Ressentez-vous cette impression de corruption. Qui ne se concrétise pas — ou peu — en valises de billets de banque exfiltrées à l’étranger, mais en sentiment d’imparfait, de dérobade de la vérité, de la sincérité, en tout et toujours.
Pourquoi et comment a pu s’installer une telle situation ? Cela vaut bien une réflexion, puis un billet. Car il faut bien partager ses idées si l’on veut avancer, même au prix du constat de ses erreurs que peut générer la critique quand on s’expose.
Alors voilà ce que je crois.
Face aux aléas de la vie, aux problèmes que nous rencontrons personnellement ou collectivement, il y a deux attitudes, deux visions : l’opportunisme ou la mise en perspective.
L’opportunisme consiste à décider en fonction de l’intérêt immédiat.
La mise en perspective suppose d’analyser les conséquences de sa décision avant de la prendre et de s’assurer qu’elle ne générera pas dans l’avenir plus de problèmes qu’elle n’en règle dans l’immédiat.
Evidemment, je pose en préalable qu’une décision contraire au bon sens, guidée uniquement par l’intérêt immédiat, ne peut que s’écarter de la vérité qui, elle, vit sa vie et s’impose inéluctablement.
Je dois vous faire un aveu, je crois en la vérité, pas celle que des tas de charlatans cherchent à nous imposer, celle de l’univers, la vérité universelle. Que nous ne connaissons pas, que nous devons tenter de découvrir avant chaque décision dans le cadre du problème posé.
Donc, dans mon esprit, l’opportuniste — que la vérité universelle indiffère — va s’en éloigner fatalement, puisqu’il ne la cherche pas, obnubilé qu’il est par son intérêt immédiat.
L’exemple aujourd’hui le plus stupéfiant est l’analyse de De Gaulle, en 1962, justifiant son refus de passer, comme les Anglais à Nassau, sous la protection de la force atomique américaine. Aujourd’hui, soixante-quatre ans plus tard, les Etats-Unis font exactement ce que De Gaule avait anticipé, ils se désolidarisent de leur engagement de protection de l’Europe. La France garde la maîtrise de sa force atomique. La décision de De Gaulle, mondialement décriée à l’époque, était issue de sa mise en perspective de données fort simples, liées à sa connaissance du pouvoir de son hégémonie et de ses absences de scrupules.
Tout un tas de forces en synergies amènent les hommes de l’Etat à pratiquer exclusivement les décisions opportunes. Leur formation scolaire, bien en peine de leur apprendre la mise en perspective. La démocratie qui se prononce rarement autrement qu’en fonction de l’intérêt immédiats des électeurs.
On peut dire à ce sujet que Sébastien Lecornu nous a gratifié d’un exploit, qui restera légendaire probablement — judicieusement déguisé pour la saison en père Noël et sapin enguirlandé — dans le genre opportunisme, avec son budget…qui va être le nôtre…que nous allons financer sous la menace, dans le cadre de la terreur fiscale.
Cet opportunisme est la base actuelle de notre société, en tout.
Y compris dans le pire. Par exemple à Crans-Montana où le chagrin fait la une, alors qu’il n’est qu’un problème personnel des vivants, que le vrai problème est la mort, qui ne peut être respectée que par le silence et la compréhension des faits due à ces morts, suivie de la sanction des responsables, sans erreur et sans concession. L’opinion publique est ici dans l’opportunisme, alors qu’elle se croit dans la compassion. C’est dur la mort d’un enfant, mais surtout pour l’enfant. Pour lui qui est rentré dans le silence définitif, nous avons le devoir de nous taire.
Les dégâts de l’opportunisme sont illimités. Lorsqu’une société, comme la notre aujourd’hui, fait de l’opportunisme sa ligne de conduite, s’en vante, se prétendant ainsi dans le réel, elle aboutit à ce que nous vivons.
Une perte de vue de la réalité, une accumulation d’opportunités qui la désorganise, qui fait le lit du mensonge et l’engraisse à outrance, qui met en exergue la démagogie elle-même toujours opportune.
Je pense que c’est cela qui nous dévore. Je ne vois pas très bien ce qui pourrait inverser la mécanique.
La vérité, la simplicité, l’honneur, le respect… qui en veut ?
Bien à vous. H. Dumas
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