Donc, Francis nous a quittés. Enfin, pas de confusion, il a simplement quitté ce blog.
Autant que nous le sachions, il est en parfaite santé et vit des jours que nous espérons heureux chez lui en Provence.
C’est en Avril 2015 qu’Emmanuel Bolling et moi-même avons rencontré pour la première fois Francis Le Poizat. Il nous avait contactés.
Animant lui-même un blog, il s’impatientait trouvant que l’audience n’était pas à la hauteur de ce qu’il avait à dire.
Il nous proposait de nous parler sans mensonge des services fiscaux.
Nous nous sommes déplacés, caméra à la main, avec notre curiosité et nos lacunes de cinéastes même pas amateurs.
Ce jour là nous avons été sidérés, dans le bon sens.
Tellement sidérés que j’en ai oublié de régler le son. Tout ce qui avait été dit était inaudible. Nous avons dû tout recommencer quelques jours plus tard. A la deuxième prise l’intensité des révélations n’avait pas baissé, au contraire.
Ce qu’il nous a appris confortait notre engagement, était encore plus violent et plus stupide que tous nos cauchemars réunis.
Je n’hésite pas à affirmer que c’est ce jour là que ma détermination à lutter contre Bercy est devenue ce qu’elle est aujourd’hui, c’est-à-dire légitime dans ma tête et totale dans mes actes.
Il n’était pas le premier agent des impôts nous contactant, ayant quitté la maison et désirant “être utile aux contribuables”. Il ne sera sans doute pas le dernier.
La différence tient au fait qu’il voulait vraiment casser la baraque pendant que les autres se glissent simplement dans le système, aussi nocifs après qu’ils ont pu l’être avant, puisque c’est le système qui est monstrueux.
Les révélations
Bien sûr elles n’en étaient pas complètement, nous nous doutions de tout ce que nous a dit Francis.
Mais, entre se douter et avoir la connaissance il y a un gouffre qu’il nous a fait visiter, un génocide économique dont il a démystifié les acteurs.
Il nous a apporté la preuve de leur médiocrité, de leur cupidité, de leurs limites intellectuelles. Il nous a donné du courage.
Les complications
Francis est un “publicateur précoce”.
Les pulsions qui animent son désir de faire connaître, de montrer les dessous meurtriers de Bercy, d’ouvrir les yeux du plus grand nombre sur la terreur et la torture fiscale, sur la médiocrité des acteurs de cette folie, ces pulsions il ne peut pas les refreiner.
Conclusion, ses billets arrivent à peine ébauchés, remplis de fautes d’orthographe, en langage verbal reflétant son indignation mais passant mal l’épreuve de l’écrit.
L’importance du fond, la sincérité de son engagement, les risques qu’il prend, lui font oublier la forme, beaucoup trop.
Francis n’est pas l’homme que pourrait faire croire la forme de ses écrits.
Je ne le connais que peu, mais je peux témoigner de son intelligence, de son ouverture d’esprit et de sa vraie tolérance. De son souci de ne pas détruire inutilement. De sa conscience de la nécessité du capital en économie.
En résumé, ce n’est pas un “allumé” agissant par aigreur, un fou qu’il faudrait interner, un exhibitionniste qui ne rêve que de notoriété, de célébrité à bon compte.
Pour moi, Francis est un type bien. Peut-être un peu trop sensible pour ce monde fiscal de brutes, de pillards.
Pourquoi nous a-t-il quittés brusquement, sans un mot ?
Je n’en sais rien. Je peux émettre quelques hypothèses.
La première
Très suffisamment cultivé et sensible pour mal vivre ses publications compulsives et précoces, j’imagine qu’il a pu trouver injustes les remarques qui lui ont été faites à ce sujet. Il a tort bien sûr. C’était à lui de se réfréner, de ne publier qu’après relecture et le lendemain de l’écrit par exemple.
Nous avons tous ce problème. Malgré de multiples relectures, la plupart du temps mes billets paraissent avec quelques fautes pas piquées des vers. Tout le monde n’a pas fait normale sup ou gagné la dictée de Pivot.
Disons que sa susceptibilité n’avait objectivement pas lieu de s’incruster dans nos rapports avec lui. Mais bon, il est le seul juge de ses décisions.
La seconde
Je crois qu’il a foutu un vrai bordel. Que ce bordel s’est trouvé en synergie avec une prise de conscience des français naissante face au pillage des hommes de l’Etat et à la terreur fiscale qui finit, comme toutes les terreurs, par toucher tout le monde y compris ceux qui pensaient en profiter.
Les différents organismes qui sont à la manœuvre ne peuvent pas accepter les révélations et les preuves de Francis.
Il a dû recevoir des menaces de plus en plus fortes, de plus en plus précises, notre blog encore trop confidentiel n’est pas en mesure de lui assurer une protection.
Peut-être alors la fuite qui sauve la vie ?
La troisième
Le temps et l’âge qui polissent toutes les énergies et étouffent toutes les luttes. Le temps qui momifie les comportements.
La nature qui se fout des boursouflures des hommes, elle qui fait exploser les galaxies et fondre les soleils.
Conclusion
Salut Francis, tu n’étais pas comme tout le monde, pas vraiment classable, tu nous gonflais des fois, mais on t’aimait bien, tu nous a beaucoup apporté, tu vas nous manquer… porte toi bien, amicalement.
H. Dumas
6 371 vues
4,00 sur 5 (8 avis)
4,83 sur 5 (6 avis)