déficit sur le PIB de 152 Mds€ (mais en réalité c’est bien un déficit de 50% du budget annuel ce qui est gigantesque), l’Etat français crame, en pure perte, environ 500 millions € par jour !

Compte tenu de cet état de fait, prétendre réorienter les recettes fiscales vers les énergies renouvelables relève juste du vœu pieux en raison de 2 points non résolus :

– les véhicules thermiques qui se comptent en millions ne roulent pas au panneau solaire ou à l’éolien et beaucoup de leurs propriétaires n’ont pas les moyens d’acheter un véhicule électrique alors qu’ils sont confrontés à une hausse vertigineuse de leur cout d’utilisation. Le gouvernement s’avère en fait incapable de répondre à l’urgence de la situation …

– le développement de l’électrification est pour l’instant très insuffisant pour faire face au manque de pétrole et prendra beaucoup de temps alors que les données existantes démontrent que cette électrification coute très cher (elle est tellement non compétitive qu’elle n’est basée que sur … des subventions) avec des résultats très mitigés !

Prétendre favoriser une filière (électrique) plutôt qu’une autre va juste pénaliser les plus pauvres et ce n’est évidemment pas une politique de protection ni même une politique socialiste alors que le gouvernement et le président sont pratiquement tous des … socialistes !

C’est en tout cas la preuve évidente que l’Etat n’est pas là, contrairement à ce qui est affirmé, pour protéger les français mais bien pour les rançonner encore et toujours car il est flagrant qu’il ne fait rien pour aider les gens qui ont besoin de leur voiture pour aller travailler et dont les revenus sont les plus faibles alors qu’ils prennent la hausse de plein fouet !

Alimenter le mécontentement

Il est important pour le gouvernement de ne pas apparaître comme un profiteur de la crise énergétique et encore faut-il souligner qu’il a résisté jusqu’ici à la tentation démagogique de vouloir taxer les « supers profits des pétroliers » alors que celui qui fait des super profits est bien l’Etat qui n’achète rien, ne vend rien, ne stocke rien mais encaisse à tous les coups !

L’Etat encaisse pour l’instant une augmentation des recettes de TVA mais il anticipe déjà une grosse baisse de la collecte fiscale dont le montant ne sera connu qu’en décembre prochain car les effets de la crise se font déjà sentir sur le moral des français qui est en chute libre d’une part en raison du tabassage fiscal et d’autre part en raison des mauvaises nouvelles qui s’accumulent … Ils anticipent que ça va se compliquer et … ils ont raison surtout que, malgré les assurances du gouvernement, il y a bien un risque de pénurie !

Ils vont donc adapter leur comportement à … leur budget face à un gouvernement impuissant pris au piège de ses déficits budgétaires et soumis aux aléas géo politiques alors qu’il n’a plus aucune marge de manœuvre.

Bien évidemment, tous ces indices ne sont que les prémices d’une dégradation plus générale de la situation du pays ; laquelle ne peut qu’empirer jusqu’au désastre final ; même si, pour l’instant, tout va bien, si l’on peut dire, … parce que les préoccupations du monde sont plutôt orientées sur le golfe persique et le trafic maritime dans le détroit d’Ormuz …

Nous y reviendrons …

Bien cordialement à tous !

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A propos Dominique Philos

Navigateur, né en 1958, diplomé de l’université de Paris I Panthéon-Sorbonne, je suis devenu Conseil Juridique, spécialisé en droit des affaires et fiscalité. L'Etat ayant décidé l'absorption des Conseils juridiques par les avocats, j'ai poursuivi mon activité en tant qu'avocat jusqu'à ce que je sois excédé par les difficultés mises à l'exercice de mon activité professionnelle. J'ai démissionné du Barreau en 1998 et partage ma vie entre la France et la Grèce. Pour moi, le libéralisme est la seule option possible en matière économique.

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