Dans l’attente du magistrat qui n’existe pas…

Don Quichotte était un héros lucide. Enfin disons que son esprit, Cervantes, avait analysé l’indispensable nécessité de la chevalerie et dans le même temps son impossible greffe sur le cynisme naturel du temps et de la mort.

La chevalerie est la fleur éphémère qui éclot sur le cloaque de la vie, elle contient la graine de cette vie qu’elle a juste le temps de transmettre avant d’être dissoute dans la boue de l’ordinaire.

Nous aspirons à rencontrer des chevaliers, sans pouvoir nous empêcher de les prendre pour des fous, de les marginaliser. Pourrait-il en être autrement ? Sans doute que non.

À Sète, lors des fêtes de la Saint Louis, qui ont lieu fin Août, la ville tombe sous la magie des « Chevaliers de la tintaine », dont le héros est le vainqueur du tournoi des joutes du « Lundi de la Saint Louis ». Chaque région a ses emblématiques chevaliers qu’elle vénère un jour pour les oublier le reste du temps.

Paradoxalement la quête du chevalier est constante, c’est elle qui sous-tend la société, la politique, les élections, le progrès, la guerre, la vie, mais c’est toujours la crapulerie, la mort, le néant qui gagnent à la fin, jamais la chevalerie.

La magistrature n’échappe pas à cette évidence, j’aurai mis une vie à le comprendre tant le déguisement moral et matériel de la magistrature, sa mise en scène, sont dignes de celles de l’église catholique romaine qui nous a entubés 2000 ans.

Nous attendons du magistrat qu’il rende la justice, qu’il soit au dessus des contingences de la vie, une sorte de perfection intellectuelle exclusivement animée par le bien, le bon et le juste.

Rien de tout cela ne peut exister.

Le magistrat qui serait ce que nous souhaitons se verrait immédiatement rejeté par son biotope.

Le magistrat est exclusivement le représentant du pouvoir. Toute prise de pouvoir passe par la mise en œuvre de lois servant ce pouvoir, que le magistrat est chargé de faire appliquer.

Le paradoxe est impressionnant.

Le justiciable est le plus souvent en tension avec le pouvoir, donc avec la loi des hommes de l’Etat, et il vient benoîtement demander justice au magistrat qui l’a attiré dans son antre,  qui n’est autre que l’abattoir du pouvoir.

Comment ai-je pu être assez con pour ne prendre conscience de cela qu’aujourd’hui ? Au terme de plus de vingt ans pendant lesquels j’ai confié ma vie aux magistrats !!!!!!!!

(Digression : les points d’exclamations sont fortement déconseillés dans les conclusions remises à un tribunal, qui sont maintenant formalisées ou rejetées… dans tous les cas une affaire entre avocats et magistrats où le justiciable n’a plus son mot à dire… c’est le bout du bout !!!!)

Donc me voilà à la fin de ma vie, les magistrats n’ont pas été un rempart contre les pillards d’Etat que j’ai croisés comme tout le monde, mais au contraire les associés de ces pillards.

Je paie très cher le fait de ne pas l’avoir compris, d’avoir cru le discours et les apparences des magistrats. Le plus dingue est qu’eux-mêmes finissent par croire à cette apparence, et par être aveugles à leur réalité.

Pourtant l’histoire n’est faite que de leur réalité.

Comment arrivent-ils à survivre moralement ???

C’est une énigme millénaire sans solution.

Bien à vous. H. Dumas

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A propos Henri Dumas

Je suis né le 2 Août 1944. Autant dire que je ne suis pas un gamin, je ne suis porteur d'aucun conseil, d'aucune directive, votre vie vous appartient je ne me risquerai pas à en franchir le seuil. Par contre, à ceux qui pensent que l'expérience des ainés, donc leur vision de la vie et de son déroulement, peut être un apport, je garantis que ce qu'ils peuvent lire de ma plume est sincère, désintéressé, et porté par une expérience multiple à tous les niveaux de notre société. Amicalement à vous. H. Dumas

2 réflexions sur « Dans l’attente du magistrat qui n’existe pas… »

  1. Monsieur DUMAS, vous avez transposé sur les autres votre manière d’être : posée, honnête, impartiale.
    Vous avez été lucide sur le Trésor Public, mais idéaliste sur la justice.
    Ce qui est surprenant, c’est qu’en prenant de l’âge, on perd ses illusions. Mais dans votre cas, votre droiture vous a aveuglé.
    Personnellement, je crois que ce pays est foutu, et que seule la fuite est la solution.
    L’expatriation est la seule porte de sortie.
    Bon courage et toute mon admiration pour votre esprit combatif et votre résistance.

  2. Bel aveu de lucidité Monsieur Dumas. J’ajouterai qu’il faudra beaucoup de chevaliers modèle Don Quichotte comme Raoult, Peronne, Henrion Caude, Toussaint, Fouché, Umlil, Aberkane, Asselineau, Reichman, vous, moi (d’après mon avocat), et des milliers d’autres, pour nourrir un espoir de sauver la civilisation occidentale.

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