Ce faible bruit est celui de la vie !
Le remboursement de la galette des rois sans gluten a défrayé la chronique en France. Que ne va-t-on pas rembourser ? se sont exclamés les honnêtes gens, épris de bonne gestion. Certains ont voulu y voir une fausse nouvelle, une fake news, comme le disent maintenant les gens qui parlent en langues. Non, pas du tout. L’allergie au gluten est un mal médicalement bien répertorié et qui doit être traité dans le cadre d’une protection sociale bien comprise. Il y a même une association des intolérants au gluten, comme il y a des associations de tout dans notre pays.
On s’aperçoit à chaque occasion que l’étatisme qui sévit en France et qui consiste à ramener tout problème à son traitement par l’Etat est devenu un mal incurable. Il y a bien ici ou là des citoyens indisciplinés qui veulent résoudre eux-mêmes les problèmes de la vie, mais leur nombre est toujours resté infinitésimal, et ils finissent leur vie dans l’amertume, qui se traduit par un perpétuel grognement. Vivre heureux dans un monde où l’on n’a aucune chance de l’être vraiment est un défi qui ramène l’humanité au temps de l’esclavage ou, si l’on préfère des références plus récentes, au communisme soviétique. On parlera sans doute un jour de l’esclavage social, ou peut être du « vrai mal français », comme j’ai intitulé mon livre sur la Sécurité sociale, paru en 1995, et qui avait donné lieu à une attaque du dénommé Thomas Legrand – déjà – parce qu’il l’avait repéré dans une bibliothèque municipale où il n’avait, d’après lui, aucune raison de figurer. A l’époque, Pascal Praud s’occupait de football et Legrand put continuer de vivre en paix.
Si réformer la France est impossible par les voies naturelles – comme on dit en chirurgie – il ne reste plus que les circonstances exceptionnelles, pour lesquelles on a l’embarras du choix, à la condition qu’elles bouleversent suffisamment le paysage pour que plus personne ne s’y reconnaisse et que la révolution puisse en profiter pour s’imposer. On se demande encore comment la révolution de 1789 a pu avoir lieu alors qu’un peu d’habileté du roi aurait suffi à la ramener à l’état de jacquerie. Mais le moment était venu où les choses devaient changer, comme on dit quand on ne sait pas pourquoi elles ont pris ce chemin.
La principale cause de l’immobilisme français réside dans la distribution générale de subsides. Personne ne veut en être privé et chacun rentre sagement chez soi après avoir manifesté. Cela signifie que la démocratie n’est plus en France qu’un vain mot. Non que la mollesse citoyenne y soit contraire, mais parce qu’elle n’est acceptable que pour des circonstances mineures. Tel n’est pas le cas aujourd’hui en France où le pays croule sous les dettes et ne vit plus que d’emprunts. Le Figaro a ainsi pu fêter en grande pompe ses deux cents ans en présence de tout ce que le pays compte de personnalités importantes, sans que personne ne s’avise de l’incongruité d’une telle réjouissance dans un pays si mal en point.
L’inconscience des gouvernants français va jusqu’à prendre des mesures qui heurtent le plus élémentaire bon sens. C’est ainsi qu’ils ont décidé de baisser le taux du livret d’épargne, alors même que celui rapporte « des clopinettes ». La raison profonde de cette décision est qu’il faut favoriser le financement de l’immobilier social puisqu’on manque de logements. Mais il se trouve qu’on manque aussi de naissances. Or le livret d’épargne, à conditions qu’on lui permette de rapporter suffisamment, est un excellent moyen de donner confiance aux jeunes générations et de les encourager ainsi à avoir des enfants. Pourquoi le sanctionner ? C’est idiot, mais on le fait quand même en croyant bien faire parce que cela va profiter à d’autres objectifs.
L’incapacité à faire de bons choix est la caractéristique de la gouvernance française. On a l’impression que l’appétence pour les mauvais choix est une forme de conduite suicidaire. En fait, il s’agit simplement du privilège donné à ce qu’on croit être l’opinion publique et qui n’est que l’illusion politique. La démagogie règne dans l’opinion, car plus personne ne se risque à affronter la voix de la foule. On est vraiment revenu au conte d’Andersen « Les habits neufs de l’Empereur », où seul un enfant s’aperçoit que « l’Empereur n’a pas d’habit du tout » et qu’il est bien nu comme un ver. En fait, ce n’est pas tant le peuple qui s’illusionne que les médias qui ne lui donnent jamais la parole. Et quand ils s’avisent de le faire, on est toujours déçu car ils ont été incapables de choisir, au sein du peuple, les bons interlocuteurs.
La véritable raison du désastre médiatique est l’absence de penseurs d’envergure en France. On a l’impression que les intellectuels, chez nous ont désappris à réfléchir. Quand les médias en repèrent un qui tient à peu près la route, ils l’usent jusqu’à la corde, si bien qu’il finit par bredouiller à force de se répéter. Quant aux réseaux sociaux, ils font trop souvent figure de rattrapage, où les recalés des grands médias viennent tenter de prendre figure et trop souvent ne font que pitié. Tout cela n’aura peut-être qu’un temps. Peut-être retrouvera-t-on la vigueur de l’esprit français. Qui doit bien fleurir quelque part s’il existe encore un penser vrai. Continuons notre quête avec énergie. Le faible bruit qu’on entend est tout simplement celui de la vie.
Claude Reichman
44 vues
4,67 sur 5 (3 avis)