L’or monnaie ultime ?
Je lis ici et là des articles expliquant que l’or allait devenir le nouvel étalon ; la référence absolue en matière de monnaie, le placement ultime, la sécurité absolue face à une inflation qui va laminer votre capital … voire à la spoliation fiscale qui pourrait être exercée par l’Etat.
En général, ces prodigieuses explications sont le fait de personnes qui vendent de l’or (en tant qu’intermédiaires) et qui ont donc intérêt à vous faire peur pour que vous vous précipitiez pour acheter la relique barbare parce qu’elles perçoivent … une commission sur ce qu’ils vous vendent.
Il faut rappeler, avant tout, que l’or est un métal, précieux du fait de sa rareté, pratiquement inaltérable, mais que c’est avant tout un métal utilisé dans l’industrie ; notamment dans tous les appareils électroniques. Il n’a été une monnaie que jusqu’au 18° siècle, et encore de manière marginale parce qu’à l’époque on ne connaissait pas d’autre moyen monétaire (et surtout pas la monnaie papier) bien que l’essentiel de la monnaie soit fait alors surtout de pièces d’argent ou pire d’alliages à base de cuivre !
On nous explique aussi que l’abandon par les Etats Unis des accords de Bretton Woods de 1944 et de la parité de 35$ pour une once d’or a été le commencement de la fin monétaire …
En vertu de ces accords, le dollar américain était devenu la référence mondiale sur laquelle s’accrochaient toutes les autres monnaies ; avec une parité fixe. Il s’agissait essentiellement de contre balancer le phénomène inflationniste intervenu lors des deux guerres mondiales et qui avait littéralement laminé les actifs financiers ; au moins en Europe !
En fait, avec ce système mis en place en 1944, les Etats Unis étaient confrontés à un double problème qui s’est avéré … insoluble :
-d’une part, maintenir la parité monétaire or/US dollar alors qu’il existait un phénomène inflationniste dû notamment à l’expansion monétaire et du crédit. En gros, les Etats Unis étaient obligés, juste pour maintenir la parité, soit de limiter l’expansion monétaire et le crédit et le fonctionnement de l’économie du pays, soit d’acheter de l’or sur les marchés ; ce qui avait évidemment l’effet induit de faire monter les cours du métal qui coutait de plus en plus cher !
-d’autre part, aux termes de ces accords, les Etats Unis s’engageaient à échanger de l’or (à titre de contrepartie) contre tout dollar papier qui lui était présenté ; ce qui était absolument impossible sur le long terme car cela les obligeait à fournir des quantités astronomiques d’or qu’ils … n’avaient pas ! L’Allemagne, qui était déjà un gros exportateur mondial, demandait systématiquement le paiement en or de tout dollar qu’elle possédait. La seule solution qui s’est imposée aux Etats Unis (alors en pleine guerre du Vietnam) a été de suspendre la convertibilité du dollar en or en 1971 et de revenir au système des changes flottants ; les monnaies variant les unes par rapport aux autres avec des effets bien connus, et particulièrement néfastes, sur les échanges commerciaux internationaux.
Il faut aussi relativiser la valeur du stock d’or des pays par rapport à la quantité de monnaie fiduciaire en circulation. Celui de la France s’élève à 200 Mds € c’est à dire juste … une année de déficit budgétaire.
Dès lors, compte tenu de sa relative rareté et finalement de sa valeur insuffisante, l’or ne peut pas constituer la garantie des émissions monétaires des Etats parce que, retourner à un « étalon or », ce serait limiter l’expansion économique ainsi que celle du crédit et de la monnaie. Ou alors il faudrait réévaluer la valeur de l’or d’un facteur de dix mille.
En fait, ceux qui vous expliquent cela ont pour but essentiel de vous faire douter de la stabilité de la monnaie scripturale ou fiduciaire ; c’est à dire la monnaie émise par les Etats. Néanmoins, on ne peut pas leur donner totalement tort dans la mesure où les phénomènes inflationnistes portent effectivement atteinte à la valeur de la monnaie fiduciaire dans le temps.
Mais alors pourquoi l’or monte-t-il ?
Cela revient à se poser la question : qui achète de l’or ?
Ce sont essentiellement les banques centrales ou les institutions financières de pays comme l’Inde, la Chine ou la Russie dont les monnaies ne sont pas convertibles. Les achats par les particuliers sont en fait relativement réduits.
Il faut aussi faire attention au fait qu’il existe deux marchés de l’or : celui de l’or métal et celui de l’or papier constitué par des titres donnant « normalement » droit à la contrepartie en métal.
Sauf que, alors qu’il y a dix fois plus de transactions sur papier que sur l’or physique, on s’est aperçu qu’il n’y avait pas de contrepartie physique au papier émis ; ce qui peut amener à se poser la question de la solvabilité des établissements émetteurs de ces papiers qui ne reposent finalement sur rien et qui seraient incapables de fournir le métal promis … sauf à l’acheter sur les marchés avec le risque évident de faire monter les cours et de ne pas pouvoir le payer !
