Les toutous

Meta/Facebook prend soin de moi. Je suis pour eux un drôle de client. Pas trop embarrassant – je ne suis jamais sanctionné pour des propos sexistes, outrageants, diffamatoires ou simplement déplacés – mais étrange.

Facebook voudrait que j’aie de plus en plus de followers. Il me flatte.

Meta voudrait me faire gagner de l’argent. Attentionné Meta !  Cela part sans doute d’un bon sentiment. Pourtant, j’en doute.

Ses robots ont fait le point sur ma situation.

Je publie. Facebook me dit que j’ai des « followers ». Mais je pourrais faire mieux. Je n’en doute pas.

Meta et Facebook me disent que, pour avoir plus de followers, je devrais publier davantage. Et moi qui pensais que je pouvais indisposer mes lecteurs à force de les bassiner avec mes idées fixes ! C’est qu’il y a une grosse différence entre lecteurs et followers. Les premiers sont considérés par l’auteur comme des égaux. Les seconds exploités par l’influenceur comme des machines à cash.

Il faudra que je fasse comprendre à l’IA de Meta/Facebook que je ne suis pas un influenceur.

Mais alors, pas du tout. Je n’influence personne et ne cherche d’ailleurs pas à le faire.

J’écris donc en fonction de ce que je ressens – comme à l’instant – et pas pour en faire un quelconque profit, même virtuel.

Revenons à Meta. Je pense qu’il se moque éperdument de ce que je peux écrire. Comme beaucoup de mes lecteurs sans doute. Mais mon hébergeur de site voudrait que mon activité soit profitable. Pas pour moi, bien sûr. Pour lui. Comme elle l’est pour lui lorsqu’il héberge des influenceurs, et donc des annonceurs.

C’est si vrai que Meta vient de m’écrire pour m’inviter non seulement à publier davantage mais à rentabiliser mes écrits – à condition toutefois que je lui paie une redevance… Je n’ai pas répondu. Je ne crois pas que leur robot comprendrait ma démarche. Il se demande encore pourquoi je ne fais pas payer mes followers. Il ne manque jamais de me rappeler à la case « Profit » : zéro. Je me sens mauvais élève.

C’est que mes lecteurs ne sont pas de vrais followers.

Simplement des lecteurs qui me disent parfois qu’ils sont d’accord avec moi, parfois qu’ils ne sont pas d’accord, parfois que j’exagère, parfois que je ne suis pas assez dur, bref, des gens libres de leurs opinions qui se font tout seuls leur opinion sans influence.

Ce ne sont pas des toutous.

Mais c’est là que tout se corse.

Seuls les toutous rapportent de l’argent à Meta/Facebook.

Pas les lecteurs.

Ni, à plus forte raison, les auteurs.

Je me demande si je vais encore bénéficier du gîte de Meta/Facebook.

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