La seule solution est de n’évoquer que des sujets que l’on vit ou que l’on a vécus.
Pour autant cela ne permet pas ensuite de généraliser. Mais tout de même, lorsque plusieurs sujets sont atteints du même mal, on peut envisager que ce mal soit endémique.
Je vais donc vous parler de deux sujets que je connais, et du mal qui les frappe ou les a frappés.
La grande distribution.
Je me suis installé en 1965, en même temps qu’apparaissaient dans notre pays ceux qui allaient devenir les champions de la grande distribution.
J’ai construit mon premier Leclerc en 1970. L’arrivée d’un Leclerc dans une ville, c’était une baisse de 30% du coût de la vie. Donc 30% de pouvoir d’achat en plus.
La grande distribution s’organisa pour capter ce supplément de pouvoir d’achat, mais la plus grande partie lui échappa et permit l’arrivée de nombreux nouveaux commerçants.
Les politiques, l’administration, les petits commerçants en place et leurs clients les plus captifs étaient alors vent debout contre les grandes surfaces.
Notre législateur — génétiquement frénétique — s’empara immédiatement du drame signalé à grand renfort de hurlements et de manifestations dans la rue et de copinages plus ou moins avouables dans les cénacles autorisés.
De là, un personnage falot signa une loi interdisant l’installation de grandes surfaces, sauf autorisation des copains du législateur : la loi Royer.
Donc, intervention des hommes de l’Etat dans un truc qui marchait du feu de dieu.
Résultat, création de monopoles, au hasard d’autorisations à haute valeur ajoutée de pots de vin.
Système à vocation initiale tonique qui va grassement se ramollir, jusqu’à devenir obèse et inapte à se renouveler, à vivre. Aujourd’hui, son énergie initiale engloutie par le privilège, le secteur français de la grande distribution se fait dévorer partout.
Airbnb.
Cette ouverture extraordinaire, tant pour l’opérateur que pour l’utilisateur, n’aura pas fait long feu.
Des centaines de milliers de propriétaires avaient une âme d’hôte, une envie de donner et de recevoir, plus ou moins équilibrée mais réelle.
Chacun dans leur coin, à petite ou grande échelle, ils donnèrent un coup de jeune à la maison d’hôte, au Bed and Breakfast disent nos amis anglais.
Cela se traduisit par une activité intense chez nos artisans, par l’amélioration de logements anciens, par une irrigation jusque dans les coins les plus reculés du pays, par un style de voyage convivial, et des rentrées fiscales pour l’Etat. Pas mal tout ça.
C’était sans compter sur la logique française. Immédiatement les places acquises en furent dérangées, évidemment. Ne croyez pas qu’elles se remirent en question, qu’elles se mirent en ordre de bataille face à cette jeune concurrence.
Bien sûr que non. Elles crièrent au scandale, intriguèrent à mort, et bingo, le législateur frénétique s’empara du sujet.
Fut alors créée la loi la plus con qu’il m’ait été donné de voir, après 60 ans d’observation pourtant abondante sur les conneries législatives.
Cette loi arrête net l’expansion de cet espace économique et sociétal. Ceux qui sont en place bénéficient donc d’un monopole, d’où : diminution à venir de l’effort, de la qualité, de la concurrence. À terme, dévalorisation du secteur pour les opérateurs bien sûr, mais aussi pour les clients qui étaient pour les régions des vecteurs d’économies complémentaires à la seule nuitée.
Conclusions
Deux secteurs que je connais parfaitement, touchés par la même maladie. J’aurais pu aussi parler des Uber et des taxis, mais je connais moins bien. De tous les monopoles : avocats, architectes, EDF, SNCF, etc…
L’intervention démagogique du législateur frénétique au profit du passé repu, obèse, corporatiste, au détriment des énergies, des nouveautés des bâtisseurs du futur, est une spécialité française catastrophique.
Je vous laisse le soin d’en décortiquer les moteurs : jalousie, cupidité, réseaux occultes, corruption, loi du plus fort, etc…
Vous pouvez me dire que le législateur ne fait qu’anticiper ce que la liberté aurait dans tous les cas généré : l’évolution du marché. Je vous l’accorde, mais les dégâts de cet interventionnisme, qui protège systématiquement les situations acquises, entrave les évolutions, expose au risque que celles-ci viennent d’ailleurs, sont redoutables.
Le résultat alors n’est pas une évolution maîtrisée, mais une perte de souveraineté économique : ce que nous empêchons ici nous rattrape, reconstruit venant d’ailleurs, sans nous.
Bien à vous.
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