Marine Le Pen victime du trompe-couillon !
Le trompe-couillon est une tradition méridionale, popularisée par Pagnol. Elle consiste à déposer sur la chaussée un chapeau sous lequel on a placé un pavé et à attendre qu’un passant vienne donner un grand coup de pied dans le chapeau et à sautiller de douleur. Hilarité des spectateurs garantie. La pauvre Marine Le Pen vient d’en faire l’expérience. Le parlement européen lui a attribué une subvention pour rémunérer des assistants parlementaires et elle a utilisé cet argent pour rémunérer des assistants chargés de missions diverses au sein de son parti. Leurs tâches étaient toutes politiques, même si l’aspect européen n’y apparaissait pas tout le temps. Pas de quoi hurler au voleur. C’est pourtant ce que fait le chœur de ses adversaires.
On entend un seul cri dans la classe politique : Marine Le Pen a volé l’argent des citoyens et mérite le plus sévère châtiment, celui que le tribunal de Paris lui a administré. Or Marine Le Pen n’a rien volé du tout. Elle a reçu la somme qui lui revenait, comme tous les autres partis, et l’a utilisé à sa convenance, comme elle croyait en avoir le droit. D’ailleurs l’article 4 de la Constitution française stipule que « les partis exercent leur activité librement ». Il n’est indiqué nulle part que les partis politiques français cessent de l’être à l’issue des élections européennes. Ils relèvent donc à la fois des règles du parlement européen et de la Constitution française. Si Marine Le Pen avait utilisé ces arguments, elle aurait eu beau jeu de crier au viol de la Constitution par le tribunal et cette affaire se serait terminée sans dommage pour elle.
Evidemment, elle aurait dû se douter que les juges français ayant eu la peau de François Fillon pour des motifs identiques ne se priveraient pas de lui faire la sienne. Mais que voulez-vous, c’est une bonne fille qui ne pense pas à mal. Moralité : elle risque de ne pas pouvoir se présenter à la prochaine élection présidentielle. En réalité, devant l’indignation des honnêtes gens face à ce traitement injuste, la justice a pris peur. Et a fixé une date proche pour l’appel de ce jugement, de façon que la cour puisse rétablir le droit à concourir de la présidente du Rassemblement national, ce qu’elle ne manquera pas de faire, car les juges se voient fort malmenés en cas de maintien de cette sanction.
Que dire de cette affaire aussi sinistre que loufoque ? Que la politique en France déraille gravement. Les citoyens sont en droit d’attendre un peu de sérieux de leurs élus. Avec un pays en faillite et une insécurité galopante, on n’a pas le droit de se perdre dans des querelles dérisoires, même si on fait semblant de défendre les grands principes démocratiques. Les politiciens auraient dû être unanimes à refuser l’intrusion des juges dans le fonctionnement d’un parlement. Ce n’est ni leur place ni leur droit. Les élus ne sont pas des voleurs à la tire. Il y a assez de malfaiteurs pour occuper les tribunaux. Laissons chacun à sa place.
Le résultat de cet épisode tragi-comique sera un nouvel affaissement de la démocratie. Ce qui n’est pas une bonne nouvelle alors que le président américain vient de changer brutalement toutes les règles du jeu. Cela devrait suffire à occuper notre classe politique, car de rudes leçons sont à attendre pour les pays européens et donc pour le nôtre. L’Europe a cru que rien ne changerait jamais pour le vieux continent, tout affairé à édicter des normes et des règlements. Ce fatras vient de voler en éclats d’un simple coup de pied de l’Amérique. Et l’on voit les dirigeants européens courir en tous sens comme des fous en criant qu’il ne faut surtout pas s’énerver, alors qu’ils sont paniqués et n’ont pas la moindre idée de ce qu’il faut faire.
La première victime de la nouvelle donne planétaire sera l’Etat providence. Né à la faveur de la victoire alliée de 1945 et surtout de la pression communiste, appuyée sur l’Union soviétique, il était apparu comme le stade ultime et triomphant de la civilisation. Face à la nécessité de se réarmer et de défendre âprement ses parts du marché mondial, l’Europe va devoir remettre ses habitants au travail. Décidément, le paradis est une invention bien provisoire. A force de crier à tue-tête « nos valeurs, nos valeurs », les politiciens français et les journalistes accrédités se retrouvent le bec dans l’eau et s’y enfoncent jusqu’à la taille, découvrant que la plupart d’entre eux ne savent nager qu’en eau trouble et non dans le flux tumultueux de l’histoire. Celle-ci n’a jamais caché à l’homme qu’il n’est pas de triomphe définitif. Mais seulement des victoires provisoires, si éclatantes soient-elles. Les Grecs n’ont pas inventé pour rien le mythe de Sisyphe !
Avouons que le mythe grec a une autre classe que le trompe-couillon. Une trentaine de siècles n’ont pas arrangé la nature humaine. L’Antiquité avait des demi-dieux et des héros, nous avons des rigolos qui se trémoussent à la télévision. A chacun sa richesse. Pourtant, dans les périodes historiques, les hommes retrouvent souvent le sens de la grandeur. Espérons qu’il en sera ainsi dans celle que Trump vient d’ouvrir. Pour l’instant, les armes ne parlent qu’en Ukraine. Espérons que les démocraties feront leur devoir et ramèneront Poutine à l’intérieur de ses frontières. Et que Trump n’aura finalement été qu’un personnage étrange, surgi d’un ébranlement de la société, comme beaucoup d’acteurs tragiques qui ont peuplé les tréteaux de l’histoire !
Claude Reichman
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quelle démonstration !
En aparté :
les candidats dans nos “démocraties” sont pour l’immense majorité d’entre eux des m’as-tu-vu ! ils n’ont peu ou pas de diplômes, ils sont surtout effrontés, mentent comme ils respirent parfois contre leur gré, bref autant choisir des personnes qui ne veulent pas faire partie de l’assemblée nationale, comme un certain Claude* (contre son gré?)
ps lire le sceptre du hasard Gérard Klein (ou Gille d’Argyre)
*même si il a des diplômes . . . .
“Je me pose la question suivante: puisque cette argent a servi à rémunérer des salariés, qu’importe leurs postes, des charges et impôts ont dû être prélevé, de l’orde de 60% des rémunérations, qu’il n’y a pas eu d’emplois “fictifs”, l’état Français ne devrait il pas être condamnés pour “recel d’argent public”? Question, question… “