Le fantasme démocratique

Les élections municipales arrivent. Je n’ai pas vraiment compté, mais ce doit être les dixièmes que je vis, en tant que participant ou spectateur actif.

Chacun s’accorde à dire que ce sont les plus proches de la population, que c’est là que la démocratie trouve le mieux à s’exprimer. Nous allons voir qu’il n’y a rien de moins vrai.

Mais d’abord un regard indulgent sur les candidats. Il y en a quatre types :

  • Le novice, c’est le plus attachant.
  • Le vieux briscard élu et réélu.
  • Le vieux briscard jamais élu.
  • L’étoile filante, élu une fois ou deux, que l’on ne revoit jamais ou très rarement.

Le novice y croit dur comme fer. Son discours est assez simple : « avec moi ce ne sera pas comme avec les autres, je serai à votre écoute, c’est vous qui déciderez. » Enfin, la vraie démocratie.

Là-dessus va venir se greffer, tout le temps de la campagne électorale, un défilé de bonnes ou mauvaises volontés qui vont lui assurer que la démocratie passe par l’attention à leur vision – ou à leurs intérêts – que devra porter le novice après son élection.

En réalité, il s’agit ici de simples tentatives préventives des pressions que le novice devra affronter immédiatement après son élection, s’il est élu. En clair c’est d’une simple demande de partage de son futur pouvoir dont il s’agit.

Bien fou serait celui qui présenterait un vrai programme, des vraies solutions, un vrai constat et une vraie vision dans le cadre d’élection démocratique. Rappelons que la démocratie consisterait à donner le pouvoir à la population. Dans l’absolu ce serait donc de la laisser décider pour tout, en instaurant une sorte de référendum constant pour chaque sujet qui la concerne. Une sorte de sondage, en plus compliqué à mettre en œuvre.

N’est-ce pas déjà comme cela que ça marche dans notre pays, au plus haut niveau ? Macron sait-il faire autre chose que suivre scrupuleusement les sondages ?

Qu’est-ce qui permet de supposer que la population est clairvoyante ? Le fait que l’Abbé Pierre ait été, pendant 17 ans, le personnage préféré des Français ?

Et pourtant, tout le bazar repose sur la croyance obligatoire en la clairvoyance de la population, non ?

Vous comprenez la tendresse que j’ai pour les novices. C’est quand même d’eux que va naître, par ci par là, des élus responsables, qui auront le sens de l’intérêt général, la vision de l’avenir pour leur ville, « une certaine idée de celle-ci » …

Le sacrifice et la surprise qui s’imposent à eux très peu de temps après leur élection force le respect. Leur vie ne sera plus jamais comme avant, la moindre des choses est que cela apporte à leur population, sans quoi l’histoire est trop triste.

Le vieux briscard élu et réélu. Ici deux hypothèses, soit il est de la trempe des meilleurs et sa ville progresse spectaculairement.

Dans ce premier cas, la population a choisi, par hasard en principe, un personnage exceptionnel qui exerce le pouvoir à partir d’idées claires, justes, avec une intuition performante, une empathie et une écoute qui peuvent passer pour un partage de pouvoir. Ce personnage est insensible à l’ingratitude, à la prévarication, à la solitude intellectuelle et morale de sa fonction. En fait, il est courageux, déterminé et étonnamment altruiste. Un saint….

La deuxième hypothèse est la plus courante, c’est une crapule, un escroc, poli, bien élevé, qui fait dans la douceur et l’hypocrisie, qui flatte les égos au détriment de l’intérêt collectif, qui ménage et achète ses électeurs à l’aide des prébendes qu’il a le pouvoir de distribuer. Ce sont les plus courants, hélas. Sa ville régresse inexorablement.

Le vieux briscard jamais élu. C’est le plus terrible. En règle générale il est habité par une croyance, personnelle ou répertoriée, qui lui laisse supposer que la gestion de la cité passe d’abord par une modification en profondeur de sa composante principale : les hommes qui la composent.

Ce peut être philosophique ou bassement matériel, mais dans tous les cas c’est radical. Peu importe que sa ficelle soit si grosse que même la population n’en veuille pas, il serait prêt à l’imposer par la force.

C’est peut-être face à lui que la démocratie pourrait avoir une légitimité…

L’étoile filante. Ici, encore deux hypothèses.

Soit l’élection originale était une erreur manifeste, elle laissera peu de traces. Soit la victime s’est engagée sans retenue, trop sincèrement pour être crue et suivie. Elle a trop agi, trop vite, sans que la population ait pu comprendre ses objectifs, sa sincérité. Celui-là est une victime, pas de la politique, pas de la démocratie, de l’humanité. Il en aurait été de même pour lui en toute activité. Cela fait partie des drames de la vie des hommes…

Conclusions

L’élection municipale parait la plus démocratique, uniquement comme la lune parait avoir une vraie existence, à cause de sa proximité. Mais comme la lune ne fait pas l’univers, les élection municipales ne font pas la démocratie qui dépend exclusivement de la constitution et de son interprétation par l’administration centrale et la représentation nationale.

En réalité le maire n’a jamais eu de pouvoir et il n’en aura jamais, encore moins aujourd’hui ou après avoir fait semblant de le lui donner il lui est repris petit à petit par l’administration fiscale, notre dictateur commun.

Bien à vous

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A propos Henri Dumas

Je suis né le 2 Août 1944. Autant dire que je ne suis pas un gamin, je ne suis porteur d'aucun conseil, d'aucune directive, votre vie vous appartient je ne me risquerai pas à en franchir le seuil. Par contre, à ceux qui pensent que l'expérience des ainés, donc leur vision de la vie et de son déroulement, peut être un apport, je garantis que ce qu'ils peuvent lire de ma plume est sincère, désintéressé, et porté par une expérience multiple à tous les niveaux de notre société. Amicalement à vous. H. Dumas

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