En démocratie, le pouvoir politique — en réalité la force : police, armée et justice — est entre les mains de personnes élues, par période de cinq à dix ans selon les constitutions.
Ce pouvoir, flatteur et recherché, impose un travail constant de séduction qui doit étroitement coller à l’émotion majoritaire de la population.
Cet objectif demande un travail à plein temps. Les élus s’y consacrent totalement, ils ne peuvent assumer aucune autre activité. Séducteurs ils sont élus, séducteurs ils doivent rester, à tout jamais.
De ce fait, ils sont obligés de s’assurer la complicité d’autres pouvoirs pour organiser la bonne marche de la société, puisqu’ils sont occupés à plein temps par les serrages de mains et les cirages de pompes de leur clientèle…
Ces autres pouvoirs sont : le capital, l’administratif, le scientifique et le religieux.
L’idéal serait pour les politiques d’arriver à un équilibre de la fraction d’autorité à confier à chacun de ces pouvoirs.
Ce n’est jamais le cas. Le pouvoir n’est pas partageur, surtout quand c’est un autre qui paie les factures de ses excès. Car ce sont les politiques élus qui paient la facture des erreurs ou des excès éventuels des autres pouvoirs, à chaque élection.
D’où la complication, et la difficulté pour les électeurs de comprendre d’où proviennent les abus de pouvoir qui bousculent leurs libertés individuelles, leur vie de tous les jours.
Tout cela n’est évidemment pas un souci pour les sociétés autocrates car, bien qu’elles affrontent les mêmes problèmes, elles ne sont pas soumises aux élections et les contestations s’y règlent par la force, en l’absence d’élections.
On peut constater qu’affronter les élections pose un problème, mais gérer la force sans qu’elle finisse par se retourner contre celui qui l’emploie en pose un autre.
Précision : nous parlons des problèmes de ceux qui sont au pouvoir, pas de ceux qui le subissent — qui ne sont pas l’objet de ce billet.
Attachons-nous aux pouvoirs annexes :
Le pouvoir religieux
C’est le plus facile et le plus dangereux. Le politique qui le prend pour partenaire principal se retrouve face à des croyants. Ils sont naturellement dociles, mais pas les plus adaptables aux errements de la vie, qui demandent beaucoup de réactivité. Ce n’est pas leur point fort…
Le pouvoir scientifique
Rarement sollicité comme partenaire des politiques, il arrive cycliquement à l’improviste et met toujours un bazar monstrueux. On le voit aujourd’hui avec l’écologie et l’informatique. Ce pouvoir est incontrôlable, peu malléable : quand il se trompe, il repart rapidement comme il est arrivé ; quand il a raison, il s’impose définitivement. Il n’est pas un bon complice pour le politique.
Le pouvoir du capital
Nous arrivons là au partenaire traditionnel du politique. Sans lui pas d’économie, et sans économie pas de société. C’est dire à quel point le politique et le capital sont liés. Au point que chacun tente constamment de dévorer l’autre. Mais c’est impossible : il s’agit de deux espaces demandant des qualités et des aptitudes totalement contraires.
Capital et politique sont comme chien et chat, obsédés l’un par l’autre, inséparables et antagonistes.
Le pouvoir administratif
Couramment appelé bureaucratie, il est aussi développé au côté des politiques… qu’au côté du capital. En réalité, il n’est pas un vrai pouvoir. Il est un service.
Mais ce service peut se rendre si indispensable qu’il devient, de fait, le pouvoir.
Chaque fois qu’il subtilise le pouvoir à l’un de ses maîtres, la catastrophe n’est pas loin. N’étant pas fait pour décider mais pour exécuter, au meilleur de sa forme il lui manque toujours l’intuition, l’imagination — qui ne font pas partie de ses ressources.
La situation actuelle
Il n’est pas douteux que l’association des politiques avec le capital a fonctionné de la fin de la guerre aux années 70. Que le capital en a alors pris à son aise, favorisant ainsi son remplacement progressif par l’administratif comme partenaire privilégié du politique.
L’accès à ce pouvoir a gonflé la tête de l’administratif ; ceci ajouté à ses méconnaissances en économie, la faillite nous guette.
Le réflexe des politiques va être — il l’a déjà été aux USA — de se séparer des administratifs pour refaire alliance avec le capital.
Ce mouvement de balancier n’est pas en soi malsain, mais attention à ne pas prendre un escroc en guise de représentant du capital…
Les récentes élections municipales ont tâtonné vers cette voie, la réussite n’a pas été au rendez-vous. Le capital n’est pas encore organisé en responsable civique ; il est toujours à la traîne, dans une posture corruptive adaptée à la survie en situation de soumission aux politico-administratifs.
Peu de politiques évaluent la situation, car la population ne leur renvoie pas encore cette nécessité — ou pas de façon compréhensible — et ils ne sont que la projection de sa pensée.
Il va donc falloir attendre.
Avec le risque de voir la population manœuvrée par ceux pour qui la démocratie n’est pas la solution à leur souhait de pouvoir absolu et définitif — comme si cela pouvait exister…
En attendant, nous sommes à l’arrêt.
Situation de risque extrême dans un monde qui bouge constamment.
Bien à vous.
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