Evidemment, la grande question est : l’or va-t-il continuer à monter alors que son prix a augmenté de 39% au cours des 12 derniers mois en passant de 1.800 à 3.085$ l’once.
Oui, probablement mais nul ne peut savoir de combien ; bien que l’on sache que certaines circonstances s’y prêtent notamment les risques de guerre ou l’inflation.
Le problème général est en fait que ce n’est pas l’or qui prend de la valeur mais celui de la monnaie fiduciaire qui perd de la valeur du fait de l’inflation que nous, agents économiques, ne contrôlons pas ; mais que les Etats savent utiliser au mieux de leurs intérêts notamment par le biais de l’émission monétaire dont on sait qu’elle est facteur d’inflation. L’épisode du Covid nous en a donné un excellent exemple.
Ce phénomène évidemment amplifié avec les tensions internationales, la spéculation, …
L’or présente-t-il une garantie de sauvegarde de son patrimoine ?
En 1923, lors de la crise d’hyperinflation allemande (sous la République de Weimar), n’ont pu éviter la ruine totale que ceux qui avaient acheté de l’immobilier et de l’or car leur capital ne s’est pas dévalué (contrairement à la monnaie papier qui ne valait absolument plus rien).
Mais, il ne faut pas perdre de vue que l’or ne procure aucun revenu, les gains ne peuvent être qu’en capital (plus-values) alors qu’aucune monnaie dans le monde n’est plus convertible en or !
L’or est-il un remède ?
Oui et … non car il n’y a pas de solution miracle … mais c’est en tout cas plus sûr que les cryptos à la volatilité erratique et violente ; compte non tenu du fait qu’avec de l’or vous avez au moins quelque chose entre les mains alors qu’avec les cryptos, définitivement vous n’avez rien. La Banque des règlements internationaux a d’ailleurs révélé qu’environ 3/4 des utilisateurs ont perdu de l’argent en investissant dans le Bitcoin.
En outre, si vous êtes convaincu que l’inflation va durer, l’or constitue effectivement un excellent placement mais avec quelques inconvénients …
L’or est un actif tangible, tout comme l’immobilier. Mais son problème est sa liquidité qui est faible bien que toutefois supérieure à celle de l’immobilier. Il fait aussi l’objet d’une fiscalité importante parce que l’Etat n’aime pas que l’on puisse gagner de l’argent impunément et surtout en dehors des parcours fléchés par l’administration fiscale dont le but essentiel est de garder le contrôle sur l’argent des français. Attention, le régime des plus-values (taxation à 36.2% des plus-values) ne s’applique que si vous pouvez prouver l’achat de l’or que vous vendez. Dans le cas contraire (bijoux de famille notamment), c’est la taxe forfaitaire de 11% sur le montant total de la transaction qui s’applique ; ce qui, pour un lingot de 1 kg d’une valeur actuelle de 90.580€, représente quand même la bagatelle de 10.000 € d’impôt ; frais de courtage en sus !
Néanmoins, l’or présente un important avantage en ce qu’il échappe, en principe, au risque de confiscation des comptes bancaires ; bien qu’il soit délicat de conserver de l’or chez soi compte tenu des risques de vol. Il faut donc prévoir des frais de location d’un coffre dans une banque auprès de laquelle vous devez déclarer le contenu qu’elle … s’empressera de communiquer aux services fiscaux.
La seule solution vraiment sécure est de stocker cet or dans les pays qui n’ont pas pour usage de pratiquer la spoliation ou la confiscation fiscale ; Suisse notamment … ce qui peut amener à des complications fiscales lors du transfert monétaire.
Il n’est pas non plus aisé à transporter sauf à passer par l’intermédiaire de certificats bancaires dont l’usage remonte … au moyen âge !
Le risque de spoliation par l’Etat (français) n’est néanmoins pas complètement nul car il peut en interdire la détention comme l’ont fait les Etats Unis sous Roosevelt en vue tout simplement de s’accaparer les stocks disponibles !
Bien évidemment, cela ne peut concerner que l’or dont l’Etat a la connaissance (fiscalement essentiellement puisque toutes les transactions et tous les dépôts en coffre doivent être déclarées). Néanmoins, il faudrait être un idiot complet pour aller rapporter à l’Etat de l’or qui n’est pas connu de l’administration ! Par contre, il faudra attendre la fin de la mesure de confiscation pour le ressortir en toute légalité ; ce qui peut … prendre du temps !
En fait, la règle de base, à propos de l’or, est qu’il ne faut pas être pressé !
Enfin, il ne faut pas oublier que le marché de l’or est totalement sous contrôle des Etats mais aussi d’institutions financières à propos desquelles le terme de transparence ne s’applique absolument pas et il faut donc avoir conscience que la progression de la « valeur » de l’or dépend de facteurs qui vous échappent mais qui n’échappent pas totalement aux Etats !
Bien cordialement à tous !
Merci de ces rappels qui en fait constituent un cours sur l’or.