Cette période de notre vie, qui s’étale sur 4 à 5 ans et commence vers 10 ans, est celle de tous les dangers, mais aussi de tous les espoirs.
La société guette les pubères et tente de les accaparer par des méthodes toutes identiques, dont la légitimité dépend de critères irrationnels, conjoncturels.
Globalement, il s’agit de formater, de coopter, le pubère au profit d’un système, d’une croyance, rarement de favoriser son épanouissement personnel.
L’Education Nationale est un des champions à ce jeu.
À mon époque nous entrions enfants en sixième à 10 ans, nous étions jeunes adultes à 15 ans en première, où nous nous présentions à la première partie du baccalauréat.
J’ai un souvenir épouvantable de cette période, véritable emprisonnement en ce qui me concerne. Plus de 80% de ce que l’on cherchait à introduire de force dans ma mémoire me paraissait incongru.
Aujourd’hui, je sais que mon refus de remplir mon disque dur personnel de données imposées, de l’avoir laisser libre de décider lui-même de ce qu’il mémorisait ou non, a profondément façonné ma personnalité et mon plaisir de vivre avec un cerveau libre, qui me surprend tous les matins par ses raisons et ses facéties.
Notre cerveau, véritable foie de canard, est dépendant du gavage de notre mémoire, exactement comme l’IA. Un peu aussi de ses algorithmes de traitement.
A mon époque, le jeune pubère pouvait échapper aux dérives sectaires incluses dans l’enseignement — notamment à l’idée de discipline par l’abêtissement, exclusivement liée à la personnalité souvent insignifiante de bien des enseignants — car le bac était anonyme, donc en fait sociologiquement libéral, non sectaire.
Aujourd’hui 40% du bac dépend du jugement des enseignants, ce qui me paraît une contrainte insoutenable pour les pubères.
Un point extrême de ce type de dérive a été par exemple le « bond en avant » de la Chine de Mao, qui s’appuyait sur les pubères et les jeunes adultes jusqu’à leur confier des pouvoirs judiciaires ciblés.
Le drame de Sanary-sur-Mer me touche profondément. Il fait deux victimes inutiles.
Dans un autre ordre d’idée, l’affaire Epstein, qui vise aussi la puberté, est effarante.
Elle se résume à cette image incroyable de deux couples dans la même problématique dont l’un finit à la tête des Etats-Unis et l’autre suicidé et en prison. Dans le même registre nous avons cela chez nous en plus discret.
Il paraît que l’être humain serait le seul animal sur terre à connaître cette période de la puberté, pour les autres ce serait direct de bébé à adulte. Je ne sais pas.
Ce que je sais, c’est qu’il s’agit d’une période où chacun de nous comprend, où ne comprend pas, qu’il est et restera seul face à lui-même sur cette terre, que les bonnes intentions des autres sont majoritairement suspectes.
Bien à vous. H. Dumas.
8 vues